Deux champs complémentaires, hautement politiques, stratégiques et économiques, et certainement culturels, éducatifs, scientifiques, industriels et durables. L’agriculture et l’alimentation sont au cœur de l’histoire et de l’identité haïtienne. Entre la fête de l'agriculture et du travail le 1 mai, et la journée mondiale des musées du 18 mai, qui coïncide avec la fête du Drapeau et de l'Université, ce nouveau musée entend offrir durant toute l'année des espaces d'éducation et de conscientisation autour de l'agriculture et l'alimentation.
Déterminantes dans la vie de tous les jours, elles racontent la lutte pour la souveraineté, la créativité culinaire, la résilience face aux crises, et la richesse des terroirs. Pourtant, ce patrimoine reste dispersé et peu institutionnalisé. La création d’un Musée haïtien de l’Agriculture et de l’Alimentation offrira un espace unique pour préserver, transmettre et dynamiser ces richesses.
Des pays voisins nous montrent déjà la voie. Haïti s'est inspiré entre le 15 et le 18 mai 2026, á travers les premiers travaux de recherches proposés autour des modèles du Musée de l’agriculture du Canada, des musées agroalimentaires en France et du National Food Museum aux États-Unis, pour ainsi formuler ce nouveau projet qui ambitionne de conjuguer la mémoire, l'innovation et l'attractivité touristique.
A quoi servira ce musée, pour les familles, la jeunesse et l'économie nationale ?
Dans la liste des nombreux objectifs qui coifferont ce nouveau chantier, on peut citer les plus importants qui visent á préserver le patrimoine agricole et culinaire haïtien. Ce projet servira á éduquer et sensibiliser les jeunes générations aux enjeux alimentaires et environnementaux. Un musée qui va également contribuer à stimuler l’innovation et la recherche dans le secteur agroalimentaire, tout en valoriser les produits locaux auprès des consommateurs et des marchés internationaux.
Des expositions, animations, documentaires et publications en perspectives ?
Diversifier les supports de communication de masse, en vue d'atteindre le plus grand nombre des Haïtiens et Haïtiennes, ce musée devrait proposer des expositions permanentes et temporaires. Ces activités serviront á ouvrir les débats autour de l'histoire agricole d’Haïti, passant des plantations coloniales aux pratiques modernes.
Des produits emblématiques tels que le café, le cacao, les mangues, le riz, le maïs, les bananes ne seront pas simplement exposés, mais valoriser dans leurs multiples formes de représentations, et surtout dans leurs utilisations, leurs transformations, leurs consommations, contributions sur le plan sanitaire, économique, social, global et transversal.
Dans la cuisine haïtienne, les recettes portent tous les qualificatifs et spécificités ou dimensions traditionnelles, influences africaines, européennes et amérindiennes entre autres. En ce qui concerne l'agriculture durable, il y a lieu d'aborder l'agro-écologie, la permaculture, les innovations locales, les investissements et contributions des opérateurs d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Qui a parlé des réalisations de Mèt Fèy Vèt entre ces deux champs ? Et pourquoi ce promoteur agricole parmi d'autres á toute sa place dans un tel projet ?
Diaspora et alimentation : comment les Haïtiens à l’étranger perpétuent les traditions culinaires, et pourquoi mobiliser la diaspora dans un tel projet ambitieux ? Quelles sont les animations et les autres activités telles les ateliers culinaires á organiser autour de ce projet ? Pourquoi perpétuer les pratiques d'initiation aux plats traditionnels pour enfants et adultes dans l'agenda de ce Musée haïtien de l'Agriculture et de l'Alimentation ?
Des jardins pédagogiques pourquoi faire ? Quels sont les espaces où les familles peuvent cultiver et apprendre á entreprendre dans ces deux champs ? Durant toute l'année et dans les différentes régions du pays, pourquoi orgniser des foires alimentaires et des foires sur les métiers et l'économie agricole ? Comment renforcer les simples séances de dégustations, par des concours de recettes, des rencontres d'affaires avec les nombreux producteurs ? Et pourquoi ce musée devrait encourager l'organisation des spectacles vivants, á travers le théâtre, la musique, la danse, la littérature entre autres autour des thèmes agricoles ?
Des publications et des produits dérivés, comme les revues scientifiques sur l’agriculture et la nutrition allaient figurer dans les agendas du musée. A quand la publication des guides culinaires illustrés pour familles et touristes ? A quand la sortie des bandes dessinées éducatives pour enfants sur le sujet, notamment celles et ceux qui ont des choix et critères autour de certains plats nationaux entre le riz et le maïs ?
D'autres produits dérivés comme les t-shirts, les sacs, les ustensiles, les jeux éducatifs et d'autres médiums allaient s'ajouter dans la liste.
Des formations en perspective pour quels impacts sociaux ?
Derrière le concept basique du musée, le projet á fort caractère éducatif, culturel, économique et scientifique a pour finalité de renforcer la formations pour les différents publics cibles dans le pays, notamment les familles, par des ateliers de nutrition, la promotion de la cuisine saine, le jardinage domestique entre autres.
Des enfants seront au menu de la programmation, invités á participer aux jeux interactifs, aux contes, á l'initiation aux semences. Des jeunes á leur tour vont participer aux stages pratiques, aux concours d’innovation agroalimentaire.
Des universitaires profiteront des séminaires, des conférences, des partenariats avec des facultés d’agronomie et de sciences sociales. Il faudra penser aux entrepreneurs qui vont visiter des expositions et participer aux formations en marketing, en exportation, en transformation agroalimentaire.
Dommage que certains acteurs se limitent souvent á l'organisation des traditionnelles foires gastronomiques autour du premier mai, sans prendre le temps d'investir dans des activités beaucoup plus structurées et inclusives.
Difficile, certainement pas de les rappeler ou de leur faire comprendre les impacts attendus avec la création du premier Musée haïtien de l'Agriculture et de l'Alimentation. Les expositions permettront aux autorités publiques de renforcer les politiques de souveraineté alimentaire. Les agriculteurs profiteront des vitrines et des animations pour valoriser leurs savoir-faire et leur rôle dans la société.
Diaspora agricole, les familles et entrepreneurs vont de façon plus active, créer un lieu de fierté et de rassemblement. Le tourisme sera au rendez-vous dans les couloirs de ce musée qui visera á attirer des visiteurs locaux en premier lieu, et parallèlement générer des revenus durables. Quels sont les corps de métiers, les outils, les pratiques, les traditions, les secrets, les savoirs et les succès á mettre en avant dans les vitrines et les écrans de ce centre d'interprétation et d'innovation ?
D'une pierre plusieurs coups. Ce Musée haïtien de l’agriculture et de l’alimentation sera plus que jamais, un véritable laboratoire vivant, un pont entre tradition et modernité, et un levier de développement économique et culturel. En mobilisant les autorités, les entrepreneurs, les agriculteurs, les familles et la diaspora, les opérateurs d'horizon divers, comme les patrons de Potiwa, les artisans de Vallue, le Consortium d'Harry Nicolas, incluant les influenceurs utiles d'ici et d'ailleurs, pourquoi pas des personnages comme Wilky Toussaint, parmi d'autres, ce projet peut transformer la richesse agricole d’Haïti en un patrimoine reconnu mondialement.
Dominique Domerçant
