«La dimension de la théâtralisation du monde trouve sa place dans la révélation d’un ensemble de faits ou actes qui traduisent le réel ambiant que, sous la fausse couverture du bien-être collectif, l’on cherche à masquer la complétude des différences. »
Vivre est un dialogue au monde et la musique par l'harmonie qui s'y opère, communique, converse, parle, énonce. Et l'autre, présent ou brillant par son absence, demeure à quelque lieu par une certaine prosopopée du terme : présence. D'où découle la théâtralisation presque certaine de notre présence au monde, une quasi- mise en scène. Mais celle-ci ne presse- t- elle pas la nécessité de l'action ? L'être humain est action ! Le corrélat alors entre les concepts - théâtralisation- mise en scène- action - demeure intense et y marque certainement notre présence.
La figure « prosopopée » partage une double origine hellène et latine. L'étymon dérive de deux termes greco-latin, le prosopon ( personne) et poîein ( faire). La Prosopopée : remonte à la fin XVe siècle ; lat. prosopopeia. C'est une " figure de [rhétorique ] par laquelle on fait parler et agir une personne que l'on évoque, un absent, un animal, une chose personnifiée". Notons par ses principaux effets, elle peut «présenter les marques d'une énonciation », «les marques du discours [... lui attribue ] un fort pouvoir de dramatisation », finalement « faire entendre l'autorité d'une voix favorable ou opposée à la thèse principale ». Claude Eterstein, dans “ La littérature française de A à Z ”, n' a pas moins relevé une certaine équivalence entre les figures prosopopée et hypotypose. Ce lien de synonymie souligné par la mise en commun des deux étymons grecs “hupo” et “tupos" attribue à l' hypotypose cette définition :« une figure de style consistant à évoquer un objet, un être ou une scène de façon si intense qu' on les fait voir». Elle est nommée différemment selon les auteurs et les époques. Au XVIIe siècle, Boileau et Fénelon la considère telle une « image », et une « peinture », tandis qu'au cours du XVIIIe ou XIXe, Pierre Fontanier la représente comme un « tableau », pour finalement être vue, au XXe siècle, par Roland Barthes, comme l' « effet du réel ».
Par ailleurs, l'hypotypose, par sa fonction, vise à «frapper l'imagination [ afin de ] provoquer une émotion », par la vivacité et l'animation de la scène ou de la représentation qui s'y découle. D'où, une certaine correspondance concomitante à la figure de discours prosopopée. Il n'est nullement interdit de remarquer que les figures prosopopée et hypotypose offrent, par la réalité qu'elles définissent, une certaine mise en scène ou animation du monde. Puisqu'elles donnent à voir et représentent ce qui paraît absence, par une hypothétique présence.
Orwell et contemporanéité
La dimension de la théâtralisation du monde trouve sa place dans la révélation d'un ensemble de faits ou actes qui traduisent le réel ambiant que, sous la fausse couverture du bien-être collectif, l'on cherche à masquer la complétude des différences. L'uniformisation des pensées à l'œuvre actuellement, et qui doit pour le bonheur des “ grands de l'ombre” mettre le monde au pas et gommer les points de vue contraires. Promouvoir une novlangue, où se diluent les particularismes socio-culturels, qui fera le grand jeu d'un petit groupe qui dirige dans l'ombre. Niccolò Tommaseo, cité par Pérette Cécile Buffaria, parlé du “théâtre du monde”,
le monde comme une méga scène ou se trouve représenter d'une manière vive le jeu des actions, des passions humaines. George Orwell possède toute sa place dans toute tentative d'appréhension du monde actuel, comme totalité. Orwell peut également aider à mieux situer et interroger notre présence au monde par rapport au réel présent ( la réalité actuelle). Le verrouillage qui s’opère des faits de l’actualité, où auditeurs, téléspectateurs et internautes sont noyés dans un univers, un flots d’informations nationales qu’occidentales – hors de l’émergence de médias alternatifs, -battant en brèche les inexactitudes et la partialité des récits et discours (double Standard occidental ) - témoigne en bien des termes et répond de la pensée orwellienne.
“1984” de George Orwell, paru en 1950, constitue un roman dystopique ou d'anticipation qui “examine le rôle de la vérité et des faits au sein des sociétés et les manières dont ils peuvent être manipulés”. Le récit est centré au personnage « Big Brother, un leader dictatorial soutenu par un culte de la personnalité intense orchestré par la police de la Pensée. [... Le roman rapporte que la structure gouvernementale...] s'engage dans une surveillance gouvernementale omniprésente et, par l'intermédiaire du ministère de la vérité, dans un négationnisme historique et une propagande constante pour persécuter l'individualité et la pensée indépendante[5]. La liberté d'expression n'existe plus, tous les comportements sont minutieusement surveillés grâce à des machines appelées télécrans et d'immenses affiches représentant le visage de Big Brother sont placardées dans les rues, avec l'inscription « Big Brother vous regarde » (« Big Brother is watching you »). La manipulation des données des utilisateurs des réseaux sociaux posent de graves problèmes dont les conséquences contribuent à brouiller les frontières entre vie privée et publique des citoyens. Une certaine censure des propos d’utilisateurs dont le discours contredit le narratif prétendument « officiel » à l’œuvre est établie. La diminution de la visibilité offerte ( contrôle de l’algorithme ) est le retour de bâton plus explicite, à moins que la mise sous sanction ou le bannissement du compte électronique de l’utilisateur curieusement pris en faute, d’une opinion dont le narratif ne retrouve pas le récit « officiel ».
On remarque, par ailleurs, dans la trame romanesque, l'omniprésence des termes clés tels « Big Brother », « double pensée », « police de la pensée », « crime de pensée », « novlangue » et « 2 + 2 = 5 ( ce qu'on pourrait nommer une réalité parallèle, ou contre-vérité) ». Des récurrences pas moins troublantes sont retrouvées dans le monde contemporain qu'il soit d'orient ou d'occident ! La figure de Big Brother rappelle bien quelque chose et «est devenue une figure métaphorique du régime policier et totalitaire, de la société de la surveillance, ainsi que de la réduction des libertés». Ces parallèles établis entre le sujet du roman et des exemples réels (totalitarisme, surveillance de masse e violations de la liberté d'expression), dessinent un monde en plein déni et en mode d'expérimentation du modèle orwellien.
Le monde actuel n’évolue pas moins dans une perspective orwellienne. Et les réseaux sociaux, notamment, constituent une caisse de résonnance où la pensée de George Orwell version macro paraît être mise en expérimentations, ou intègre la dynamique d' Orwell tel le romancier anglais du XXe siècle le campe dans Nineteen Eighty-Four (1984).
L’être humain ne doit pas se désarmer dans ce monde où l’ouverture de la boîte de Pandore laisse croire que tous les interdits sont désormais admis. L’individu doit, au contraire, manifester ce désir puissant d'ouverture au monde. Alors que le monde actuel s' enferme dans les bruits de guerre et des rumeurs sanglantes, dans la danse et la musicalité des ombres d'ici et d'ailleurs, dans le verrouillage de la parole où Big Brother is watching us, all ~ ( Big Brother nous regarde, contrôle tout).
James Stanley Jean-Simon
E-mail : jeansimonjames@gmail.com
