Le Travail social assimilé dans son parcours comme une attitude humaniste s'est développé comme mouvement de sécurité sociale. Le Travail social se voulait construire une identité dans la polarisation Travail social-physique sociale qui eut laissé primer la dominance de la solidarité organique .Ce qui eut confiné le Travail social à une pratique instituée, normative et sous contrôle. Par contre, le travail des femmes assistantes sociales d'alors fut invisibilisé, disons mieux " non institutionnalisé". Car les femmes furent disqualifiées de scientifiques. Il eut fallu attendre l’Ecole de Chicago pour l'institutionnalisation du Service social ,non du Travail social. Il s'agit d'aligner le Service social à l'Ingénierie sociale en raison de la promotion de la planification sociale et l'émergence des politiques sociales dans la perspective étasunienne de l'après crise de 1929.Le statut de travailleur social allait être conféré aux mâles considérés comme des ingénieurs sociaux ou de technocrates sociaux en lieu et place des "femmes de cœur non qualifiées".
Nous avons fait le parti pris du Travail nord américain pour ses avancées institutionnelle aussi bien que sa forte influence en Haïti-la première institution de Service social en Haïti fut d'obédience américaine ayant eu à sa tête une américaine. Nous voulons parler de l'Institut de Recherches Sociales en 1956 qui eut précédé l'École Nationale de Service Social créée en 1958.Il y a lieu de noter les deux grands mouvements de fondation du Service Social à savoir l'institutionnalisation à travers les "Work house" et le communautaire et féministe dans le cadre des "Settlement",qui eurent éte respectivement représentés par Mary Ellen Richmond et Jane Addams .La Ligue d'Action Féminine dans les années 1930 dans la lignée de l'Approche de savoir situé eut fait la promotion du service social dans une perspective féministe assumée alors par Madeleine Sylvain Bouchereau, une pionnière et sœur fondatrice du Service Social en Haïti.
Il est à noter que Me Gérard Gourgues fut le premier à plaider pour l'institutionnalisation de l'Assistance sociale dans le cadre du Tribunal Pour Enfants.
Le Groupe d’Action en Travail Social (GRATS) , en prélude à la Journée Internationale du Travail Social débat autour du " processus d'institutionnalisation du Travail au social en Haïti au regard des politiques sociales .Plus d'un revendiquent l'institutionnalisation du Service social pendant que d'autres optent pour le travail social communautaire. Ce qui renvoie à un débat de vieille date. Le forum du 13 fera état des enjeux de l'institutionnalisation du Travail social.
L'absence d’excédents qui caractérise le type d'État existant en Haïti tend à restreindre les politiques de bien-être social. Cela les limite à l'état résiduel qui renvoie à la distribution de miettes sociales. Dans d'autres cas, il s'agit de politiques sociales de façade à portée conjoncturelle qui ne profitent pas à satisfaire de manière durable les besoins de la population. Le caractère ponctuel de l'aide ne requiert pas la professionalisation de l’agent social chargé de sa gestion. Dans d’autres cas ,domine l'humanistarisme militarisé (Vorbe ,2011).Toutefois il faut noter que les Trente Glorieuses 1945-1975 ont eu des retombées en termes d'opportunités de mise en place de politiques bien-être social accompagnées d'un essor et de la reconnaissance institutionnelle du service social en tant que catégorie professionnelle. Cette période s’est soldée d'une certaine accumulation de capitaux et du surplus à être investi dans des programmes d'assistance publique.
C'est dans ce contexte que l'École Nationale de Service Social a vu le jour à la faveur des luttes féministes d'alors propulsées par la Ligue d'Action Féminine sous le leadership de la travailleuse sociale et docteure en sociologie Madeleine Sylvain Bouchereau.D'un côté l'action de la Ligue d'Action Féminine s'inscrit dans la perspective de savoir situé et de l'autre l'intervention des assistantes sociales de la sphère publique de l'État se situe dans la méthodologie de régulation. Il s'agit ici d'un double mouvement d'institutionnalisation contradictoire.
Au fil des temps, avec l'avènement du néolibéralisme triomphaliste les professions sociales commençaient à perdre de terrain pour être substituées par du volontarisme. Mais, le caractère ambivalent du processus d'institutionnalisation a donné lieu à la création du département de service social à la Faculté des Sciences Humaines de l'Université d'État d'Haïti en remplacement de l'École Nationale de Service social. Ce qui a marqué la phase technique du service social en Haïti qui correspond au modèle de la pratique libérale technocratique en lieu et place du modèle de la pratique libérale philanthropique. Entre-temps, les soubresauts du Mouvement de Reconceptualisation du service social en Amérique Latine ont imprégné une posture critique du moins dans les discours des travailleurs sociaux et travailleuses sociales en Haïti par rapport au modèle d'institutionnalisation régulatrice. Des TS avaient opté pour le travail social communautaire de transformation dans les mouvements sociaux et les organisations paysannes tout prônant la promotion d'une corporation de travailleurs sociaux et de travailleuses sociales.
On peut indiquer quelques initiatives estudiantines et professionnelles dont l'Association Nationale des Étudiants en Service Social (ANESS) en 1988 ; le Collectif de Travailleurs sociaux en 1993,l'Association de Travailleurs sociaux Haïtiens(ATSOH) en 1988, Association des Assistants sociaux du Plan International de Parrainage(ASSOP) en 1989le Groupe de Recherches et d'Actions en Travail Social (GRATS) en 1999,La Cellule d'Intervention en Travail Social (CEITS) en 2009.Toutes ces initiatives dessinent le projet de promotion de la profession du travail social en Haïti et la nécessité du professionalisme des agents et intervenants sociaux/intervenantes sociales.
Pour comprendre le processus d'institutionnalisation du service social ,il convient de le situer par rapport aux modèles suivants:
1-Asceptique-bénéficience
2-Idéologie et pratique libérale philanthropique
3-Pratique libérale technocratique
4-Mouvement de Reconceptualisation du service social
La première phase asceptique-bénéficience a justifié l'émergence des œuvres sociales le plus souvent de l'obédience confessionnelle. Le service social a évolué de l'entraide populaire à la charité chrétienne institutionnalisée. Les secteurs intéressés étaient des orphélinats, des asiles de vieillards, des dispensaires, des crêches, des cantines populaires et des écoles presbytérales. Ainsi la pratique caritative ne requiert pas de professionnalisme. C'est surtout un travail de cœur et de partage d'humanité. L'État devait confier ses institutions de charité publique à la gestion de l'Eglise catholique plus particulièrement.
Durant l'occupation américaine d'Haïti (1915-1934),nous avons connu la pratique libérale philanthropique. Ce fut un début d'expansion des églises protestantes d'obédience pentecôtiste qui s'impliquaient dans la philanthropie. Entretemps on a aussi enregistré un début d'organisation de services publiques et d'aménagement urbain. Ce qui a été sponsorisé par les occupants américains en termes de politiques publiques de façade sous le coup des pressions populaires d'alors. Les mouvements sociaux furent très actifs et dans cette conjoncture la Ligue d'Action Féminine dans ses luttes a permis au service social de conquérir un espace institutionnel et sa reconnaissance formelle. Les femmes qui jadis rabaissées dans le travail domestique invisibilisé ont accédé à un statut professionnel malgré le caractère de maternage dominant. Elles furent les premières auxiliaires, des infirmières et institutrices apparentées toutes au métier d'assistante sociale.
Les interventions des occupants accordaient une attention aux officiers militaires américains qui ont bénéficié d'une aide peu consistante et résiduelle à travers l'Hopital Général a rapporté le Dr Bordes. Les pressions syndicales, populaires et féministes ont suscité entre 1937 et 1960 l'organisation des services publics par la création de l'Asile communal ,la Caisse d'Assistance Sociale (CAS),le Burau du Travail, la réalisation de projets de logements sociaux à La Saline entre autres dans les années 1920 et par la suite l'État a institué le Département du Travail, l'Office National d'Assurance Vieillesse (ONA) ,Office d'Assurance Maladie et Maternité (OFATMA),la Maison Centrale des Arts et de Métiers, Office d'Administration des Cités Ouvrières (OACO) remplacé en 1982 par l'Entreprise Publique de Promotion de Logements Sociaux (EPPLS) et Ecole Nationale de Service Social. L'exigence a été faite de recourir au service professionnel d'assistantes sociales et d'assistants sociaux. Ces institutions incluent dans leur organigramne un service d'assistance sociale. Une deuxième génération d'institutions de service social ont vu le jour entre 1960 et 1980.Ce furent le Centre d'Accueil Duval Duvalier de Carrefour, Institut de Bien-être Social et de Recherches (IBSR),le Département du Travail et de Bien Être Social, le Ministère des Affaires Sociales et du Travail. Les travaileurs sociaux et travailleuses sociales continuent à être sollicités comme professionnels ayant le mandat d'intervenir dans ces institutions.
Le contexte des années 1970 a donné lieu à la promotion des politiques de modernisation en Haïti et inauguré l'ère de la pratique libérale technocratique. Des plans de développement étaient à l'ordre du jour et requéraient l'intervention de technocrates et à ce titre des formations de nouvelles professions ont été instituées dans des instituts supérieurs et facultés. C'était le tour de gestionnaires, administrateurs/trices,planificateurs/trices,psychopédagogues,sociologues, communicateurs sociaux/communicatrices sociales ,travailleurs sociaux et travailleuses sociales. C'était aussi l'avènement des Organisations Non Gouvernementales comme des organisations privées et bénévoles. D'où un nouveau secteur d'intervention des travailleurs sociaux et travailleuses sociales souvent en compétition avec des agents bénévoles sans formation qualifiante. C'est un début d'effritement du processus d'institutionnalisation du service social au début du contexte néolibéral.
La primatie de l'humanitaire a dicté l'orientation volontariste dans le champ du service social. L'humanitaire a caractérisé les politiques sociales et justifie en même temps la moindre importance au professionnalisme. La bonne volonté et les habiletés des agents à s'exercer dans le travail communautaire réduisent le service social à une pratique répétitive, dans les simples contacts avec les gens, le suivi des projets et la sensibilisation. Ce personnel est devenu souvent identifié comme facilitateur/trice, animateur/trice,moniteur/trice ou organisateur communautaire. D'autres appellations sont aussi appliquées (inspecteur, officier de projet, superviseur ou agent).
Les travailleurs sociaux/ travailleuses sociales se trouvent dans le dilemme à pouvoir intervenir dans le cadre des normes déontologiques et combler les intérêts immédiats des agences dans lesquelles ils/elles sont engagé-e-s. La définition du travail des travailleurs sociaux/travailleuses sociales et de leur champ spécifique reste peu importante sinon prévalent ses habiletés dans le marketing social indépendamment des résultats objectifs nécessaires à mesurer la portée de l'aide dans l'amélioration de la qualité de vue des populations en difficultés.
On connait alors une crise de dénomination générique pour escamoter le droit comme travailleur ou travailleuse dans la division du travail pour se reléguer à un rang subalterne quand ce/cette professionnel-le soi-disant est chargé de l'amélioration de la population. La charité bien ordonnée commence par soi-même serait une formule sans valeur pour le travailleur social ou la travailleuse sociale. Ce sont dans certaines circonstances des travailleurs psychosociaux ou des organisateurs communautaires.
Il y a lieu d’explorer la médiation sociale pour l’articulatrion des intérêts travailleur social-institution et usager.
Hancy Pierre, professeur Travail social.13/03/2026
Repères bibliographiques
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