Monsieur le Premier ministre,
Il existe des moments où un gouvernement ne peut pas résoudre une catastrophe par ses propres moyens, mais peut néanmoins poser un geste qui honore la mémoire d'une nation, renforce sa dignité et rappelle au monde les valeurs qu'elle porte.
Aujourd'hui, le peuple vénézuélien traverse une nouvelle épreuve. Des familles ont perdu des proches, des maisons et leurs moyens de subsistance. Face à cette tragédie, je crois qu'Haïti ne peut rester silencieuse.
Je suis pleinement conscient que notre pays traverse lui-même l'une des périodes les plus difficiles de son histoire. L'effondrement de nos institutions, l'insécurité généralisée et la crise humanitaire limitent considérablement les capacités d'action de l'État. C'est pourquoi je ne vous demande pas de mobiliser des ressources financières que notre pays ne possède pas.
Je vous demande plutôt d'exercer un leadership moral.
Des millions de nos compatriotes vivent aujourd'hui aux États-Unis, au Canada, en France, au Chili, au Brésil, en République dominicaine, aux Bahamas et dans de nombreux autres pays. Cette diaspora constitue une force économique, sociale et humaine exceptionnelle. Elle a démontré à maintes reprises sa capacité à se mobiliser lorsqu'un peuple est frappé par une catastrophe.
Pourquoi ne pas mettre cette formidable énergie au service du peuple vénézuélien, qui fut parmi les premiers à tendre la main à Haïti après le séisme du 12 janvier 2010 ?Je vous invite respectueusement à charger le ministère des Affaires étrangères et des Cultes, en collaboration avec nos ambassades, nos consulats et les organisations de la diaspora, de lancer une vaste campagne internationale de solidarité en faveur du Venezuela.
Cette campagne pourrait permettre de recueillir des contributions volontaires destinées à l'achat de médicaments, de matériel médical, de denrées alimentaires, de produits d'hygiène, de fournitures scolaires, de vêtements et d'autres biens de première nécessité au profit des populations sinistrées.
Au-delà de l'aide matérielle, cette initiative enverrait un message puissant : celui d'un peuple qui n'oublie jamais ceux qui lui ont tendu la main dans ses heures les plus sombres.
Monsieur le Premier ministre,
Au fil de notre histoire, plusieurs nations nous ont apporté leur soutien, et nous leur en sommes reconnaissants. Bien souvent, elles nous ont donné ce qui leur était excédentaire, ce dont elles pouvaient se passer ou une faible partie de leurs immenses ressources.
Le peuple vénézuélien, lui, m'a appris une autre conception de la solidarité. J'ai compris que la véritable solidarité ne consiste pas à partager ce qui nous est inutile, mais à offrir une partie de ce qui nous est indispensable. Le Venezuela n'a pas partagé son superflu avec Haïti. Il a partagé une partie de ses propres ressources, de ce qui contribuait à son développement et au bien-être de son peuple.
Cette leçon m'a profondément marqué. J'ai appris que la grandeur d'une nation ne se mesure pas à l'abondance de ce qu'elle donne, mais au sacrifice qu'elle consent pour soulager la souffrance d'un autre peuple.
Aujourd'hui, même si Haïti ne peut donner autant qu'elle a reçu, elle peut démontrer qu'elle a retenu cette leçon. Si nous ne pouvons pas donner beaucoup, donnons ce que nous pouvons. Si nous ne pouvons pas tous agir individuellement, mobilisons-nous collectivement. La véritable solidarité ne se mesure pas à la valeur du don, mais à la sincérité du cœur qui l'offre.
Je suis convaincu qu'une telle initiative contribuerait également à redonner une image positive d'Haïti sur la scène internationale. Trop souvent, notre pays est présenté uniquement à travers ses difficultés. En prenant l'initiative de mobiliser notre diaspora au profit d'un peuple frère, nous rappellerions au monde que les Haïtiens demeurent profondément attachés aux valeurs de fraternité, de gratitude et de solidarité entre les peuples.
Les ressources financières de l'État sont limitées. En revanche, le pouvoir de rassembler, d'inspirer et de mobiliser appartient toujours aux dirigeants.
Je vous invite donc respectueusement à prendre l'initiative de cet appel national à la solidarité et à confier à notre diplomatie la mission de coordonner cette mobilisation avec les organisations de la diaspora haïtienne à travers le monde.
L'Histoire retient les peuples qui savent dire merci.
Aujourd'hui, nous avons l'occasion de démontrer que la reconnaissance n'est pas seulement un sentiment, mais une responsabilité.
Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, l'expression de ma très haute considération.
Bony Eugène Georges
Global Sport Manager
Commentateur et Analyste Sportif
Professeur de Math & de Science
Ancien Boursier du Venezuela
