Plusieurs organisations politiques et de la société civile ont présenté un plaidoyer critique contre le pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections signé le 21 février 2026 par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et certains acteurs politiques et économiques. Selon ces organisations, le document actuel est inapplicable, incohérent et insuffisant pour garantir des élections crédibles et restaurer la stabilité en Haïti.
Dans un document intitulé « Plaidoyer pour un vrai pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections », les signataires appellent à une révision profonde du texte, estimant que l’accord tel qu’il est conçu ne permettra pas d’atteindre les objectifs annoncés.
Un pacte jugé controversé
Le pacte signé le 21 février vise officiellement à créer les conditions sécuritaires nécessaires à l’organisation d’élections inclusives et transparentes dans un contexte de crise politique et institutionnelle. Toutefois, les organisations critiques soutiennent que la majorité des signataires du pacte seraient des partisans du statu quo, notamment des groupes ayant soutenu l’ancien Conseil présidentiel de transition (CPT) jusqu’à son départ le 7 février 2026. À l’inverse, les non-signataires seraient, selon le document, des acteurs engagés dans la lutte contre l’insécurité, la corruption et l’impunité.
Un pouvoir exécutif jugé trop concentré
Le plaidoyer souligne également la concentration du pouvoir autour du Premier ministre. Depuis le départ du CPT, Alix Didier Fils-Aimé cumule de facto plusieurs fonctions, notamment celles de chef de l’État et de chef du gouvernement.
Selon les auteurs du document, cette situation fait du Premier ministre « le seul maître à bord de la barque nationale », dirigeant le Conseil des ministres, nommant les responsables des collectivités territoriales et exerçant un pouvoir important en l’absence du Parlement.
Les organisations estiment qu’il est urgent de remplacer ce pouvoir politique personnalisé par un pouvoir institutionnalisé, afin de restaurer l’équilibre des institutions républicaines.
Des incohérences et des imprécisions
L’analyse critique du pacte met également en évidence plusieurs incohérences dans le contenu du document. Parmi les principaux problèmes soulevés : l’absence de délais précis pour la création des conditions sécuritaires nécessaires aux élections, un mandat du Premier ministre sans durée clairement définie, le manque de précisions sur le fonctionnement et la composition du Comité de suivi chargé de veiller à l’application du pacte. Les auteurs notent également que certaines dispositions du texte sont déjà en contradiction avec la réalité, citant l’exemple de l’article 26 qui prévoit la mise en place immédiate du Comité de suivi, alors que celui-ci n’a toujours pas été constitué.
Des inquiétudes autour du financement électoral
Le document critique aussi certaines dispositions relatives aux élections, notamment celles concernant le remboursement des frais de campagne. Selon les organisations signataires du plaidoyer, l’absence de limites claires pour les dépenses électorales et de critères précis pour les remboursements pourrait ouvrir la voie au blanchiment d’argent et à des pratiques financières douteuses.
En somme, les organisations proposent un amendement en profondeur du pacte national afin de le rendre plus applicable et plus acceptable pour l’ensemble des forces politiques et sociales du pays.
Elles estiment que le salut de la République dépendra de la mise en place d’un véritable pacte national capable de rassembler les différentes composantes de la société haïtienne, dans le but de restaurer la sécurité et d’organiser des élections crédibles.
Selon les auteurs du plaidoyer, « le vrai pacte national n’est pas encore né », et sa mise en œuvre devra s’appuyer sur une participation plus large des acteurs politiques et sociaux.
Vladimir Predvil
