Beaucoup de gens s’étonnent encore des destructions causées à Port-au-Prince par les barbares que l’on connait. Mais, ce chaos qui a explosé à nos visages n’était-il pas annoncé ? Il y a plus de dix ans, un chroniqueur dans un de nos quotidiens avait fait un exercice qui avait surpris plusieurs citoyens avisés. Il énumérait les anormalités qu’on relevait dans un rayon de 500 mètres à partir du bureau du chef de l’État au Palais National. On trouvait entre autres une morgue et une maternité qui ne fonctionnaient pas à trois cent mètres, une place publique où l’on déféquait à moins de cent mètres, des feux de signalisation en panne, des drapeaux en lambeaux. Ce chroniqueur listait plus de vingt anormalités dont la plus inquiétante était des projectiles trouvés dans la cour du Palais national tiré d’un bidonville à moins de cinq cents mètres. Dans le même rayon, on atteignait un gang qui prenait corps à Cité de Dieu avec l’aide de politiciens.
Dans quel pays un pouvoir central peut-il accepter de telles anormalités qui gâchent son image et créent aussi des problèmes de sécurité pour le Président de la République lui-même ? Cependant, ces anormalités n’ont jamais été une source d’inquiétude pour nos dirigeants. Pire, ils ne se rendaient même pas compte de ces aberrations. Ce n’était pas leurs problèmes. Ils n’étaient pas au pouvoir pour résoudre aucun problème. Les projectiles atteignant la cour du Palais National ne leur causaient aucun souci. Ces bandits qui tiraient du Bel Air où des hauteurs du Fort National, ils les connaissaient. Copains, copains ! En pleine imposture criminelle.
Alors, on a vécu la chronique d’une destruction annoncée qui culmine avec cette transition où toute une racaille politique profite pour se remplir les poches. Cette racaille, malheureusement, ne provient pas seulement des groupes qui étaient au pouvoir avant 2015. Elle se fortifie maintenant avec de jeunes loups, imposteurs affamés, abolotyo, prêts à tout pour venir planter leurs dents empoisonnées dans ce qui reste de chair à la République.
Les élections, si elles sont organisées dans les conditions actuelles, ne feront que légitimer ceux qui ont profité de cette prétendue transition. Il faudra un Président pour que toute la machine reste en place, une machine incluant les gangs et la partie malsaine de nos forces de sécurité et de notre bourgeoisie d’affaires.
L’international assistera avec jouissance au renouvellement du chaos haïtien. Quand le Sud devient une menace pour un Nord qui vacille, il faut tout faire pour désorganiser ces sociétés et permettre que le pouvoir dans ces pays soit assuré par des renégats, des tyoul, comme on a l’habitude de le dire chez nous.
Les imposteurs assassins ont-ils encore de beaux jours devant eux ?
Gary Victor
