Le Collectif Défenseurs Plus, la Coalition de la Jeunesse Haïtienne pour l’Intégration (COJHIT), le Réseau National des Femmes Syndiquées (RENAFANM), le Groupe de Réflexion et d'initiative pour l'Avancement de la Grand'Anse (GRIAG), Jacmel SE Pou Nou Tout (JSEPNT), le Forum Provincial des Droits de l'Homme (FPDH), organisations engagées dans la promotion des droits humains et l’Observation électorale, expriment leur préoccupation face à la trajectoire actuelle de la transition. Et ce,
Dans un contexte marqué par l’expansion de l’insécurité, l’affaiblissement des institutions publiques et la détérioration inquiétante des conditions de vie de la population, alors que les conditions minimales pour l’exercice des droits civils et politiques demeurent gravement compromises.
Tandis que les autorités de transition envisagent la tenue d’un référendum constitutionnel et d’élections générales, il est essentiel de rappeler que tout processus électoral crédible doit reposer sur des institutions légitimes, un climat sécuritaire acceptable et une participation inclusive des citoyennes et citoyens.
Notre analyse de la conjoncture actuelle
Dans un souci de contribuer à renforcer la stabilité de l'État, nous soumettons les points d'analyse suivants :
1- Un Contexte sécuritaire et politique alarmant
La détérioration accélérée du climat d'insécurité hypothèque tout droit à la libre circulation et à l'exercice du droit démocratique. Dans plusieurs zones du pays, notamment dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince et certaines villes de province, des groupes armés exercent un contrôle territorial de facto, rendant pratiquement impossible la mise en place effective de la machine électorale et l'organisation crédible d’activités électorales.
Parallèlement, nous dénonçons un gouvernement issu d'un pacte de gouvernance transitoire avec un grave déficit de représentativité réelle. L'exclusion systématique des forces vives de la société civile, particulièrement celles des villes de province, réduit cette transition à une affaire de « famille politique » au détriment de l'intérêt national.
Cette situation est aggravée par une crise humanitaire profonde, marquée par des déplacements massifs de population, l’insécurité alimentaire et l’effondrement de services publics essentiels, autant de facteurs qui fragilisent davantage la participation citoyenne au processus démocratique.
2- Absence de légitimité du Conseil Électoral Provisoire (CEP)
Le CEP actuel souffre d’un déficit de confiance chronique. La nomination de membres imposés par les anciens acteurs du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), en dehors de consensus effectif, entache l'impartialité de l'institution. Un processus électoral ne peut être dirigé par des personnalités perçues comme les mandataires de clans politiques spécifiques.
Dans un contexte de méfiance généralisée envers les institutions publiques, la crédibilité du CEP doit reposer sur un processus transparent, inclusif et fondé sur des critères d’intégrité et de compétence reconnus par l’ensemble des secteurs clés de la société Haïtienne.
3- Incohérence institutionnelle et gaspillage de fonds publics
Il existe une inadéquation flagrante entre le pacte de transition, axé sur un référendum constitutionnel, et l'agenda du CEP qui exécute un calendrier électoral bancal. Cette précipitation non coordonnée s'apparente à une stratégie de justification de dépenses publiques inutiles, alors que les ressources de l'État devraient être allouées à la sécurisation du territoire.
Dans un contexte de rareté des ressources publiques et de dépendance accrue à l’aide internationale, toute dépense liée au processus électoral devrait faire l’objet d’une gestion rigoureuse, transparente et d’un mécanisme de redevabilité clair vis-à-vis de la population.
4- Conflits d’intérêts au sommet de l’État
Le gouvernement dirigé par Monsieur Alix Didier Fils-Aimé soulève des inquiétudes majeures en matière d'éthique politique. La présence, au sein du cabinet ministériel, de responsables de partis politiques futurs compétiteurs crée un conflit d'intérêts manifeste. De plus, les doutes fondés des citoyennes et citoyens quant à la compétence avérée de certains membres de l'exécutif fragilisent l'autorité de l'État.
Une transition politique ne peut inspirer confiance que si ses acteurs démontrent un engagement réel en faveur de la neutralité de l'État et de la séparation entre gestion publique et ambitions électorales.
Dans un souci de contribution citoyenne, les organisations signataires recommandent.
Recommandations et perspectives de sortie de crise
Face à ce constat accablant, la COJHIT, le Collectif Défenseurs Plus, RENAFANM, GRIAG, Jamel SE Pou Nou Tout et FPDH proposent :
a- Replâtrage institutionnel immédiat
Une refonte du gouvernement et du CEP est impérative. Il est nécessaire d'intégrer des personnalités indépendantes, issues de la société civile, dans ses différentes composantes, tout en incluant les autres régions du pays, pour restaurer la légitimité et la crédibilité de la gouvernance politique et du processus électoral. Et,
Cette recomposition institutionnelle devrait également garantir une représentation significative des femmes, des jeunes et des organisations citoyennes engagées dans la promotion de la démocratie et des droits humains.
b- Sécurisation normative
L'application rigoureuse des lois de la République et le respect des normes internationales de protection des droits civils. La sécurité ne doit pas être un prétexte, mais une condition préalable garantie par une chaîne de commandement transparente et responsable.
c- Audit de la transition
Il faut procéder, sans tarder, à un gel des dépenses électorales non essentielles jusqu’à l’établissement d’une feuille de route cohérente et consensuelle entre tous les secteurs clés de la vie nationale. Il ne peut y avoir d'élections honnêtes sous l'empire de l'exclusion et de la peur.
La démocratie exige de la transparence, pas des arrangements cosmétiques.
Nous appelons également à la mise en place d’un mécanisme indépendant d’évaluation de la transition, permettant d’assurer la transparence dans la gestion des ressources publiques et la responsabilité des autorités de transition.
d- Dialogue national inclusif
L’organisation d’un véritable dialogue national impliquant les partis politiques, les organisations de la société civile, les représentants des collectivités territoriales, les femmes, les jeunes et les secteurs socio-économiques afin de définir un consensus minimal sur les conditions d’un retour durable à l’ordre constitutionnel.
Il ne peut y avoir d'élections honnêtes sous l'empire de l'exclusion et de la peur.
La démocratie exige de la transparence, pas des arrangements cosmétiques.
Nous appelons également la communauté internationale à soutenir les efforts visant à restaurer la sécurité, renforcer les institutions démocratiques et garantir que toute assistance électorale respecte les principes d’inclusivité, de transparence et de souveraineté nationale.
Pour les Organisations Signataires :
M. Alain ALFRED
Directeur Exécutif de la COJHIT
M. Antonald MORTIMÉ
Co-Directeur Défenseur Plus
Madame Gina GEORGES
Coordonnatrice de RENAFANM
Madame Westerline CHARLES
Présidente de GRIAG
M. Amil Roland ZENNY
Coordonnateur de JSEPNT
Barthélemy Décius JEAN NOEL, Av
Coordonnateur Général
Pour tout échange et renseignements supplémentaires
Veuillez Contacter les coordonnées suivantes :
M. Alain ALFRED
3741-4044
M. Antonald MORTIMÉ
3715-7299
Madame Gina GEORGES
3463-9000
