Ce 4 juillet 2026 marque le 250ᵉ anniversaire de l’indépendance américaine. Tandis que la première puissance mondiale s’apprête à célébrer ce jalon historique, elle semble ignorer l’input inestimable d’un voisin loyal de l’Hémisphère qui a amplement contribué à sa liberté, à sa prospérité. Une telle commémoration offre l'occasion de reconnaître que l'histoire des États-Unis ne s'est pas construite en vase clos. Elle est le fruit d'interactions, de sacrifices et de contributions majeures provenant de nombreux partenaires, alliés et communautés issues de l'IMMIGRATION. Au lieu d’orchestrer une chasse aux sorcières contre la diaspora haïtienne, le devoir de mémoire invite le chef de file de l’hémisphère occidental à plutôt porter un regard rétrospectif sur cette vaillante communauté qui a largement contribué à son succès. Empathie et gratitude obligent.
Le « Fucking-Haiti », objet d’une campagne de persécution, de répression et de dénigrement, a apposé fièrement son empreinte sur ce quart de millénaire de l’histoire des États-Unis. En disent long les sacrifices remarquables des braves guerriers en provenance d’Haïti déployés à Savannah en 1979. Mais aussi aujourd’hui, une multitude de progénitures haïtiennes au services de l’Armée américaine. Que dire de l’apport de ses professionnels de la santé, ses enseignants, entrepreneurs et de nombreux autres membres de sa diaspora ? Les immigrants venus d’Haïti ont apporté un apport considérable à la compétitivité, à l'innovation et au développement économique des États-Unis.
Aucune administration des États-Unis, qu’elle soit de l’aile démocrate ou républicaine, ne devrait constituer une source de persécution envers cette communauté toujours prête à servir des causes nobles aux USA. Renier ou stigmatiser cette communauté revient à méconnaître une partie de l'histoire américaine et à porter atteinte à la mémoire des pères fondateurs qui avaient sollicité l’expertise haïtienne pour participer à la construction de cette nation.
Il est profondément regrettable que certaines personnalités du MAGA relaient des discours empreints de xénophobie et de mépris en s'en prenant par des propos injurieux à tout un peuple dont les contributions au profit des États-Unis sont pourtant nombreuses.
Haïti, dans la liberté et la prospérité des USA
À diverses étapes de l’histoire américaine, Haïti y a joué un rôle actif. L’empreinte haïtienne est calligraphiée en caractère gras sur les actes de la conquête de la liberté et sur l’édification de la puissance économique et sociale qu’incarnent les États-Unis. Primo, la bataille de Savannah en 1779 constitue un épisode majeur de la guerre d'indépendance des États-Unis pour lequel des soldats originaires d’Haïti ont sacrifié leurs vies. Dans cette mission périlleuse, les Haïtiens se furent donnés en holocauste pour défendre les Américains.
La reconnaissance symbolique de cet engagement, à travers les monuments érigés en hommage aux Chasseurs-Volontaires, constitue un geste significatif de mémoire historique. Cependant, au-delà de ces commémorations, une manière plus pragmatique et durable d’honorer cet héritage consisterait à garantir un traitement respectueux et digne des descendants de ces combattants. Dans cette perspective, les relations contemporaines entre les États-Unis et Haïti gagneraient à être repensées dans un esprit de reconnaissance historique et de respect mutuel.
Secundo, l'achat de la Louisiane conclu en 1803 au profit des États-Unis contre la France pour une modique somme, a été facilité par l'échec de Napoléon en Haïti. L’incapacité de Napoléon Bonaparte à rétablir l’autorité française dans la colonie, en raison notamment de la résistance haïtienne et des coûts humains et militaires considérables, a fortement forcé à réorienter les priorités impériales de l’Hexagone. Dans ce cadre, la défaite française à la suite de la bataille de Vertières en 1803 - ultime affrontement du processus révolutionnaire haïtien - a joué un rôle significatif dans la décision de céder la Louisiane aux États-Unis. Cet enchaînement d’événements a donc généré une externalité géopolitique favorable aux États-Unis.
Enfin, le rôle crucial d'Haïti dans le secteur médical des États-Unis s'illustre principalement à travers la contribution remarquable de sa diaspora, largement représentée dans les professions de la santé. Dans plusieurs États, notamment Floride, New York, Massachusetts et New Jersey, les professionnels haïtiens constituent une composante majeure des effectifs des hôpitaux et des établissements de santé. Les Haïtiens exercent à titre de médecins, infirmières et infirmiers, aides-soignants, pharmaciens, physiothérapeutes, techniciens médicaux, chercheurs biomédicaux et professeurs de médecine. Ainsi, ils participent activement aux soins cliniques, à la recherche scientifique, à l’enseignement et au développement des politiques de santé publique.
Durant la pandémie de COVID-19 par exemple, une multitude d’Haïtiens d'origine se sont illustrés en première ligne dans les hôpitaux, les services d'urgence, les unités de soins intensifs, les maisons de retraite et les centres de vaccination. Leur engagement a été dignement salué par les institutions de santé et les collectivités locales. L'apport des Haïtiens est tout aussi remarquable dans le secteur de l'éducation. Ils y collaborent à tous les niveaux du système éducatif américain, de l'enseignement préscolaire à l'enseignement supérieur, en passant par la recherche et la formation professionnelle.
Les Haïtiens : des missionnaires, pas des mercenaires
Les Haïtiens ont toujours joué un rôle stratégique et économique décisif pour sensibiliser et revitaliser des secteurs porteurs en situation difficile au niveau des pays partenaires. Sur le plan militaire, des soldats haïtiens se sont distingués en engageant des luttes pour la liberté de plusieurs régions des Amériques. Dans les domaines de l'éducation et de la santé, la diaspora haïtienne s'est imposée au Canada, aux États-Unis et dans plusieurs pays d'Afrique par le savoir-faire de ses enseignants, chercheurs et professionnels qualifiés. Plus récemment, à Springfield, dans l'Ohio, la présence de travailleurs haïtiens a répondu aux besoins d’une industrie manufacturières locale en péril. Par leur sérieux, ils ont soutenu la relance économique de cette ville confrontée à des difficultés de recrutement.
Pendant plusieurs décennies, le Springfield a connu un déclin démographique et une pénurie de main-d'œuvre. Les migrants haïtiens, dont beaucoup sont arrivés légalement grâce à différents programmes d'immigration, ont comblé les déséquilibres du marché du travail. Ils y occupent aujourd'hui des emplois dans plusieurs secteurs de l'économie locale. Contrairement au narratif conspirationniste des suprématistes, la communauté haïtienne œuvre activement à une embellie de la vie économique et sociale de Springfield. Le bon sens - la chose du monde la mieux partagée - suggère qu’un pays qui ambitionne d’être compétitif devrait logiquement chercher à attirer et valoriser ce type de migrants porteurs de compétences et de dynamisme économique. Mais, le MAGA semble avoir un tout autre agenda.
Récemment encore, la communauté haïtienne en général et celle de Springfield en particulier sont de nouveau dans le projecteur du racisme et de l’ingratitude. Cette communauté est confrontée à une période d'incertitude après des décisions judiciaires concernant le Temporary Protected Status (TPS). La décision de la Cour suprême des États-Unis d’annuler le TPS a suscité une vague d’inquiétudes parmi de nombreux résidents haïtiens quant à leur avenir aux États-Unis. « There is no place like home ». Mais, toujours pris en otage par les gangs instrumentalisés, Haïti n’a pas le dispositif adéquat pour accueillir cette potentielle déportation massive. En tout cas, au lieu d’être récompensée, la loyauté haïtienne est plutôt persécutée. Paradoxe.
Certains discours médiatiques ont relayé des propos de calomnies stigmatisantes et hostiles à l’égard des migrants haïtiens. Cette « Fucking » ignominie d’une personnalité du MAGA envers les émigrés haïtiens alimente de vives tensions au sein de la diaspora. Pire, à l’approche de ce 250e, ces propos de discrimination raciale envers Haiti ne sont pas officiellement condamnés. Que pouvait espérer l’excellence de l’âme puisque ce faux narratif aux enjeux électoralistes et teinté de racisme a été rédigé depuis 2024 contre les compatriotes haïtiens émigrés à Springfield ?
Au demeurant, la marginalisation subie par le peuple haïtien tend à réduire la portée universelle et inclusive que devrait incarner une commémoration comme celle du 4 juillet. Comment un Haïtien authentique, descendant de Toussaint et Dessalines, saurait-il véritablement avoir le cœur en fête quand ses compatriotes sont quasiment livrés au lynchage ? Ce ne serait donc que par une factice bienséance que les invitations de la Maison Blanche et des représentations diplomatiques américaines seraient honorées par les dignes dignitaires Haïtiens, ici ou ailleurs.
Aucune nation, encore moins Haïti, ne mérite ce traitement indigne et dédaigneux des USA. C’est donc sous le signe de l’hypocrisie et d’une ingratitude flagrante que les USA festoient son 250e anniversaire. Cette coopération asymétrique USA-Haiti mérite définitivement d’être repensée.
Carly Dollin
