Depuis plus d’une dizaine d’années, le téléphone portable est devenu partout un outil presque indispensable de notre fonctionnement quotidien. À la différence que chez nous, le téléphone fixe a sombré avec le naufrage de notre compagnie nationale de téléphone, la TELECO. Le portable s’est incrusté dans nos domiciles, dans nos intimités.
Si le téléphone portable avec tout son environnement, les réseaux sociaux en particulier, permet une circulation libre et instantanée des informations, ce qui cause toutefois des problèmes souvent aigus d’éthique et de manipulation tout simplement, il crée des situations qui rendent la vie sociale, les relations entre personnes, presque problématiques. On ne discutera pas des problèmes que causent aux couples dont la fidélité des conjoints n’est pas assurée. L’utilisation du téléphone portable peut nuire aux relations sociales. Un timide qui serait obligé de faire des efforts pour s’intégrer dans un groupe dans une situation donnée peut profiter de son téléphone portable pour prendre une distance par rapport aux autres qui justement acceptent cette distance causée par l’utilisation de cet appareil.
Le téléphone portable crée ainsi des codes la plupart tournés vers un déni de la vie privée et d’une certaine liberté de l’individu. Ainsi des gens se sentent offusqués si vous ne répondez pas à des appels insistants comme si on était obligé d’avoir constamment à tout moment l’œil et l’oreille à guetter le téléphone. Rapport maladroit avec l’écrit oblige, certaines gens ne pensent pas à se servir d’un message texte quand l’interlocuteur qu’on veut atteindre ne décroche pas. On connait aussi le fameux Bondye beni w que certaines bonnes âmes lancent prudemment quand elles répondent à un appel provenant d’un numéro inconnu. Attention ! Le diable peut se servir du téléphone pour s’en prendre aux humains.
Les compagnies téléphoniques profitent aussi du flou juridique chez nous pour nous agresser avec des publicités qui se déclenchent dès qu’on place un appel. Un candidat à la présidence avait eu l’intelligence de se servir de cette possibilité. Des citoyens s’étaient sentis fiers, honorés qu’un candidat les appelle personnellement pour solliciter leurs votes. Dans un pays où les gens se sentent méprisés, rejetés, cela avait été un coup porteur.
Maintenant, le téléphone portable est partout. Dans la zone la plus reculée, on veut un téléphone «tòtch » permettant l’accès à l’internet et aux réseaux sociaux. Les gens, les jeunes en particulier, s’habituent aux manipulations parfois les plus compliqués. Cela amène à penser au vote électronique. L’association des tenanciers de Borlette a réussi à numériser leurs opérations sur l’étendue du territoire. L’utilisation du téléphone portable en la matière est possible, mais il faut les moyens techniques pour empêcher des manipulations extérieures. Le cout pour la sécurisation d’un tel processus serait astronomique. Mais pourquoi ne pas penser sérieusement au vote électronique pour sortir les esprits ici des magouilles traditionnelles en particulier celles consistant à empêcher l’accès des électeurs aux bureaux de vote. Le chemin que nous connaissons déjà ne nous a menés nulle part. Il faut avec intelligence choisir d’autres voies.
Gary Victor
