L'aventure commence en 2014, intimement liée à l'histoire d'un couple : Valérie Noisette et Xavier Dalencourt. Ces deux passionnés rêvent de restaurer un joyau de l'architecture familiale, aujourd'hui en ruines.
Leur projet ? Transformer ce lieu en un espace de rencontre pour artistes et en un cadre d'exposition unique, perché sur les hauteurs d'une ville ternie par les catastrophes naturelles et politiques.
Le couple entretient un réseau riche de peintres, sculpteurs, dessinateurs et photographes, ce qui a permis l'émergence d'un vaste ensemble de jeunes talents et d'artistes confirmés.
Pour préserver un patrimoine et guidés par le désir ardent de présenter au public un art haïtien contemporain d'une richesse insoupçonnée, l'idée exaltante du Kolektif-509 est née. De 2014 à 2020, une myriade d'artistes, jeunes et renommés, ont exposé leurs œuvres, révélant ainsi un foisonnement de qualité qui témoigne de la vitalité de l'art haïtien contemporain. Le Kolektif 509 a également pris une dimension itinérante, avec plus de trente-cinq expositions au pays et à l'étranger, impliquant près d'une centaine d'artistes ayant contribué à ce projet fondateur.
Pendant ces années de turbulence politique, qui ont préfiguré nos malheurs actuels, la création artistique a maintenu vivante la flamme de l'espoir, à l'image de celle du Guernica de Picasso, qui éclaire d'une lumière crue l'obscurité du franquisme triomphant. Valérie Noisette est convaincue que Haïti possède « l'un des arts les plus puissants et stimulants de la région ». En abordant la dimension immense et originale du projet, Xavier Dalencour exprime, non sans une pointe d'amertume : « Nous avions pris l'habitude de ne compter que sur nous-mêmes, nous organisant tout seuls." Ce constat reflète lourdement les conséquences de nos politiques néfastes et de nos 'fatals oublis'.
Nous conclurons sur une note positive : ce projet est désormais disponible sous la forme d'un magnifique livre. Les œuvres des artistes ainsi que leurs biographies sont accessibles tant pour ceux qui les ont déjà vues que pour ceux qui, ici ou ailleurs, ne les connaissent pas encore.
Espérons que ce livre, qui est aussi un « cri », éveille enfin nos indifférences séculaires envers cette « matière première » immatérielle qu’est la culture.
Roody Edmé
