Devenir médecin ou infirmière, ne sont pas les seules destinations pour un jeune écolier à la fin de ses études classiques ? En attendant l'organisation du salon des métiers de la Santé en Haïti, dans l'une des salles d'exposition consacrée aux multiples facettes éducatives, culturelles, techniques, technologiques, architecturales et scientifiques entre autres, il sera possible de découvrir tous les corps de métiers consacrés aux filières de la médecine et des pratiques sanitaires.
De la délocalisation au déménagement, en passant par le dechoulay ou la destruction : Quelles archives disposons-nous sur l'ensemble des centres hospitaliers, des centres de santé ou des cliniques privés qui logeaient dans les différents quartiers de la capitale haïtienne durant les 40 à 50 dernières années, entre Bel-Air, Boulevard Jean-Jacques Dessalines, Centre-Ville, Bois Verna, avenue Christophe, la Rue Monseigneur Guilloux entre autres ?
Depuis plusieurs générations, la santé et la médecine constituent des piliers de la mémoire collective haïtienne. De la médecine traditionnelle aux grandes épidémies modernes, l’histoire sanitaire du pays est riche mais dispersée. La création d’un musée dédié à ces domaines permettrait de centraliser, valoriser et transmettre ce patrimoine. Vers le lancement du prochain chantier du musée de la Santé et de la Médecine en Haïti ?
1. Pourquoi et comment préserver la mémoire de la Santé et de la Médecine en Haïti ?
Des phénomènes aux institutions, en passant par les inventions aux interventions, aux innovations, aux individus et organisations qui laissent leurs empreintes dans l'histoire. La mémoire sanitaire d’Haïti est marquée par des épisodes forts : les grandes épidémies, les campagnes de vaccination, les catastrophes naturelles, et autant des phénomènes comme la migration et les violences humaines qui ont bouleversé le système de santé. Sans un lieu dédié, ces expériences risquent de disparaître des consciences collectives.
De la mémoire institutionnelle en passant par la mémoire familiale, les médecins en Haïti sont trop occupés à gérer des urgences qu'ils et qu'elles ne disposent pas assez de temps pour penser de façon pratique à la mémoire, aux archives, aux objets témoins et aux souvenirs qui méritent une place importante dans la transmission des savoirs et des pratiques entre les générations.
Depuis toujours, en dehors des casiers et tiroirs des laboratoires, seul un musée permettrait de conserver les archives, les objets médicaux et les témoignages, offrant aux générations futures une compréhension claire des luttes et des victoires du pays face aux défis sanitaires. Quels sont les ouvrages, les matériels, les équipements, les archives, les rapports, les données à conserver par chaque institution médicale et des organisations pour ensuite exposer une partie au public ?
2. Mettre en valeur les savoirs traditionnels dans une démarche culturelle, éducative et scientifique ?
Découvrir la médecine traditionnelle dans un langage adaptée aux différents publics cibles. La médecine haïtienne repose aussi sur des pratiques populaires : plantes médicinales, remèdes familiaux, savoirs transmis oralement. Ces connaissances sont un patrimoine vivant.
Des plantes, des thés, des techniques de massages, des femmes sages et leurs recettes secrètes ont leur place dans ce musée réparti entre la santé et la médecine. Le musée pourrait présenter ces savoirs aux côtés de la médecine moderne, montrant comment tradition et science peuvent dialoguer pour enrichir la santé publique.
3. Éduquer les jeunes sur le plan santé, le musée comme extension pour les cours d'hygiène et de santé sexuelle ?
Depuis le cycle fondamental en passant par le secondaire, et pourquoi pas au niveau professionnel et universitaire, des salles d'exposition ou des expositions permanentes permettraient aux jeunes et adolescents d'apprendre, de comprendre pour mieux se défendre face aux risques, problèmes, et crises sanitaires de toutes sortes. Un musée interactif offrirait aux élèves un espace concret pour découvrir la biologie, l’anatomie et les principes d’hygiène. Cela rendrait l’apprentissage plus vivant et motivant.
Démocratiser la santé sans désacraliser la médecine. Le musée de la Santé et de la Médecine serait un espace inclusif. Il viserait à sensibiliser dès le plus jeune âge, renforcerait la culture scientifique et la responsabilité citoyenne face aux enjeux sanitaires d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
4. Un musée pour raconter l'histoire, exposer les savoirs, mais également pour honorer les soignants sans discrimination?
Des serviteurs souvent marginalisés en Haïti. Des acteurs actifs et incontournables dans la fabrication du bonheur familial et du bien-être collectif. Les médecins, les infirmières, les pharmaciens entre autres, ont souvent travaillé dans des conditions difficiles, parfois héroïques. Leur engagement mérite d’être reconnu. Une salle consacrée à tous les professionnels de la santé servir à encourager ces derniers, malgré les déceptions, les sacrifices impayés, les souffrances et violences qui n'épargnent par le corps médical.
De la science à la conscience, en passant par la reconnaissance. Un musée serait un lieu de mémoire pour ces figures, permettant à la société de leur rendre hommage et d’inspirer les jeunes générations. Un mémorial s'impose au milieu d'une salle, une sculpture ou un mur avec des noms, de pères en fils, de mère en filles, des parents, des professeurs et des étudiants issus de plusieurs cohortes des facultés publiques et privées.
5. Un musée de la Santé pour renforcer la prévention au sein de la population?
Des parents et leurs enfants, des dirigeants comme de simples citoyens, des journalistes et des chercheurs, des touristes comme de simples curieux seront invités à découvrir les meilleurs codes de conduite à adopter pour mieux se protéger, se préserver, et éviter de propager de manière conscience ou inconsciente les différentes formes de maladies qui évoluent chez les humains et ou dans l'environnement.
Différentes lettres de notre alphabet serviraient à identifier, à classer, et à informer dans une approche pédagogique les modèles de prévention validés par les autorités sanitaires et adaptés dans les différents milieux en Haïti. Plus d'un reconnaisse que la prévention reste un défi majeur en Haïti. Beaucoup de maladies pourraient être évitées par des gestes simples.
Des salles proposeraient des expositions pédagogiques sur l’hygiène, la nutrition ou les vaccins aideraient à diffuser des réflexes de santé dans la population.
6. Inspirer la recherche à travers des actions concrètes réalisées par les acteurs de la santé, d'ici et d'ailleurs?
Dans un musée, on ne perd pas son temps à ruminer le passé. Il existe bien des collections scientifiques anciennes et contemporaines qui servent à mobiliser les esprits vers la recherche appliquée. Un musée peut devenir un catalyseur pour la recherche locale, en mettant en valeur les innovations médicales haïtiennes.
Dans tous les domaines connexes, il existe bien des recherches susceptibles de s'adapter au secteur médical. Vice versa. Les nombreuses visites réalisées dans les musées de la médecine et de la santé, en France, en Belgique, aux États-Unis entre autres, prouvent qu'un tel équipement culturel, éducatif et scientifique pourrait bien encourager les jeunes à s’orienter vers des carrières scientifiques et à développer des solutions adaptées aux réalités du pays, par la qualité des objets, documents, publications, et informations partagés aux publics.
8. Attirer les visiteurs sur le modèle sanitaire haïtien, comme au temps de la pandémie Covid19?
De nombreuses questions, suspicions, comme des citations trouveraient bien des réponses et des justifications dans une exposition sur les thèmes : "Mikròb pa touye Ayisyen, vrè ou for?", "Vrè ou fo, se manje yo manje l", entre autres. Avec de tels messages, à l'entrée de certaines salles d'exposition, il serait possible d'informer, de former et de responsabiliser la population sur un ensemble de comportements et de conclusions irresponsables et irrespectueuses des noms scientifiques et sanitaires.
Diminuer le dosage de superstition dans le réflexe de l’Haïtien, face à chaque problème de santé pour mieux prévenir ou gérer certains problèmes, voilà l'un des enseignements à vulgariser par le musée.
Parallèlement, ce musée de la santé pourrait enrichir l’offre touristique en Haïti, en proposant une expérience unique sur l’histoire médicale caribéenne. Il attirerait chercheurs, étudiants et curieux, contribuant à l’économie culturelle et au rayonnement international du pays.
9. Créer un dialogue permanent sur le système de santé et la société en Haïti ?
Démontrer à qui veut l'entendre que la santé c'est l'affaire de tous. La santé et la politique, la santé et la diplomatie, la santé et l'économie, la santé et l'éducation, la santé et la communication, la santé et la culture, incluant le patrimoine médical, la santé et l'environnement, la santé et la technologie ou l'intelligence artificielle et la robotique.
Dans la programmation de ce premier Musée de la Santé et de la Médecine en Haïti, il sera possible de rappeler que la santé ne se limite pas à la médecine : elle touche aussi à la culture, au droit, à l’économie et à la société.
Démocratisation des savoirs au profit du bien-être physique, mental et environnemental, ce musée serait un espace de rencontre interdisciplinaire, favorisant des débats et des projets collectifs autour de la santé publique en Haïti.
10. Renforcer l’identité nationale à travers une population en bonne santé, et des institutions médicales valorisées?
Dans la matérialisation de ce projet patrimonial autour de la mémoire vivante, en franchissant l'entrée principale, il faudrait rappeler à tous les visiteurs que la santé est un élément fondamental de la dignité humaine. En faire un objet de mémoire nationale renforce la cohésion sociale.
Dans l'un des discours officiel qui accompagnera la cérémonie d'inauguration de ce haut lieu de mémoire, que sera ce Musée de la Santé et de la Médecine, on retiendra que ce équipement est et sera un symbole fort, qui servira à montrer que la société haïtienne est déterminée à valoriser la vie, la mémoire et le savoir.
Dominique Domerçant
