Ce 10 mars 2026, Radio Kiskeya publie un nouveau reportage sur les conditions de vie dans le camp qui porte ce nom scandaleux. Ce qu'il décrit n'est pas une crise. C'est un crime. Un crime commis au grand jour, sous les yeux d'un État fantôme et d'une communauté internationale anesthésiée.
UN PAYS QUI SE VIDE DE LUI-MÊME — LES CHIFFRES DE LA HONTE
Avant de décrire ce que vivent les familles du camp OPC, il faut regarder les chiffres en face. Ces chiffres ne sont pas des abstractions statistiques. Ce sont des vies brisées, des noms sans toit, des enfants sans école.
1 412 199 personnes déplacées à l'intérieur d'Haïti — record absolu — IOM, DTM Round 11, septembre 2025
+ 36 % augmentation depuis fin 2024 — la plus forte progression jamais enregistrée dans le pays
12 % de la population haïtienne est aujourd'hui déplacée — un Haïtien sur huit a fui sa propre maison
+ 230 sites de déplacement actifs à travers le pays — écoles squattées, terrains vagues, bâtiments dévastés — IOM 2026
90 % de Port-au-Prince sous contrôle des gangs — ONU, mi-2025 — la capitale n'est plus gouvernée, elle est occupée
4 864 de morts violentes entre oct. 2024 et juin 2025 — ONU News, 2025
5,7 million personnes en insécurité alimentaire aiguë — plus de la moitié de la population nationale — HRW 2026
Près de 50 % enfants parmi les déplacés — IOM, octobre 2025 — une génération entière grandit dans les camps
+ 251 000 Haïtiens déportés de la République Dominicaine (depuis janv. 2025) — accueillis par un pays déjà à genoux — HRW 2026
Ces chiffres, Radio Kiskeya les traduit en visages, en odeurs, en silences. Le camp OPC en est l'illustration la plus cruelle: planté à l'ombre de l'institution censée protéger le citoyen, il est devenu le symbole parfait de l'ironie nationale.
- LE CAMP OPC — PORTRAIT D'UN ENFER ORDINAIRE
À Port-au-Prince, des centaines de familles végètent dans des conditions que Radio Kiskeya décrit sans détour comme inhumaines. Des femmes, des enfants, des vieillards chassés de leurs maisons par les gangs dorment sur le béton, sous des bâches trouées, exposés à la pluie, à la maladie, à la faim.
Sur les 230 sites de déplacement recensés à travers le pays, le camp OPC est parmi les plus symboliquement chargés — parce qu'il porte le nom d'une institution de protection, et parce qu'il incarne mieux qu'aucun autre l'abandon absolu de l'État.
Près de mille personnes partagent les mêmes installations sanitaires délabrées.
Quand elles existent encore.
Les enfants tombent malades.
Les vieillards dépérissent.
Les malades attendent.
Et souvent — ils attendent pour rien.
. LA NUIT DES OUBLIÉS
Radio Kiskeya rapporte le témoignage d'une femme âgée. Quelques mots seulement. Qui valent tous les rapports du monde:
« Quand la pluie tombe, nous ne dormons pas. Tout est mouillé. Nous restons assis jusqu'au matin. »Ce n'est pas une image littéraire. C'est l'aveu en direct d'un crime d'État.
Des vieillards qui auraient dû finir leurs jours dans la paix passent leurs nuits assis dans l'humidité — sans matelas, sans toit, sans un État qui se souvienne de leur existence. Parmi les 1,4 million de déplacés haïtiens, près de la moitié sont des enfants. Ils grandissent dans ces camps. C'est là, entre des bâches et du béton, que se forge leur mémoire du pays. “Dans ces camps, la vieillesse n'est plus une dignité. L'enfance n'est plus une promesse. Elles sont devenues des condamnations”.
. LE SILENCE COMPLICE DU POUVOIR
Pendant ce temps, les institutions parlent.
Elles promettent des plans.
Elles annoncent des réunions.
Elles produisent des communiqués.
Et elles disparaissent.
Le ministère de la Santé a cessé d'envoyer des médecins dans les camps. Depuis des mois : ni soins, ni médicaments, ni réponse. Le Plan de réponse humanitaire de l'ONU pour Haïti est « drastiquement sous-financé », note Human Rights Watch dans son rapport mondial 2026. La décision des États-Unis de couper la majorité de leur aide étrangère a aggravé l'hémorragie. Résultat : 6 millions d'Haïtiens — dont 3,3 millions d'enfants — ont besoin d'une assistance humanitaire urgente. Et l'aide ne vient pas.
-UNE FAILLITE POLITIQUE ABSOLUE
Ce qui se déroule dans les camps haïtiens n'est plus simplement une crise humanitaire. C'est la preuve d'un effondrement politique total.
Un État dans lequel 90 % de la capitale est sous contrôle de gangs armés n'est plus un État. Un gouvernement de transition qui planifie des élections pour 2026 pendant que ses citoyens meurent sous des bâches trouées n'est pas un gouvernement. C'est un décor institutionnel derrière lequel s'organise impunément l'abandon.
Pendant que des vieillards dorment sur le béton,
pendant que des enfants grandissent dans la peur,
pendant que des familles entières meurent à petit feu,
— la classe politique continue de palabrer de transition, de négociations, de décrets électoraux. Dans les camps, ces mots sonnent comme des insultes.
L'IRONIE CRUELLE D'UN NOM
Il y a quelque chose de presque obscène dans ces trois lettres : OPC.
Jamais, dans l'histoire récente d'Haïti, le citoyen n'a été aussi dépourvu de protection qu'aujourd'hui. Un Haïtien sur huit est déplacé. Cinquante pour cent de ses compatriotes souffrent d'une insécurité alimentaire aiguë. Sa capitale est aux mains des gangs. Et le camp qui porte le nom de sa protection légale est un mouroir.
Le camp OPC est devenu le symbole parfait d'un pays où les institutions portent des noms grandioses — et des destins honteux.
LE TRIBUNAL SILENCIEUX
On mesure la dignité d'une nation à la façon dont elle traite ses plus fragiles. À cette aune, Haïti est jugée. Et le verdict est accablant.
Chaque vie brisée dans ces camps —
chaque vieillard sous la pluie —
chaque enfant qui grandit dans la peur —
chaque déporté accueilli par un pays à genoux —
— est une accusation.
--Une condamnation.
--Un cri que l'Histoire n'oubliera pas.
Combien de temps encore un peuple peut-il survivre en étant trahi par ses propres dirigeants?
Pierre Richard Raymond
Le 11 mars 2026, USA
Sources:
Radio Kiskeya, Rapport du 10 mars 2026 — « Conditions inhumaines dans le camp OPC, Port-au-Prince »;
; Human Rights Watch, Rapport mondial 2026 — Haïti ; IOM Crisis Response Plan 2026.
Human Rights Watch, Rapport mondial 2026 — Haïti ; IOM Crisis Response Plan 2026.
