Peintre, créateur visuel et directeur de photographie, l’artiste jacmélien Marco Saint-Juste développe une œuvre profondément liée à l’âme, à l’identité et à la mémoire. Entre peinture et cinéma, son parcours témoigne d’une quête artistique où l’intuition et l’expérience humaine deviennent matière de création.
Par Emerson Vilbrun
« Quand je veux voir mon âme, je regarde mon art. »
La phrase de Marco Saint-Juste résume à elle seule la relation intime qu’il entretient avec la création. Pour cet artiste originaire de Jacmel, l’art n’est pas simplement un métier ou une passion : il constitue un espace de révélation, de méditation et parfois même de guérison.
Peintre et directeur de photographie dans plusieurs productions cinématographiques, Marco Saint-Juste construit depuis plusieurs années une œuvre personnelle nourrie par l’intuition, l’expérience humaine et les réalités culturelles haïtiennes.
« Aujourd’hui, je réalise que l’art est un miroir qui reflète mon âme. Quand je veux voir mon visage, je regarde dans un miroir. Mais quand je veux voir mon âme, je regarde mon art », confie-t-il.
Comme beaucoup de créateurs haïtiens, Marco Saint-Juste situe l’origine de sa vocation dans son environnement culturel. Né et grandi à Jacmel, ville réputée pour son effervescence artistique et son carnaval emblématique, il a évolué dans un milieu où l’art faisait partie du quotidien.
« Je suis un fils de Jacmel jusqu’au fond des os. Grandir dans une ville où l’art est aussi présent a joué un rôle immense dans mon évolution artistique », explique-t-il.
Dans cette ville où peintres, sculpteurs et artisans occupent l’espace public, la rencontre avec la création était presque inévitable.
« À l’époque où je grandissais à Jacmel, il était difficile de traverser un quartier sans rencontrer deux ou trois artistes. Être né dans cette ville avec l’art qui coule dans mes veines a été un privilège », affirme-t-il.
Pour Marco Saint-Juste, l’art ne s’est pas imposé comme un choix tardif, mais comme une évidence.
« C’est l’art lui-même qui m’a poussé. J’y suis né. Mettre une date sur ce moment serait mentir », explique-t-il.
Cependant, la passion artistique ne s’est pas développée sans obstacles. Durant ses années d’école, dessiner pendant les cours lui a souvent valu des réprimandes.
« Imaginez des professeurs qui vous punissent parce que vous dessinez. Cela m’est arrivé plusieurs fois », raconte-t-il.
Malgré ces difficultés, un soutien essentiel l’a aidé à poursuivre sa voie : celui de sa mère.
« Le plus grand soutien que j’ai reçu pour continuer a été ma mère », souligne-t-il.
Dans ses œuvres, Marco Saint-Juste aborde plusieurs thèmes essentiels : l’identité, la culture, la société, la spiritualité ancestrale, mais aussi les cycles de la vie.
Pour lui, la création artistique possède une dimension profondément humaine et spirituelle.
« Mon art est une guérison. J’ai souvent l’impression de soigner les gens à travers mes œuvres, de mettre un pansement sur des blessures et d’apporter de la lumière là où l’obscurité dominait », explique-t-il.
Cette dimension thérapeutique de l’art reflète une vision selon laquelle la création peut devenir un espace de dialogue entre l’artiste et le public.
Au fil des années, Marco Saint-Juste a construit un parcours artistique qui navigue entre les arts visuels et le cinéma. S’il est d’abord reconnu comme peintre, sa sensibilité esthétique l’a naturellement conduit vers le langage de l’image en mouvement.
Formé au Cine Institute, il s’est spécialisé dans le métier de directeur de photographie, un rôle essentiel dans la création visuelle d’un film. Dans cette fonction, il travaille étroitement avec les réalisateurs pour définir l’univers esthétique et l’identité visuelle des œuvres cinématographiques.
Pour l’artiste, la relation entre peinture et cinéma est évidente.
« Le travail du cadre dans un film est comparable à celui d’un tableau. La peinture m’a conduit naturellement vers le cinéma », explique-t-il.
Cette approche visuelle lui a permis de collaborer à plusieurs productions cinématographiques ayant connu une circulation internationale. Parmi les projets auxquels il a contribué figurent notamment À la recherche du vrai visage de Toussaint Louverture, réalisé par Pierre-Lucson Bellegarde, Douvann Jou Ka Leve et Freda de Gessica Généus, Gade de Hermane Deshommes, Dans la cour de Madame Vivianne Gauthier de Marie Claude Fournier, ou encore Scrum de Thomas Morgan.
Au-delà du cinéma, Marco Saint-Juste poursuit également un travail soutenu dans le domaine des arts visuels. À Jacmel, sa ville natale, il a participé à plusieurs expositions individuelles et collectives, notamment avec FOSAJ ainsi qu’avec l’artiste Eder Romeus, contribuant à la vitalité de la scène artistique locale.
Son travail a aussi franchi les frontières haïtiennes. Aux États-Unis, l’artiste a présenté trois expositions individuelles à Portland, dans l’État de l’Oregon, ainsi que deux expositions collectives, marquant une étape importante dans la reconnaissance internationale de son œuvre.
Par ailleurs, son engagement dans le cinéma et les arts visuels l’a amené à représenter son travail dans plusieurs pays, notamment à Saint-Barthélemy, en France, en Suisse et aux États-Unis, où ses collaborations ont circulé dans différents festivals et événements culturels.
Au-delà de sa carrière personnelle, Marco Saint-Juste s’interroge sur les conditions de vie des artistes en Haïti.
Selon lui, la création artistique ne peut se développer durablement sans structures de soutien.
« Mon rêve est de créer une plateforme ou une institution capable d’aider les artistes haïtiens à vivre de leur art », affirme-t-il.
Il évoque notamment la nécessité de mettre en place des fonds et des mécanismes de soutien pour les créateurs, particulièrement dans un contexte où les crises économiques et l’absence de tourisme affectent fortement le marché de l’art.
Des projets tournés vers l’avenir
Aujourd’hui, Marco Saint-Juste travaille sur plusieurs projets artistiques. Parmi eux figure une exposition importante intitulée « Étensèl », prévue pour le mois d’octobre.
Son ambition est également de présenter ses œuvres à Art Basel Miami, l’un des plus grands rendez-vous mondiaux de l’art contemporain.
Aux jeunes artistes qui souhaitent se lancer dans une carrière artistique, Marco Saint-Juste adresse un conseil simple mais essentiel :
« Écoutez la petite voix qui est en vous et travaillez sans relâche. Plus vous pratiquez, plus vous maîtrisez votre art. »
Car pour lui, la création artistique demeure avant tout une aventure intérieure.
« On peut réussir pour la société et perdre son âme. Il faut choisir qui l’on est vraiment », affirme-t-il.
Une conviction qui résume bien son parcours : celui d’un artiste guidé par l’intuition, la persévérance et la conviction que l’art peut éclairer les consciences autant qu’il peut toucher les cœurs.
Encadré
Qui est Marco Saint-Juste ?
• Artiste visuel haïtien originaire de Jacmel
• Peintre et créateur visuel
• Directeur de photographie formé au Cine Institute
• Expositions en Haïti et aux États-Unis
• Participation à plusieurs projets cinématographiques internationaux
• Travaille sur l’exposition « Étensèl » prévue prochainement
