Il y a un individu dont le nom importe peu - car la médiocrité ne mérite pas d’être immortalisée - qui ose proférer des menaces à l’égard de l’une des institutions culturelles les plus respectées du pays. Cette indignation n’est pas une simple émotion passagère mais une réaction viscérale face à une insulte faite à la dignité nationale, à l’intelligence collective, au bon sens le plus élémentaire.
Qui est cet individu pour s’arroger le droit de menacer une institution qui existait probablement avant sa naissance et qui continuera d’exister bien après que son nom sera tombé dans l’oubli ? Qui est-il pour croire qu’il peut impunément s’attaquer à un monument culturel que des générations d’Haïtiens vénèrent ? De quelle autorité morale, de quelle légitimité artistique, de quelle stature intellectuelle dispose-t-il pour oser lever la main contre Tropicana ?
Quelle frustration personnelle, quel échec intime, quelle jalousie maladive peut pousser quelqu’un à s’en prendre ainsi à une institution qui n’a jamais fait que contribuer positivement à la culture haïtienne ? Cherche-t-il la notoriété par le scandale, incapable de l’obtenir par le talent ? Veut-il exister en détruisant ce que d’autres ont patiemment construit, pratiquant cette forme lâche de nihilisme qui consiste à démolir plutôt qu’à édifier ? Est-il animé par cette jalousie destructrice qui ronge ceux qui, incapables de créer quoi que ce soit de valable, se consolent en tentant de salir ce qui les dépasse ?
Il existe des institutions qui transcendent leur fonction première pour devenir des symboles vivants de la résilience d’un peuple, des phares culturels qui continuent de briller même quand tout autour semble s’effondrer. L’Orchestre Tropicana d’Haïti appartient à cette catégorie rare des monuments nationaux indestructibles. Depuis des décennies, cet orchestre incarne l’excellence musicale haïtienne, portant haut et fort les couleurs de la culture nationale à travers tempêtes et ouragans, dictatures et chaos, tremblements de terre et misères économiques.
L’Orchestre Tropicana d’Haïti est indestructible parce qu’il est porté par l’amour et le respect de tout un peuple. Les menaces d’un individu insignifiant ne peuvent rien contre cette force collective. Tropicana continuera de jouer, continuera de nous faire danser, continuera de nous rendre fiers d’être haïtiens. Et ceux qui tentent de le salir ne réussiront qu’à se couvrir eux-mêmes d’opprobre et de ridicule.
Un fleuron de la musique haïtienne
Tropicana est une institution culturelle de premier plan, un fleuron de la musique dansante haïtienne, un patrimoine vivant qui pulse au rythme du compas et fait vibrer des générations entières d’Haïtiens. Cet ensemble a fait l’histoire de la musique caribéenne et continue d’en écrire les pages les plus glorieuses avec une maestria qui force le respect. Quand Tropicana monte sur scène, ce n’est pas une simple prestation musicale qui commence : c’est un moment de communion nationale, une célébration de ce qu’Haïti a de plus beau à offrir, une démonstration éclatante que ce pays meurtri garde intact son génie créateur.
L’orchestre Tropicana se dresse comme un baobab séculaire dans le paysage culturel haïtien, ses racines plongeant profondément dans la terre nourricière de la tradition musicale nationale, ses branches déployées offrant ombre et protection à toute une communauté d’artistes et de mélomanes. Telle une cathédrale sonore bâtie note après note au fil des ans, Tropicana a construit un édifice musical d’une solidité à toute épreuve, chaque concert ajoutant une pierre à cette œuvre monumentale. Comme le phénix de la mythologie, l’orchestre a su renaître de ses cendres à chaque crise, transformant les épreuves en tremplins pour atteindre de nouveaux sommets d’excellence.
Ses musiciens sont les gardiens d’un temple sacré, les vestales d’un feu qui ne doit jamais s’éteindre. Ils ont porté le flambeau de la musique haïtienne à travers les décennies les plus sombres, maintenant vivante la flamme de la création artistique quand tant d’autres lumières s’éteignaient. Leur discipline, leur professionnalisme, leur dévouement à l’excellence font de Tropicana bien plus qu’un simple ensemble musical : une école de rigueur, un modèle d’intégrité artistique, un exemple de ce que peut accomplir le talent haïtien lorsqu’il est cultivé avec sérieux et constance.
Les arrangements de Tropicana sont ciselés avec la précision d’un orfèvre, chaque instrument trouvant sa place dans un équilibre parfait entre cuivres flamboyants, percussions envoûtantes, guitares cristallines et claviers oniriques. L’orchestre fonctionne comme un organisme vivant où chaque musicien est une cellule indispensable, où la synchronisation atteint des niveaux de perfection qui défient l’entendement. Écouter Tropicana, c’est assister à une démonstration magistrale de ce que signifie jouer ensemble, penser ensemble, respirer ensemble au service d’une vision musicale commune.
« C’est nous, c’est Haiti, c’est notre fierté »
Tropicana a accompagné les joies et les peines du peuple haïtien pendant des générations. Ses mélodies ont bercé des romances, enflammé des carnavals, consolé des exils, célébré des retours. L’orchestre est tissé dans la mémoire collective comme un fil d’or qui traverse l’étoffe même de l’identité haïtienne. Des grands-parents aux petits-enfants, tous reconnaissent instantanément la signature sonore de Tropicana, ce son unique, inimitable, immédiatement identifiable qui dit : “C’est nous, c’est Haïti, c’est notre fierté.”
Quand les valeurs s’effritent : défendre les piliers qui tiennent encore
Dans notre malheureux pays où tant de valeurs s’effritent comme un mur ancien rongé par l’humidité et l’abandon, où règne trop souvent une tendance désolante à glorifier la médiocrité et à mettre en avant la bêtise plutôt que l’excellence, où le talent véritable est parfois éclipsé par le clinquant superficiel et le sensationnalisme vide, il devient d’autant plus impératif de protéger farouchement les rares institutions qui maintiennent encore les standards d’excellence. Tropicana représente précisément l’un de ces piliers qui tiennent encore debout quand tant d’autres se sont effondrés.
Nous vivons une époque où les réseaux sociaux amplifient les voix les plus stridentes plutôt que les plus sages, où la polémique prévaut sur la substance, où quelques secondes de buzz valent plus que des décennies de travail acharné. Dans ce chaos informationnel où tout se vaut et où rien ne vaut plus rien, où la distinction entre le précieux et le futile s’est brouillée jusqu’à l’indistinction, Tropicana se dresse comme un rempart de dignité, un bastion de sérieux, un refuge de qualité authentique.
L’orchestre Tropicana n’est pas une mode passagère, un phénomène éphémère porté par la vague d’un engouement momentané. C’est une institution bâtie pierre par pierre sur le roc solide du travail, du talent, de la discipline et du respect. Attaquer Tropicana, c’est attaquer ce qui reste de respectable dans un paysage culturel souvent dévasté par l’improvisation et l’amateurisme. C’est cracher sur l’excellence au profit de la médiocrité. C’est préférer le bruit à la musique, la cacophonie à l’harmonie, le chaos à l’ordre créateur.
Nous devons faire attention, et cette vigilance ne saurait souffrir aucune négligence : aucun Haïtien n’a le droit moral, culturel ou de quelque nature que ce soit de menacer l’Orchestre Tropicana. C’est un impératif catégorique fondé sur le respect dû aux institutions qui honorent Haïti. Tropicana appartient au patrimoine national au même titre que la Citadelle Laferrière ou le Palais Sans-Souci. On ne menace pas un monument national. On ne s’attaque pas à un symbole de fierté collective. On ne profane pas un temple.
C’est moralement inacceptable car cela bafoue le respect dû aux artistes qui ont consacré leur vie à la perfection de leur art ; culturellement inacceptable car cela attaque une institution qui préserve et transmet l’héritage musical haïtien ; socialement inacceptable car cela déchire le tissu fragile de solidarité qui devrait unir les Haïtiens autour de leurs valeurs communes ; historiquement inacceptable car cela efface d’un revers de main des décennies de contribution au rayonnement culturel national.
L’Orchestre Tropicana a survécu à des dictatures qui étouffaient la liberté d’expression, à des crises économiques qui auraient pu briser n’importe quelle entreprise culturelle, à des catastrophes naturelles qui ont rasé des pans entiers du pays, à l’exode massif des talents haïtiens vers l’étranger. Il a traversé toutes ces tempêtes en maintenant son cap, en préservant son excellence, en restant fidèle à sa mission de porter haut la musique haïtienne. Et voilà qu’un individu insignifiant croit pouvoir l’intimider par des menaces ? C’est d’une prétention grotesque qui frise le comique si elle n’était pas si pathétique.
Il s’agit d’une tendance sociale jugée inquiétante : le « nivellement par le bas », où l’on refuse toute hiérarchie de valeurs et où chacun s’autorise à critiquer, insulter ou menacer ce qui le dépasse. Cette démagogie égalitariste confond l’égalité des citoyens avec une prétendue équivalence des talents, menant à une inversion des valeurs (le médiocre juge l’excellent, l’incompétent donne des leçons au maître). L’Orchestre Tropicana ne doit pas être traité comme un groupe ordinaire : son statut d’institution, acquis par des décennies de travail et une contribution majeure au patrimoine culturel haïtien, devrait lui garantir un respect et une protection évidents.
Un appel à la protection du patrimoine
Nous lançons donc un appel solennel à tous les Haïtiens épris de culture et soucieux de préserver ce qui reste de respectable dans notre pays : protégez Tropicana comme vous protégeriez un trésor national, parce que c’est exactement ce qu’il est. Ne laissez pas des individus irresponsables, animés par des motivations troubles, s’attaquer impunément à une institution qui appartient à tous les Haïtiens.
Les autorités culturelles du pays, si tant est qu’elles existent encore et fonctionnent, doivent prendre position publiquement pour condamner toute menace contre l’Orchestre Tropicana. Le Ministère de la Culture a le devoir de défendre les institutions culturelles nationales contre les attaques dont elles peuvent faire l’objet. Le silence complice des autorités face à de telles menaces équivaudrait à une trahison de leur mission.
Les artistes haïtiens, musiciens, chanteurs, créateurs de tous horizons, doivent se mobiliser pour manifester leur solidarité avec Tropicana. Un précédent dangereux est en train de se créer : si on laisse passer des menaces contre une institution aussi établie que Tropicana, quelle autre institution culturelle sera à l’abri demain ? La solidarité artistique n’est pas optionnelle : elle est nécessaire à la survie même de l’espace culturel haïtien.
Les médias haïtiens ont la responsabilité de ne pas amplifier les voix destructrices, de ne pas offrir de tribune à ceux qui menacent les institutions culturelles nationales. Trop souvent, par recherche du sensationnalisme ou par négligence professionnelle, les médias donnent une caisse de résonance à des individus qui ne méritent que l’indifférence et l’oubli. Il est temps d’exercer un minimum de discernement éditorial.
Le public haïtien, enfin, doit manifester son attachement à Tropicana par tous les moyens à sa disposition : en assistant à leurs concerts, en diffusant leur musique, en exprimant publiquement son soutien, en dénonçant toute attaque contre l’orchestre. C’est par la mobilisation populaire que les institutions culturelles se maintiennent et prospèrent. Si le peuple haïtien veut préserver ce qui lui reste de patrimoine culturel vivant, il doit activement le défendre.
Au-delà de sa valeur musicale intrinsèque, l’Orchestre Tropicana symbolise ce qu’Haïti peut être quand le talent, le sérieux et la persévérance se conjuguent. Il démontre que l’excellence est possible même dans un contexte de précarité généralisée, que la qualité peut triompher malgré l’adversité, que la dignité peut être préservée quand tout conspire à la détruire.
Tropicana nous rappelle que nous sommes capables de grandeur, que notre pays n’est pas condamné à la médiocrité, que la culture haïtienne peut rivaliser avec les meilleures du monde. Chaque concert de Tropicana est une leçon d’espoir, une démonstration que le génie haïtien n’est pas mort, qu’il résiste encore malgré toutes les tentatives pour l’étouffer.
C’est pourquoi attaquer Tropicana, c’est attaquer l’espoir lui-même. C’est tenter d’éteindre une des rares lumières qui brillent encore dans la nuit haïtienne. C’est vouloir nous priver d’un des derniers motifs légitimes de fierté nationale. Nous ne pouvons pas le permettre. Nous ne le permettrons pas.
Ne touchez pas à l’Orchestre Tropicana d’Haïti ! C’est un avertissement et une promesse : nous défendrons cette institution contre tous ceux qui voudraient lui nuire. Parce que toucher à Tropicana, c’est toucher à Haïti elle-même, à sa dignité, à son âme, à ce qu’elle a de plus précieux. Et cela, nous ne l’accepterons jamais.
Maguet Delva
