Lundi matin. Un citoyen ordinaire assiste à une scène qui résume, à elle seule, l’état du pays.
Il est assis au Secrétariat d’un ministère, en théorie l’un des plus prestigieux de la République. Il attend de rencontrer le nouveau ministre. Soudain, la porte s’ouvre avec fracas. Un agent de sécurité entre, arme en bandoulière : « Tout le monde debout, le ministre arrive ! », vocifère-t-il. Apparaissent alors des gardes lourdement armés et tout le monde se lève. Nan peyi moun fou sa a, nenpòt ki bagay ka rive.
Le ministre fait son entrée. Il ne salue personne. Il traverse la pièce comme un roi, ou plutôt comme un béotien fraîchement sacré. On lui ouvre la porte. Il disparaît. Bref, une scène banale aujourd’hui, mais révélatrice de la kokoratisation avancée de l’appareil d’État.
On peut être pasteur, chrétien, et parfaitement à l’aise dans ce cirque. On voit aussi des cas étonnants : un ministre fraîchement écarté qui accepte un poste de directeur général sous la tutelle du même ministère.
Perdre un ministère, ce n’est pas rien. C’est un drame. On comprend qu’il est difficile de se remettre de la perte d’un poste aussi juteux que celui de ministre. On a vu des larmes aux yeux de citoyens qui perdaient leur portefeuille ministériel.
Comment garder le même train de vie ? Alors il faut ramper. Ramper encore. Ramper mieux. Jusqu’à retrouver un bon os à ronger.
Autre phénomène : la transformation physique. On peut bien arriver pauvre, maigrichon, frustré, affamé, dans un ministère. Mais prendre du poids en si peu de temps jusqu’à ressembler à un monstre, cela nuit quand même à l’image de l’État. La preuve de la ripaille est trop évidente. On dirait une prise de fonction très nutritive.
Dans ce cirque de frustrés, d’affamés, de rampants professionnels, les élections qui s’annoncent risquent d’être une partie dangereuse. Une partie dont la population, encore une fois, devra en payer les frais.
Gary Victor
