Après plusieurs années de fermeture, le Centre d’Art de Jacmel a rouvert ses portes le 29 avril 2026. Au-delà d’une simple reprise d’activités, cette réouverture marque le retour d’un espace essentiel pour la création dans la ville, dans un contexte national particulièrement difficile.
À la rue Saint-Anne, il y avait du monde, mais surtout une certaine retenue. Comme si chacun voulait d’abord s’assurer que c’était bien réel. Après des années de fermeture, le Centre d’Art de Jacmel a rouvert ses portes mercredi soir.
À l’intérieur, les chaises rouges sont presque toutes occupées. Le public est attentif, parfois silencieux, parfois absorbé. Certains prennent des notes, d’autres observent les œuvres accrochées aux murs. Les tableaux, colorés, imposants pour certains, accompagnent la scène sans jamais la dominer.
On sent que le lieu reprend son souffle.
Certains s’arrêtent à l’entrée, regardent, entrent lentement. D’autres saluent, échangent. L’endroit n’a rien perdu de ce qu’il représentait. Il avait simplement disparu du quotidien.
À l’entrée, le portrait de Patrick Narbal Boucard, réalisé par le plasticien Vady Confident, attire immédiatement le regard. Il ne domine pas l’espace, mais il s’impose, comme un rappel discret de l’origine du lieu.
Fondé en 2003, le Centre d’Art s’est longtemps inscrit dans la vie culturelle de Jacmel. On y venait pour exposer, apprendre, rencontrer. Puis les activités ont cessé. Le lieu est resté là, fermé, sans explication claire pour beaucoup.
La réouverture ne s’est pas faite du jour au lendemain. Elle résulte d’un ensemble d’initiatives portées par plusieurs acteurs, issus à la fois du monde culturel et institutionnel.
On retrouve, entre autres, le directeur départemental du Tourisme, Wilner Sica, des représentants de la BNC, la rectrice de l’Université Publique du Sud-Est, un représentant de l’Association culturelle Thamani, ainsi que le professeur Auguste D’Meza.
Autour d’eux, d’autres figures ont également contribué à cette relance : Sheila Zenny Khawly, le sénateur Edo Zenny, Macdala Saint Cyr, les docteurs Mackenson Saint Cyr et Jhon St Cyr, le professeur Gerald Agella, Nesler Saint Val, Pierre Paul Ancion et la magistrate Lourdie César.
Même fermé, le Centre d’Art n’a jamais complètement disparu. Il est resté dans les conversations, dans les références, dans les parcours.
Les noms qui y sont liés continuent de circuler : Jacques Philippe Jean Pierre, Jonis Jean Louis, Emilson Blaise, Vady Confident, Elie Blaise, Rose Marie Lamour, Edouard Vital, Jn Paul Sylvaince. L’influence de Préfète Duffaut reste, elle aussi, bien présente.
Au centre de la salle, un intervenant prend la parole. Le public écoute. Les regards sont tournés vers lui, mais aussi vers les œuvres qui entourent l’espace. Ici, l’art et la parole cohabitent.
La réouverture ne s’est pas voulue spectaculaire. Mais elle était habitée. Des performances ont rythmé la soirée — Grand Soleil, Gran Lakou, Asòtò Dance, Club Culturel Explosion, Paj D’Art — sans jamais prendre le dessus sur le moment lui-même.
On venait surtout pour être là.
Cette reprise intervient à la veille des célébrations des saints patrons de Jacmel, Saint Jacques et Saint Philippe, prévues le 1er mai, une date qui coïncide également avec la fête de l’Agriculture et du Travail. Un contexte qui renforce la portée symbolique de l’événement.
Pour le directeur du Centre, Blaise Élie, l’enjeu reste simple :
« Rouvrir le Centre d’Art, c’est redonner un espace aux artistes. Mais c’est aussi dire que la culture ne peut pas s’arrêter, même dans un contexte difficile. »
Dans un pays où les espaces culturels fonctionnels deviennent rares, la réouverture du Centre d’Art de Jacmel dépasse le cadre local.
Elle pose une question simple : combien de lieux comme celui-ci peuvent encore tenir ?
À Jacmel, les portes du Centre d’Art sont à nouveau ouvertes. Reste à savoir si, cette fois, elles le resteront.
