États-Unis, le souffle des tambours monte, la chaleur vibre dans l’air, et les Grenadiers débarquent, portés par la fierté, la sueur et le rugissement d’un peuple en feu. D’Haïti à la diaspora, des rues de Port-au-Prince aux tribunes de Foxborough, les voix se mêleront en une seule. Comme à Munich en 1974 face à l’Italie, les cœurs battront à l’unisson. Cette fois, l’adversaire s’appelle l’Écosse, une terre de brume, de légendes et de combats. Mais ce samedi 13 juin, c’est un autre combat qui s’écrit: celui de la dignité, de l’espoir et de l’unité.
Le rendez-vous est fixé. Ce week-end, sous le ciel du Massachusetts, le Gillette Stadium ne sera pas qu’une enceinte sportive: il deviendra un sanctuaire. Lorsque le bleu et le rouge flotteront dans l’air américain et que les premières notes de la Dessalinienne s’élèveront, fières et vibrantes, ce ne seront pas seulement onze joueurs qui entreront sur la pelouse, c’est toute une nation qui prendra vie. Et dans ce moment suspendu, on croirait sentir la présence silencieuse des ancêtres, veillant sur leurs héritiers.
Car il est des moments que le peuple haïtien ne négocie pas. Et la 23e édition de la Coupe du monde de 2026 en est un. Peu importe les tempêtes traversées, les cicatrices encore visibles, Haïti se relève toujours. Sa qualification n’est pas qu’un exploit sportif, c’est un symbole. Celui d’un pays meurtri, mais debout.
Sur la pelouse, l’attention se portera naturellement sur Johny Placide, capitaine et ultime rempart de la sélection. Mais autour de lui ils y auront Adé, Delcroix, Arcus, Bellegarde, Isidor, Nazon, Pierrot etc, autant d’éléments appelés à structurer le collectif. Dès le coup d’envoi, dans un affrontement à forte densité tactique, chaque joueur, au-delà des spécificités propres au poste de milieu récupérateur, devra incarner une exigence d’équilibre: récupérer le ballon, organiser le jeu, puis en maîtriser le tempo.
À la manière de sentinelles, ils auront pour mission de réduire les espaces, d’endiguer les offensives adverses et d’assurer des relances maîtrisées, guidées par la lucidité et la rigueur. Face à une formation écossaise reconnue pour sa solidité et sa discipline, la moindre approximation pourrait s’avérer déterminante.
Ces grenadiers ne joueront pas seulement pour gagner, ils joueront pour représenter, pour honorer, pour écrire. Pendant 90 minutes, chaque course, chaque tacle, chaque passe portera le poids et la fierté de tout un peuple.
Et dans les tribunes comme dans les rues, l’atmosphère sera électrique, presque mystique. Comme à l’Arcahaie lors des grandes célébrations des fêtes du drapeau, une communion profonde s’installera entre l’équipe et la nation. Le temps d’un match, les tensions politiques, les difficultés économiques et les fractures sociales s’effaceront temporairement. Une trêve fragile, mais réelle. Une respiration collective.
Mais au-delà du jeu, c’est une autre exigence qui s’impose: celle de l’unité. Dans un pays trop souvent divisé, dans une sphère politique fragmentée, les grenadiers devront être l’exemple inverse. Pas de clans, pas de fractures, pas d’ego mal placé. Ni tensions entre joueurs locaux et diaspora, ni interférences extérieures. Juste une équipe. Une nation pour un seul objectif.
Sinon, le risque est clair: le naufrage face à une redoutable équipe de football écossaise. Pour éviter cela, une seule devise doit guider chaque geste: dépassement de soi, engagement total, et solidarité sans faille. Une équipe, un peuple, une nation.
Dans les gradins du Gillette Stadium, ils seront des milliers à brandir le drapeau bleu et rouge, frappé de ces mots: « L’union fait la force ». Ils chanteront, vibreront, pousseront des cris à chaque action. Et partout dans le monde, des millions d’Haïtiens feront de même. Comme lors de la grande manifestation du 20 avril 1990, et autres grands moments dans l’histoire, ils seront unis. Ce match dépasse le football. C’est une déclaration. Une preuve que, malgré tout, Haïti existe, résiste et espère.
Alors, à vous, grenadiers: jouez ensemble. Jouez juste. Oubliez les individualités, servez le collectif. Portez ce maillot comme un étendard. Car derrière vous, il y a un peuple entier.
Grenadye alaso.
Et peut-être, dans le souffle du stade, entendrez-vous encore la voix des ancêtres… vous rappelant que vous n’êtes jamais seuls.
Prf. Esau Jean-Baptiste
