Sous l’initiative du Sénat de la République, les forces de la nation, notamment le pouvoir, l’opposition et la société civile, devraient se réunir entre les 3 et 4 février à Tara’s Lasapinière pour discuter des solutions d’une sortie de crise. L’invitation lancée par le président du Sénat, Joseph Lambert avait été rejetée par divers secteurs, dont l’Association nationale des magistrats haïtiens (ANAMAH) et la Coalition des acteurs de la société civile (CASC). En début de soirée, le président du tiers restant du Sénat a informé d’un report de la rencontre sans informer de la nouvelle date de sa tenue.
A quelques heures du lancement officiel du grand dialogue inimitié par le Sénat de la République, Joseph Lambert a annoncé, sur sa page Facebook, son ajournement à cause de « la montée des tensions et de l’indisponibilité de certains acteurs clés ». Il est vrai que l’initiative ne faisait pas l’unanimité même au sein du Grand corps. Dans ses différentes interventions au sujet de ce dialogue, le sénateur du département de l’Ouest, Patrice Dumont, avait laissé croire que l’institution à laquelle il appartient n’a pas les coudées franches pour conduire une telle initiative. Pour lui, le Sénat peut uniquement constater la fin du mandat présidentiel.
Des organisations avaient déjà écrit à Joseph Lambert pour lui notifier de leur refus de prendre part à l’initiative du Sénat. C’est le cas de l’ANAMAH et de la CASC qui n’acceptaient pas de valider une initiative qui, selon la majorité de la population, n’aboutira à rien. Si l’ANAMAH avait refusé de participer pour des raisons d’éthique, la CASC, quant à elle, n’était pas satisfaite du rôle qui lui a été assigné dans le dialogue. La Coalition des acteurs de la société civile était invitée à prendre part au dialogue à titre d’observateur, alors qu’elle a aussi sa position et ses propositions concernant cette crise qui creuse le tombeau de la société haïtienne.
Dans sa correspondance adressée à Joseph Lambert, président du â…“ restant du Sénat, Édouard Paultre avait, au nom de la Coalition des acteurs de la société civile, fait part du refus de ce secteur de prendre part au dialogue. Pour cause, la Coalition avait dénoncé le fait que la correspondance ne disposait pas d’informations suffisantes qui puissent motiver la participation de la coalition à la tenue de ces assises. Selon M. Paultre, il n’y a pas d’informations sur l’agenda proposé ; la liste des participants ni les termes de référence du forum. Ce qui, d’après lui, démotive les acteurs de la société civile qui ont également leur mot à dire dans la crise.
Par ailleurs, Édouard Paultre avait fait savoir que la Coalition des acteurs de la société civile s’est forgé une opinion forte par rapport à la crise haïtienne. Elle ne s’attend donc pas à jouer ce rôle d’observateur qui lui est dévolu, dans des discussions qui concernent l’avenir même de la nation. Les discussions envisagaient la signature d’un accord global dans l’idée de juguler le chaos qui pointe à l’horizon, et prendre les dispositions pour stabiliser le pays. La société civile devrait être là pour observer. Le pouvoir et l’opposition, quant à eux, devraient exprimer tour à tour leur position sur l’État de la Constitution et la nécessité d’un retour à l’ordre.
L’ANAMAH avait refusé d’y participer pour des raisons d’éthique. Contacté par le Journal, Jean Wilner Morin, président de l’Association nationale des magistrats (ANAMAH), avait laissé entendre que le système judiciaire ne peut pas être juge et partie à la fois. L’association, avait-t-il dit, est composée de juges et commissaires du gouvernement qui doivent être là pour trancher au lieu de participer à des décisions qui peuvent porter préjudice à un groupe et favoriser un autre. L’ANAMAH, la société civile n’avaient pas envisagé de prendre part à ce dialogue national, mais toutefois, les acteurs avaient félicité le Sénat pour l’initiative tout en lui souhaitant une pleine réussite de l’activité.
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