Pour plus de 300 000 Haïtiens menacés d’expulsion, le retour au pays risque de ne pas être un refuge, mais le prolongement de leur détresse. Pourtant, aucune mesure sérieuse ne semble avoir été prise pour préparer leur accueil dans une nation déjà exsangue.
On n’entend presque rien sur la reconstruction, même à moyen terme, des quartiers détruits. Aucun débat national n’est engagé sur la nécessité de construire autrement, de repenser l’aménagement du territoire ou d’offrir des logements dignes aux personnes déplacées et rapatriées. Il ne semble pas non plus exister, du moins officiellement, de discussions approfondies avec les bailleurs internationaux et le secteur privé pour repenser l’habitat dans la capitale.
Pendant ce temps, des milliers de compatriotes vivant aux États-Unis se cachent pour échapper aux opérations de l’agence américaine de l’immigration et des douanes, l’ICE. Cette institution, dont le nom résonne désormais de manière glaçante, est devenue pour eux le symbole de la peur, de l’arrestation et de l’expulsion en raison de leur situation migratoire irrégulière.
Traqués jusque dans leur vie quotidienne, certains risquent bientôt d’être traités comme de simples prises, à la manière des fugitifs poursuivis par les chasseurs de primes du Far West. Pourtant, en Haïti, les autorités semblent encore loin de mesurer l’urgence de la situation. Dans cette partie des Amériques, le pouvoir paraît trop souvent recherché pour ses honneurs et ses privilèges plutôt que pour les lourdes responsabilités qu’il impose.
Le premier tour des élections est annoncé pour le 13 décembre, tandis que les résultats définitifs sont attendus en mars 2027. Le décret fixant le calendrier proposé par le Conseil électoral provisoire a été promulgué. Les observateurs attendent désormais une réponse claire du gouvernement, accompagnée de garanties sécuritaires crédibles.
Car, même si certains quartiers ont été partiellement libérés, l’ombre froide de la mort continue de planer sur des zones dévastées, où les maisons sont en ruines et où les habitants vivent encore dans la peur.
Entre-temps, une nouvelle menace surgit au détour de nos rues : les enlèvements reprennent et emportent avec eux nos récentes illusions de tranquillité. Là encore, aucune réponse officielle convaincante n’est apportée à ces vagues récurrentes de kidnappings qui reviennent presque de façon saisonnière semer la terreur dans la population.
Face au retour forcé de milliers de compatriotes, à la destruction des quartiers, à la reprise des enlèvements et à l’organisation d’élections dans un climat fragile, le gouvernement doit agir sans délai en mettant en place un plan national de préparation et de réinsertion. Celui-ci devra prévoir des logements d’urgence, des soins, des programmes de formation et d’emploi ainsi qu’un dispositif de sécurité, en collaboration avec les collectivités, la société civile, la diaspora, le secteur privé et les partenaires internationaux. Chaque jour d’inaction accroît le risque d’une nouvelle crise humanitaire.
Roody Edmé
