Quand la poésie murmure l’histoire des hommes
Depuis quelque temps, j'ai pris l'habitude de lire un poème chaque matin. C'est devenu un rituel, une manière d'entrer dans la journée avec une pensée plus large, plus humaine. Car la poésie, nous dit Victor Hugo, est tout ce qu'il y a d'intime dans tout. Et ce matin, en partant à la recherche d'intimité, je suis tombé sur un recueil dont on parle trop peu. Et pourtant, il mériterait d'être lu, discuté, offert à ceux qui cherchent à comprendre cette partie du monde que l'on appelle les Caraïbes. C'est d'ailleurs le titre du recueil : « Caraïbe ». Écrit par René Philoctète, publié à compte d’auteur en 1982 et réédité en 1995 aux éditions Mémoire, ce livre est un témoignage unique, un regard subtil sur l'histoire de la Caraïbe.
Quand on parle de Philoctète, on pense souvent à un humaniste, un homme amoureux de la vie et des mots, celui qui met son cœur en partage et revient « des giboulées du nord pour rester au pays parce qu'un arbre lui tient ou du moins parce que le Soleil d'ici c'est pas froid comme la mort ». « Caraïbe » un recueil hybride, où prose poétique et poésie versifiée se rencontrent pour dessiner une fresque sublime. La prose est la gravité de l'histoire. Elle revient sur les premiers habitants de ces îles, sur leur effacement, et sur ce qui a suivi, jusqu'à la Révolution haïtienne. Chaque page est comme un clin d'œil à l'histoire collective, mais aussi un hommage. Philoctète nomme des figures comme Bob Marley, Aimé Césaire, des noms qui résonnent comme des éclats de mémoire.
Puis viennent les poèmes en vers. Ici, la voix change. La prose portait le poids du passé, presqu’avec froideur. Mais dans les vers, on sent autre chose : une intimité, un désespoir voilé. Philoctète y questionne ce qu'il a décrit plus tôt. Ces questions sont douloureuses, personnelles, presque trop grandes pour un homme seul. On a envoyé le regard du poète vaciller, comme s'il ne pouvait plus soutenir la folie et la misère qu'il a vues. La répétition d'une formule dans la prose donne un rythme, une sorte d'objectivité. Mais dans les vers, tout devient fragile. Une autre répétition apparaît, différente, plus hésitante, comme si la poésie elle-même cherchait un chemin dans le chaos.
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