On assiste depuis quelque temps à un phénomène à la fois intéressant et inquiétant. Intéressant parce que sont mises sous les feux des projecteurs toutes les réussites de personnes haïtiennes ou d’origine haïtienne à l’étranger. On en parle, on en discute et on se félicite sur les réseaux sociaux. Le parcours de la sélection national a galvanisé nos foules ici et ailleurs. Le drapeau national est brandi avec fierté.
Mais dans le même temps, il y a aussi une tendance à oublier la réalité sordide dans laquelle on vit. On a l’impression qu’on fuit vers un espace virtuel qu’on se construit pour donner justement ce qui manque à ce drapeau dans notre quotidien. Certains peuvent même vous accuser de donner une mauvaise image d’Haïti si on parle de la réalité. Mais cette réalité si on refuse de la voir, si on refuse d’en parler, comment peut-on la changer. Va-t-on arriver dans le réel à une disparition du pays qui n’existerait plus que rêvé que dans nos esprits, dans nos imaginaires.
Cette fuite n’est-il par ce que veulent justement ceux qui profitent du chaos et de cette réalité plus que sordides ou certains groupes armés se livrent au cannibalisme sans que cela ne suscite la moindre réaction de nos prétendus dirigeants et pire, la moindre réaction de ceux qui se donnent comme mission l’élévation des âmes vers les cieux, c’est-à-dire les religieux.
On parle donc de réussites. Mais l’échec est tellement sordide, tellement énorme qu’il noie tous les efforts et toutes les réussites si bien qu’on ne fait que s’époumoner comme ces fous qui gesticulent en criant que tout va bien alors que tout brûle. La folie d’ailleurs, s’étend, s’incruste à tous les niveaux. On a vu ce haut fonctionnaire de la république déclarer sans fausse honte que Haïti est prêt pour les élections, alors que la population sans sa totalité sait qu’elles ne sont pas possibles dans ces conditions d’insécurité.
Aller aux élections sans aucune gouvernance, c’est comme mettre la population au poteau pour la fusiller avec un peloton d’exécution constitué des gangs, du gouvernement, du Conseil électoral provisoire, de la racaille politicienne et de la communauté internationale.
Il se faudra se réveiller. Certains rêves ne mènent nulle part.
Gary Victor
