Le 1er mai 2026, Jacmel a vécu une journée à double portée. Entre la célébration solennelle des Saints Apôtres Philippe et Jacques et une foire agro-artisanale à la mairie, la ville a offert l’image d’une communauté partagée entre quête spirituelle et nécessité de produire.
Le matin, la salle polyvalente du diocèse de Jacmel, située à Lamandou, accueille fidèles, pèlerins et autorités venus célébrer les Saints patrons de la ville. Dans une atmosphère recueillie, un Te Deum et une messe d’action de grâce sont chantés, marquant un moment fort de la vie religieuse locale.
Parmi les personnalités présentes figurent le ministre de la Culture, le Dr Emmanuel Ménard, le délégué départemental du Sud-Est Jude Pierre Michel Lafontant, la mairesse de Jacmel Lourdie César, ainsi que plusieurs responsables de la police, de l’immigration et de l’appareil judiciaire.
Dans son homélie, Monseigneur Wismick Jean Charles appelle à un recentrage essentiel :
« Nous avons besoin de la sagesse pour nous situer sur le bon chemin », déclare-t-il, invitant les fidèles à suivre Jésus comme guide dans un contexte marqué par les incertitudes.
Au-delà du cadre religieux, le message prend une dimension collective, presque sociale.
Quelques rues plus loin, à la place d’Armes Toussaint Louverture, l’atmosphère change. Sous des tentes dressées dans la cour de la mairie, la foire agro-artisanale bat son plein. Ici, on ne prie pas. On montre, on vend, on explique.
Sur les tables, les produits racontent une autre facette du pays : fruits mûrs, légumes de saison, racines, épices, bocaux de transformation, bouteilles de lait local. À côté, des sandales en cuir finement travaillées et des bijoux colorés faits à la main témoignent d’un artisanat toujours bien vivant.
Le thème choisi — « Ann kore pwodiksyon lokal pou plis manje, plis richès ak plis sekirite » — n’est pas qu’un slogan. Il se lit dans les gestes, dans l’organisation, dans la diversité des stands.
Sous les tentes, la chaleur pèse, les voix se croisent, les mains échangent. On négocie, on goûte, on observe. Ici, l’économie n’est pas un concept : elle se vit à même le sol, entre regards attentifs et gestes répétés.
Assise derrière sa table, une exposante surveille ses produits, entre bouteilles et bocaux soigneusement alignés. Elle prend le temps de parler, sans détour :
« Nou bezwen plis moun achte sa nou pwodui isit la. Si nou pa soutni pwodiksyon lokal, se nou menm ki pèdi. »
Pas de grand discours. Juste une réalité.
Organisée par la Direction départementale agricole du Sud-Est, en lien avec la Table de concertation du secteur, l’initiative vise à encourager la consommation nationale et à valoriser les filières locales.
Dans un pays encore largement dépendant des importations, ce type d’activité rappelle une évidence souvent répétée, rarement mise en pratique : la production locale reste une voie incontournable.
Entre exposants et visiteurs, les échanges sont directs. On discute prix, qualité, provenance. On compare, on hésite, parfois on achète. Rien de spectaculaire, mais quelque chose de réel.
Ce 1er mai n’a pas opposé la prière au travail. Il les a simplement placés côte à côte.
D’un côté, une parole qui appelle à la sagesse.
De l’autre, des gestes qui tentent de construire.
À Jacmel, ce jour-là, personne ne prétendait résoudre les problèmes du pays. Mais dans la ferveur d’une messe comme dans l’agitation d’une foire, une même idée semblait circuler : avancer, malgré tout.
Dans un pays fragilisé par les crises, Jacmel n’a pas prétendu inverser le cours des choses. Mais entre l’église et la place publique, elle a donné à voir une résistance silencieuse — celle d’un peuple qui, malgré tout, refuse de lâcher prise.
