Une sécheresse extrême réduit la croissance d'un pays de 0,85 point de pourcentage

0
894

Le changement climatique et la sécheresse sont-ils liés ? Nous avons posé la question à Richard Damania, économiste en chef de la Banque mondiale pour le développement durable, ainsi qu’à deux experts de l’unité Développement durable de la Banque, Esha Zaveri, économiste senior, et Nathan Engle, spécialiste senior du changement climatique. Tous trois sont les auteurs d’un rapport intitulé Droughts and Deficits: Summary Evidence of the Global Impact on Economic Growth, qui fait le point sur l’incidence des sécheresses et des déficits hydriques sur la croissance économique.

 

Assiste-t-on à une intensification des sécheresses et le changement climatique en est-il responsable ?

Les pénuries d'eau sont en passe de devenir la norme. Au cours des cinquante dernières années, les chocs pluviométriques extrêmes, c’est-à-dire des précipitations inférieures à la moyenne, ont augmenté de 233 % dans certaines régions. Un choc d’un écart-type par rapport à la norme est généralement un phénomène rare qui pourrait inclure 15 des épisodes les plus secs enregistrés au cours d’un siècle. Un choc de deux écarts-types par rapport à la norme est encore plus rare et comprend les 2,5 années les plus sèches sur un siècle. Ces épisodes de sécheresse devraient être intermittents, mais ils sont de plus en plus fréquents. Dans le même temps, les zones où les précipitations sont supérieures à la moyenne sont en déclin.

Nos observations empiriques sont conformes à d’autres projections scientifiques selon lesquelles, d’ici à la fin du XXIe siècle, la superficie des terres et la population confrontées à des sécheresses extrêmes pourraient plus que doubler à l’échelle mondiale. Bien que les projections des précipitations soient très incertaines, les modèles climatiques sont unanimes : les précipitations deviendront plus irrégulières et plus extrêmes avec l’augmentation des températures.

Au cours des cinquante dernières années, les chocs pluviométriques extrêmes, c’est-à-dire des précipitations inférieures à la moyenne, ont augmenté de 233 % dans certaines régions. 

 

Où se produisent ces « chocs pluviométriques secs » et qui est le plus touché ?

La situation géographique et les niveaux de revenus sont importants, avec des effets inégaux. Les pays pauvres qui se trouvent généralement dans des régions arides et semi-arides subissent davantage de sécheresses et sont également plus vulnérables à celles-ci. En Somalie, par exemple, les précipitations de la saison 2022 (de mars à mai) ont été les plus faibles des six dernières décennies. De grandes parties de la République démocratique du Congo et de l’Ouganda ont également connu des conditions très sèches par rapport à la moyenne. La sécheresse qui sévit dans l’est de l’Éthiopie, le nord du Kenya et la Somalie a conduit les Nations Unies à annoncer que quelque 22 millions de personnes pourraient être menacées de famine en 2022.

On ne trouve pas de tendance similaire dans les pays à revenu élevé, qui sont généralement situés dans des zones tempérées et humides, mais où les précipitations sont également devenues beaucoup plus variables depuis cinq décennies. En 2018 et 2019, l’Europe a connu deux sécheresses exceptionnelles, sans équivalent au cours des 250 dernières années. À l’autre bout du spectre, le mois de juillet 2021 a apporté à l’Europe à la fois des précipitations record et de graves inondations. Au cours du même mois, des pluies torrentielles ont provoqué des inondations dévastatrices dans la province du Henan, en Chine, entraînant le déplacement forcé de plus d’un million de personnes.

D’une manière générale, le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prévient que la fréquence des phénomènes extrêmes ne fera qu’augmenter. Il peut être difficile de s’adapter à cette variabilité croissante en raison de la durée imprévisible d’un écart, de son ampleur incertaine et de sa fréquence inconnue.

En Somalie, les précipitations de la saison 2022 (de mars à mai) ont été les plus faibles des six dernières décennies..

 

Comment les sécheresses affectent-elles la pauvreté ?

Les sécheresses sont particulièrement préjudiciables à la croissance économique des pays en développement. Par rapport à des conditions normales, une sécheresse modérée réduit la croissance dans les pays en développement, en moyenne, d’environ 0,39 point de pourcentage, tandis qu’une sécheresse extrême réduit la croissance d’environ 0,85 point de pourcentage. Dans un scénario où la croissance globale est inférieure à 3 %, même des chocs modérés peuvent provoquer un ralentissement économique. Les chocs de type humide, en revanche, ont peu d’impact sur la croissance du PIB dans les pays en développement.

Au-delà du PIB, les sécheresses peuvent creuser l’écart entre les pauvres et les riches dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, avec des répercussions importantes et à long terme sur les exploitations agricoles, les entreprises et les familles. Une sécheresse au cours des 1 000 premiers jours de la vie d’un enfant peut affecter ses perspectives d’avenir. Dans les zones rurales d’Afrique, les femmes nées lors de sécheresses sévères sont plus petites que la moyenne, font moins d’études et, en fin de compte, deviennent moins riches. Les séquelles des sécheresses peuvent se répercuter sur plusieurs générations, nuisant non seulement aux femmes qui les ont subies, mais aussi à leurs enfants, qui risquent davantage de souffrir de malnutrition.

Au-delà du PIB, les sécheresses peuvent creuser l’écart entre les pauvres et les riches dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, avec des répercussions importantes et à long terme sur les exploitations agricoles, les entreprises et les familles.

Le changement climatique devrait accentuer la gravité des sécheresses dans la plupart des régions. Par conséquent, si les décideurs n’améliorent pas de manière significative leur gestion des sécheresses, le monde pourrait subir, en raison de ces chocs prolongés, des pertes encore plus importantes en matière de croissance économique et de développement.

 

Que peuvent faire les pays pour renforcer leur résilience à la sécheresse ?

Lorsque l’on parle de sécheresses, la première idée qui vient souvent à l’esprit est la nécessité de stocker de l’eau en prévision de celles-ci. Pourtant, le fait de préserver l’humidité des sols réduit énormément l’impact des sécheresses. L’humidité des sols autour de la zone racinaire, que l’on appelle l’« eau verte », est essentielle au maintien des systèmes terrestres et a aussi une incidence sur les eaux souterraines, les rivières et les lacs, ainsi que sur le fonctionnement de l’ensemble du cycle hydrologique. La protection et la gestion des forêts, des paysages et des autres systèmes naturels qui améliorent la santé des sols et la rétention de l’eau sont donc essentielles pour gérer les effets de la sécheresse. La protection de l’eau verte est souvent l’un des moyens les plus efficaces d’éviter les effets négatifs d’une sécheresse.

La protection de l’eau verte est souvent l’un des moyens les plus efficaces d’éviter les effets négatifs d’une sécheresse.

 

Les pays doivent également investir de manière proactive dans les systèmes d’information, les institutions et les infrastructures qui renforcent la résilience face à la sécheresse. Il faudrait par exemple développer :

les systèmes de surveillance et d’alerte précoce ;

d’autres solutions d’infrastructures, telles que le dessalement, les systèmes de réutilisation et de recyclage de l’eau et la collecte des eaux de pluie ;

les institutions et la planification, par le biais de mécanismes tels que la législation sur les sécheresses, afin de codifier les rôles et les responsabilités en matière de préparation et d’intervention ;

le financement des risques pour les groupes et secteurs vulnérables ;

une planification coordonnée à plusieurs niveaux, tant pour les mesures d’urgence à court terme que pour la programmation des investissements à long terme.

Source: Banque mondiale

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

0 COMMENTAIRES