Alors que le Canada s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre de sa représentation diplomatique en Haïti avec l’arrivée d’un nouvel ambassadeur, le départ d’André François Giroux offre l’occasion de revenir sur une mission qui n’a laissé personne indifférent.
Arrivé à Port-au-Prince alors que le pays traversait l’une des crises sécuritaires, politiques et humanitaires les plus profondes de son histoire récente, le diplomate canadien ne s’est pas limité aux usages du protocole. Par ses prises de parole, ses échanges avec les acteurs de la société civile et son intérêt constant pour la vie culturelle, il a progressivement imposé un style marqué par une présence soutenue sur le terrain et une parole assumée.
Cette manière d’exercer la fonction diplomatique lui a valu autant de soutiens que de critiques. Ses interventions sur l’insécurité, la gouvernance, la corruption ou encore les réformes institutionnelles ont régulièrement alimenté le débat public. Pour les uns, elles traduisaient une volonté de désigner les réalités sans détour. Pour les autres, elles ravivaient la question des limites qu’un ambassadeur doit observer lorsqu’il s’exprime sur les affaires internes d’un État souverain.
Ces controverses ne résument toutefois pas son mandat.
Parallèlement à son action diplomatique, A.F Giroux a fait de la culture un levier de rapprochement entre le Canada et Haïti. À plusieurs reprises, la résidence officielle du Canada est devenue un lieu de rencontre où se côtoyaient artistes, musiciens, écrivains, journalistes, universitaires, représentants des institutions publiques et membres de la société civile. Bien au-delà du cadre protocolaire, ces rendez-vous favorisaient des échanges fondés sur l’écoute, le respect et l’ouverture, illustrant une conception de la diplomatie où les relations humaines occupent une place essentielle.
Passionné de jazz, il a également contribué à mettre en lumière de jeunes talents haïtiens grâce à la série « Découverte ». Dans le même esprit, la résidence diplomatique a accueilli les œuvres de plusieurs artistes haïtiens, témoignant de son intérêt pour la création contemporaine du pays. Les œuvres de Vanessa ST VAL y ont notamment été exposées durant plusieurs mois, illustrant la capacité de l’art à créer des passerelles entre les peuples et à accompagner le dialogue diplomatique.
Ceux qui ont fréquenté la résidence évoquent également un ambassadeur attaché au sens de l’accueil. Il n’était pas rare qu’il prépare lui-même un cocktail associant le rhum haïtien au sirop d’érable canadien, un geste devenu, pour nombre de ses invités, le symbole d’une rencontre entre deux cultures.
Cette proximité n’effaçait en rien les exigences de sa fonction. Juriste de formation et diplomate de carrière depuis près de trois décennies, A.F Giroux avait auparavant exercé des responsabilités auprès des Nations Unies ainsi qu’en France, au Danemark et en Australie avant son affectation en Haïti. Ce parcours lui conférait une connaissance approfondie des équilibres diplomatiques, ce qui rend d’autant plus singulier le ton qu’il a choisi d’adopter tout au long de son mandat.
À l’heure de quitter Port-au-Prince, A. FGiroux laisse un bilan que chacun appréciera selon sa propre lecture. Son action a parfois convaincu, parfois dérangé, mais elle a rarement laissé place à l’indifférence. C’est sans doute l’une des caractéristiques des diplomates qui choisissent de s’exposer davantage au contact des réalités du pays où ils sont accrédités. Une certitude demeure toutefois. Son passage rappelle que la diplomatie ne se mesure pas uniquement à l’aune des déclarations officielles ou des rencontres protocolaires. Elle se construit aussi dans les relations humaines, dans l’attention portée à la culture, dans la capacité à créer des espaces d’échange et dans la volonté d’écouter autant que de convaincre.
En transmettant aujourd’hui le relais à son successeur, A. F Giroux quitte un pays qui continue de traverser l’une des périodes les plus complexes de son histoire contemporaine. Son mandat restera associé à cette séquence où la diplomatie ne pouvait se contenter d’observer les événements, mais devait également chercher à comprendre une société en pleine épreuve. Au-delà des débats qu’il a suscités, il laisse le souvenir d’un ambassadeur qui a choisi d’aller à la rencontre d’Haïti, de ses fragilités comme de sa créativité, convaincu que la force d’une présence diplomatique se mesure aussi aux liens qu’elle parvient à tisser avec un peuple. C’est sur cette empreinte, à la fois discrète et durable, que se referme aujourd’hui le chapitre haïtien d’André François Giroux.
Par Aterson-N SAINVAL
