Voici un effort de pensée critique autonome qui cherche à expliquer Haïti plus systémiquement que politiquement et plus éthiquement que malicieusement, en mettant l’emphase sur les paradoxes et les énigmes d’un écosystème invariablement chaotique et entropiquement performant. C’est pour nous une manière d’intelligibiliser, à travers des axiomes qui contextualisent certaines grandes théories scientifiques, le fonctionnement d’une société, dont la réalité est floutée et dissimulée derrière un enfumage épais et abondant. Lequel enfumage a fini par faire planer sur Haïti une éclipse permanente, dont les ombres indigentes forment le climat culturel dominant d’un pays dépossédé, qui n’existe, globalement, que par malice, assistance et imposture.
L’enfumage comme climat culturel de la réussite
Difficile, en pensant aux effets de cette éclipse sur le climat des affaires en Haïti, de ne pas se rappeler ce refrain du groupe musical haïtien, Mizik Mizik : Ban’m fè nwa mwen, ban’m blakawout mwen, se li mwen bezwen pou’m jere biznis mwen (Donnez-moi mon obscurité, donnez-moi mon black-out, c’est ce dont il me faut pour faire prospérer mes affaires). Un refrain qui faisait éloge de l’obscurité pour mieux dénoncer les postures mécréantes des hommes d’affaires et politiques haïtiens, lesquels ne recherchent que les liaisons propices aux mauvais arrangements pour leur profit. Un climat d’affaire stratégiquement médiocre et objectivement indigent, auquel la majorité de la population a fini par s’adapter en développant les réflexes culturels qui structurent la criminalité et l’impunité : insignifiance, insouciance, négligence, indifférence, cécité, surdité, complicité et indignité. Des réflexes qui sont célébrés en Haïti comme des quantificateurs d’intelligence adaptative (métrique de performance de l’IA avant la lettre), puisqu’ils permettent à ceux qui les adoptent d’être récompensés pour leur loyauté envers le management de la corruption. Ce faisant, ils reçoivent les passe-droits pour échapper aux précarités du shithole et d’avoir ainsi une certaine renommée. Puisqu’ici, comme l’immortalise le proverbe local, Kapab pa soufri (ceux qui peuvent ne souffrent pas).
C’est justement cette conjonction de défaillances stratégiques et de médiocrités culturelles qui permet d’expliquer pourquoi la culture haïtienne, malgré les succès de sa performance, ne peut pas briller pour sortir Haïti de son éclipse permanente. Ses phares et ses attracteurs, étant eux-mêmes crasseux, troués et enfumés, ils ne peuvent pas réfléchir la lumière pour la projeter vers ceux qui agonisent dans l’obscurité. Ici, à éclipse dominant, les phares et les attracteurs culturels ne sont performants que pour éclairer leurs ombres. D’où les paradoxes et les intelligibles axiomes, que nous avons compilés dans Les Manuscrits de l’axiomatique de l’indigence pour donner sens aux turbulences qui tuent l’intelligence du collectif haïtien, en faisant émerger dans sa conscience cette débrouillardise individuelle qui joue un rôle primordial dans l’enfumage qui fait perdurer l’éclipse sur Haïti.
Le pic de l’éclipse et l’appel technologique de l’IA
Parmi ces paradoxes nous pouvons citer celui de l’appel technologique pour intégrer l’intelligence artificielle en Haïti dans les stratégies des affaires publiques et privées. Un pays totalement effondré, puisque, depuis l’indépendance, son intelligence collective a été autoroutée vers la malice élue, le marronnage déviant et la débrouillardise individuelle. Ce qui a généré et structuré, avec le temps, cette gangstérisation polymorphe stratifiée (GPS) qui s’est instituée comme la marque de l’asservissement du leadership national haïtien et l’interface (ou le GPS) de pilotage assisté de la société haïtienne par la géostratégie de la déshumanisation. Ce paradoxe qu’est l’appel technologique de l’IA pour l’innovation en Haïti est d’autant plus déroutant qu’il résonne au moment où l’éclipse permanente qui enfume ce pays semble avoir atteint son pic.
Un pic si gigantesque que ses ombres énormes ouvrent la voie aux monstruosités les plus effroyables et les plus improbables, : La promotion des élections générales dans un pays dont le territoire, majoritairement aux mains des gangs, a subi de profondes métamorphoses sous les trajectoires d’environ 1.5 million de personnes déplacées. D’ailleurs, si l’on croit les derniers bulletins de l’ONU, les gangs étendent désormais leur contrôle aux principaux axes routiers et voies maritimes dans une lucrative stratégie de rançonnage de la population. Stratégie qui est certainement une source de financement des prochaines campagnes électorales. Puisque selon l’ex chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, les personnalités politiques et économiques, qui sont sanctionnées depuis 2022, par la communauté internationale, pour financement et collusion avec les gangs, ne sont pas inéligibles aux élections haïtiennes à cause des sanctions. C’est au peuple haïtien de faire son choix.
Impossible d’être plus clair : les sanctions internationales, comme nous n’avons pas cessé de l’écrire, n’ont été qu’une mise en scène ; et les élections ne sont que l’acte final du processus global de l’attrition stratégique d’Haïti. Car, comment douter que le choix électoral puisse être autre chose qu’un plébiscite des gangs, puisqu’outre le fait qu’ils sont armés et contrôlent le territoire, ils se sont enrichis impunément et jouissent de connexions puissantes avec les acteurs stratégiques locaux et diplomatiques globaux. D’ailleurs, c’est le chef de l’Armée d’Haïti qui vient de décréter solennellement que les gangs sont mieux armés que les forces de police et de l’armée du pays. Mais cela n’empêche pas à cet insignifiant anobli de participer aux préparations pour sécuriser les élections. Et comme pour prouver qu’ils sont maitres du territoire, et jouissent de grandes complicités nationales et internationales, 24 hres après que le gouvernement ait clôturé le spectacle de son forum sur la modernisation de l’armée d’Haïti, les gangs ont défié le pouvoir en lançant un assaut meurtrier contre la localité de Kenscoff. Le bilan se chiffre à plus de 40 morts, des dizaines de blessés et quelques 20 personnes enlevées. Et malgré tout le pouvoir haïtien, gangstérisé et asservi par des intérêts transnationaux, a fixé le premier tour des élections présidentielles et législatives haïtiennes pour décembre 2026.
Dans les mâchoires de cette tenaille électorale qui s’ouvre pour dépecer, il est évident que la population haïtienne, dans sa majorité déshumanisée et totalement paupérisée, notamment durant ces 5 dernières années, devient une proie facile pour les prédateurs politiques et économiques affiliés aux gangs. L’issue ne peut être que fatale : soit une légitimation des gangs par les urnes, soit un pogrom contre la population.
Et paradoxe des paradoxes, c’est dans la plénitude de cette obscurité, qui tend à plébisciter l’ignorance collective, que le vent médiatique de l’intelligence artificielle (IA) se lève sur Haïti. Cet appel à l’innovation ne peut être que l’ultime clairon annonçant le cataclysme final : l’automatisation de l’indigence pour accélérer l’extinction anthropologique de ce qu’il reste d’humain et de digne dans la population haïtienne.
Quand l’IA s’impose comme propulseur de l’implosion anthropologique
Difficile de décrire les effets déroutants de l’obscurité totale et permanente sur un lieu humain, sans ne pas évoquer Victor Hugo et son poème Éclipse. On y trouve des vers qui semblent parodier le réel paradoxal et flouté haïtien du XXIème siècle, alors qu’ils ne décrivent, au vrai, que l’effarement que produisait, au XIXème encore, chez les Français, la disparition du soleil, en plein jour, derrière l’ombre de la lune. Sauf que, dans le cas haïtien, l’éclipse, au lieu de provoquer une stupeur collective, semble avoir suscité une ferveur nationale ; tant la grande majorité des Haïtiens semble s’être adaptée à l’obscurité qu’elle a induit sur le climat des affaires de leur pays. Au-delà du ban m fè nwa mwen des hommes d’affaires et des hommes politiques haïtiens, c’est l’immense majorité de la population qui a appris à désensorialiser son existence pour s’adapter aux précarités du shithole. Il suffit d’écouter les échos de l’agonie collective qui résonnent dans les proverbes populaires pour comprendre combien l’obscurité va à merveille à la grande majorité du collectif haïtien : A quoi peut servir la lumière dans un lieu humain, quand l’adaptation se fait à coups de : Sa je pa wè kè pa tounen, Je wè bouch pe, bouche nen ou bwè dlo santi, pa konnen pa al la jistis ?
L’éclipse permanente et la poésie prophétique de Hugo
Et oui, certains vers, du poème Éclipse de Victor Hugo, ont un accent prophétique, tant ils semblent faire des clins d’œil aux postures paradoxales et aux états mentaux ‘‘neurofaillants’’ des acteurs sociaux haïtiens. Ainsi, nous nous sommes amusés à extraire quelques vers ou morceaux de vers, éparpillés çà et là dans ce poème, pour former une phrase qui résume l’humaine défaillance de la société haïtienne confrontée à son éclipse permanente.
Société tiraillée entre des forces et des intérêts contradictoires. Lesquels ne cessent de dégrader l’énergie de la cohésion sociale en s’entrechoquant continuellement, augmentant ainsi l’entropie sociale. D’où ce cycle de chaos qui désagrège la société en mille morceaux dispersés, formant un essai de fossiles anthropologiques qui gravitent autour du même centre d’intérêts obscurs appelé le Big Gang. Mouvement paradoxal qui finit par générer un état d’auto désintégration comme équilibre anthropologique. Telle une structure anthropologique dissipative. Voilà pourquoi cette phrase, formée avec quelques vers du poème Éclipse de Victor Hugo, résume à no yeux la dynamique dégénérescente de la société haïtienne. Je vous laisse savourer :
En ce temps crépusculaire de doute, qui déroute la conscience humaine, où toutes sortes d’éclairs inexplicables brillent au fin fond du ciel trouble, le mal semble identique au bien dans la pénombre, et les monstruosités font des ombres, si énormes, que des aveugles entr’eux se montrent le chemin.
Ne sont-ce pas des aveugles qui se montrent le chemin dans l’obscurité terrifiante, quand les mêmes personnes qui ont fui Haïti, en prétextant que leur intelligence a été mise en déroute par la médiocrité triomphante, se joignent aux mêmes lettrés malicieux qui, pour leurs intérêts personnels, ont shitholisé Haïti, veulent, dans leur rôle d’influenceurs anoblis, soudainement guider le shithole vers l’appropriation de l’intelligence artificielle ? N’est-ce pas la monstruosité de l’obscurité qui, rendant confuse la distinction entre bien et mal, incite à promouvoir des élections démocratiques et l’intelligence artificielle dans un pays que même ses tuteurs internationaux reconnaissent que son destin lui échappe, car étant aux mains des gangs .
L’éclipse et le rayonnement spectral en PhD
Il est hautement improbable que les objectifs spécifiques du projet électoral et de l’appel au déploiement de l’intelligence artificielle en Haïti ne concourent pas à l’atteinte d’une même finalité. Laquelle finalité est, au demeurant, si inavouable qu’elle a besoin, pour ne pas être critiquée, d’être dissimulée derrière des attracteurs d’innovation politique et technologique. Toute une stratégie d’enfumage qui fait vivre le paradoxe de la performance défaillante par la promotion des boites noires enjolivées.
C’est cette finalité que nous nous proposons d’intelligibiliser, dans la suite, pour révéler au grand jour le sombre dessein que dissimulent les projets électoraux et technologiques des groupes dominants haïtiens, en cette première moitié du XXIème siècle. Période s’il en est ténébreuse de par l’alignement, sous l’effet du moment Trump, de presque tous les écosystèmes planétaires sur l’axe ombrageux de l’indigence pour tous. Et quand on connait les talents des lettrés malicieux haïtiens pour la pliure et la servitude, il fait aucun doute qu’une extinction soit en cours d’achèvement sur ce théâtre grandeur nature, pardon ‘‘splendeur obscure’’, qu’est le shithole haïtien.
Mais pour le comprendre, cela exige d’avoir le bon prisme, de trouver le bon angle pour regarder, de construire le bon décodeur analytique pour interpréter les postures et parvenir à donner sens aux paradoxes, et énigmes qui enfument le shithole haïtien. Car ce haut lieu de mécréance stratégique et d’insignifiance culturelle, ne fait que mettre en scène, derrière le spectacle de la performance humaine défaillante du cercle de ses docteurs et autres insignifiants anoblis, que les entr’actes d’une comédie de ratés. Après tout, les Italiens n’ont-ils pas leur Commedia dell’arte? Ici, à indigence rayonnante, c’est la résonance qui prime. Très peu cherchent à donner sens et faire la différence entre Arte et Raté. A une inversion de lettres près, c’est le même tempo qui résonne au final.
Et c’est pourquoi, certains se demandent, perplexes, comment un lieu, si invariablement médiatisé, pour sa culture et si élogieusement acclamé comme un ‘‘territoire littéraire infini’’, peut-il être le siège d’une telle obscurité et le diffuseur de tant de médiocrités ? Pour répondre à cette question, nous proposons de revenir expliquer les déformations des postures des acteurs sociaux haïtiens par l’axiome de l’alignement à angle plat. Car c’est lui qui annihile la différence de potentiel cognitive et éthique du shithole, en maintenant le collectif rivé sous les lignes des basses eaux culturelles et stratégiques.
Erno Renoncourt :
Extrait du tome 1 des manuscrits de l’axiomatique de l’indigence
