Douze mois de silence, le 18 septembre 2026 ramène le premier anniversaire de la traversée de Fabienne Denis vers l’autre monde.
Depuis ce grand voyage, la voix de Fabienne Denis continue de danser dans nos mémoires et nos souvenirs. Elle est bien vivante dans nos décors. Ils sont nombreux les endroits partagés ou fréquentés par les différentes couches de la population, qui portent les empreintes vocales de cette artiste.
Diverses cérémonies officielles, des spectacles de danse, de chants, et d'autres rencontres, en dehors des Lakou Vodou offraient l'occasion de voir manifester les performances de Fabienne Denis, qui en profite pour nourrir ses talents, sa chanson et son âme sacrée.
Des archives partagées entre de nombreuses institutions en Haïti et ailleurs, disposent de nombreuses informations permettant de retracer le parcours de ce personnage artistique et culturel emblématique.
De sa formation à l'Opéra à l’Académie des Beaux-Arts de Paris, en passant par de nombreuses scènes de spectacles et de hauts lieux culturels en Afrique, en Europe, et en Amérique, l'héritage artistique de Fabienne Denis a été très fertile et festif.
Dans combien de temps finira-t-on par voir une salle de spectacle, une salle de danse, une salle de cours, ou un espace artistique symbolique portant le nom de Fabienne Denis ? Comment consolider les murs de l'héritage de cette dernière, en particulier son centre culturel Ayizan ?
Diva du Vodou ?
Dans certains milieux culturels d’ici et d’ailleurs, on la considérait comme la Diva du Vodou. Celle qui chantait les lwa aux quatre saisons, pour tenter de retenir leurs messages entre les lignes qui délimitent notre horizon. “Rele Lwa”. C’est ce qu’elle faisait en permanence, tout en exécutant quelques pas de danse !
Dans le silence éternel qui l'accueille depuis un an, et délimite son existence, elle continue de danser dans notre imaginaire. A l'ombre de grandes robes qu'elle portaient des motifs souvent simples et parfois multicolores, le souffle et l'énergie dégagée par sa voix, et les messages engagés qui animent parfois ses cris puissants, Fabienne Denis continue de célébrer l'éternité de sa créativité musicale.
Des mois plus tôt, en mars 2025, on retient sa participation lors des hommages rendus à l'artiste musicien feu Jean Jean Pierre. Sa voix est celle qui vibrait souvent au rythme des grands événements. Elle incarnait le rapprochement des deux mondes traduits entre les émotions et les expressions signées par Ogou, Simbi, Agwe ou Bawon.
Dans une photo publiée sur la page de David Durosier lors de cet hommage, on voit l’image d’une Fabienne Denis profondément inspirée par le message qu’elle dégage. Les yeux fermés et l’expression des mains semblent traduire une croix.
Dans un article publié le 2 septembre 2019 dans les colonnes de Le Nouvelliste, sous le titre “Fabienne Denis sublime le Villate“, par Glorieuse Nelson, cette dernière exposait le décor en ces termes : “Samedi soir, sur la scène du Villate à Pétion-Ville, Fabienne Denis, Rara Fanm et Haïti Tchaka Dance ont tenu un spectacle où danse et chant se sont mariés afin de divertir un public courageux (quoique maigre) qui n’a pas hésité à braver dame pluie. Une soirée baptisée “Eskal” par ses organisateurs parmi lesquels on peut citer Encre d’Or.”, avant de conclure : “Fabienne Denis était magnifique mais il a manqué ce petit zeste de waw qui nous a laissés sur notre faim.”.
Différentes générations de musiciens en Haïti et dans la diaspora, issues des arts de la scène, de la danse et du spectacle ont largement profité des talents de Fabienne Denis. Cette étoile, ce talent, cette voix d'artiste engagée dans la promotion des traditions ancestrales.
Dominique Domerçant
