Il y a des livres qu'on referme avec le sentiment d'avoir vécu quelque chose. La vie au rythme du tambour, de Nirva Desdunes, publié par Pwotra Édisyon, fait partie de ces livres.
Dès les premiers poèmes, le tambour devient bien plus qu'un instrument. Il accompagne la vie, les joies, les difficultés et les moments de doute. Il donne un rythme aux journées et rappelle que chaque instant peut avoir du sens.
Un début qui donne le ton
Le premier poème, « Décret des origines », est construit comme un dialogue. On entend d'abord la voix du Créateur, puis celle de la Terre, avant qu'une promesse ne vienne conclure le texte : "Va / Ni dans l'ombre, ni dans la plaine,/ Tu n'avances jamais seule./Que le rythme du tambour te rappelle ce contrat: ta place est ici, et ma main est sur toi."
À la fin, le français laisse peu à peu la place au créole. Ce changement n'est pas un hasard. Il donne l'impression que les émotions les plus profondes, le lien avec sa terre et ses ancêtres, trouvent naturellement leur place dans la langue maternelle : "Kòd lonbrit nou plante/ Rasin nou mare fon/ Nou pa fèy bwa / k ap vwayaje nan van"
Deux langues qui se répondent
Tout au long du recueil, le français et le créole se côtoient. Aucune des deux langues ne domine l'autre. Chacune apporte sa couleur.
Le poème « Mèsi Bondye », entièrement en créole, est une longue suite de remerciements. L'autrice remercie pour la vie, la famille, la santé, la nature et les choses les plus simples. Les répétitions donnent au texte le rythme d'une prière ou d'un chant qui loue le bien-être collectif : " Bondye fè m doktè/ Se pou tout moun / k ap viv kote m jwenn swen"
À l'inverse, des poèmes comme « Pain de l'alliance », des titres évocateurs et pleins de spitualité, écrits en français, parlent du pain, de l'eau, du foyer et du corps. Des choses simples que les gens ne considèrent pas. Mais ils montrent que ces gestes peuvent aussi porter une grande force : "Ces humbles riens semble une évidence, mais regarde de plus loin: la sainte gratitude."
« Rasin Ayisyen », un hommage au pays
Parmi les textes en créole, « Rasin Ayisyen » est sans doute l'un des plus marquants. Le poème parle de l'identité haïtienne sans donner de définition. Il montre des scènes de la vie de tous les jours : les jeux des enfants, la mer, les voisins qui s'entraident, le travail en konbit. Ce sont ces images qui racontent le pays.
Les proverbes créoles occupent aussi une place importante. Ils rappellent la richesse de la tradition orale et donnent encore plus de force au texte. Ce poème se distingue aussi parce qu'il parle d'Haïti sans passer principalement par la religion. Ici, ce sont la terre, les souvenirs et la solidarité qui construisent l'identité :"Vwazinaj ap toujou fanmi".
Une lecture du rythme
La vie au rythme du tambour ne cherche pas à donner des leçons. Il invite simplement le lecteur à ralentir, à écouter et à regarder autrement ce qui l'entoure. Les jeux d'enfance comme Titato, le chant des croyances comme Marie, femme sans pareille, la richesse qui vient d'en haut comme Riche en Dieu.
C'est un recueil qui mérite d'être lu sans se presser, parfois même à voix haute. On entend alors le rythme des mots, du français comme du créole, et l'on comprend que le véritable fil conducteur du livre est peut-être celui-ci : apprendre à vivre au rythme du tambour avec ce vers plein d'espoir qui marque la chute de Lettre d'un soir de pluie : "Ne laisse pas le monopole à l'ombre. Et souviens-toi que la victoire est à l'amour.
Nirva Desdunes, La vie au rythme du tambour, Pwotra Édisyon, Port-au-Prince, 2026.
A. JUD Chapon
