Diplomatie sportive: quel agenda pour Haïti pour les 25 prochaines années ? Comment permettre au pays de rattraper la construction des 25 infrastructures de référence, qui comportent notamment des espaces d'entraînement et de perfectionnement, de formation et d'éducation, de recherche, de promotion, de conservation de la mémoire institutionnelle de cette discipline, et toutes les autres actions visant à développer et à rendre compétitifs les athlètes évoluant en Haïti et dans la diaspora ?
Dans la note qui illustre l’image du jour, on peut lire : « La Journée mondiale du football vise à promouvoir le sport dans le monde, en particulier le football, comme moyen de promouvoir la paix, le développement, l'autonomisation des femmes et des filles et la réalisation des objectifs de développement durable ». Il faudra signaler que « le logo de la Journée reflète l'esprit de coopération avec des formes interconnectées à partir d'un ballon de football, symbolisant l'unité mondiale », rapporte le site de l’ONU : https://www.un.org/fr/observances/football-day
Découvrir « le pouvoir transformateur du football » ?
D'après l’ONU: « Les sports ont contribué à promouvoir la paix dans le monde et ont joué un rôle essentiel dans la réalisation des objectifs de développement durable. Le football, en tant que sport mondial de premier plan, occupe une position unique ». L’article poursuit : « Au-delà du simple loisir, c'est un langage universel parlé par des personnes de tout âge, transcendant les frontières nationales, culturelles et socio-économiques. Cette passion commune favorise un sentiment de communauté et de fierté nationale ».
Deux paramètres importants à prendre en compte : « L'attrait et l'accessibilité du football en font un outil puissant de promotion de la santé et du bien-être. Il a également servi de plateforme vitale pour faire progresser l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes et des filles, tant sur le terrain qu'en dehors ». En outre, le football sert de catalyseur à l'inclusion sociale, en favorisant l'unité et en faisant tomber les barrières entre les différentes communautés. Il offre un espace où des individus d'horizons divers convergent pour promouvoir la compréhension mutuelle, la tolérance, le respect et la solidarité.”.
Diplomatie sportive : un nouveau terrain pour engendrer de nouvelles négociations ?
De manière stratégique, la Journée mondiale du football, proclamée par l’ONU, offre à Haïti une occasion stratégique de repositionner son image internationale à travers une diplomatie sportive moderne, proactive et inclusive. Dans un contexte où le pays fait face à des défis sécuritaires, institutionnels et socio‑économiques, le football constitue un langage universel capable de transcender les crises et de projeter une image positive, dynamique et résiliente de la nation. La première fonction diplomatique mobilisée ici est celle de la représentation : Haïti peut utiliser le football pour se présenter au monde non pas comme un pays défini par ses difficultés, mais comme une société riche en talents, en créativité et en passion sportive.
Déclic temporel et démarche : À l’occasion du 25 mai, un agenda diplomatique national pourrait inclure des messages officiels, des campagnes internationales, des rencontres avec les fédérations partenaires et des interventions dans les forums sportifs mondiaux. Les principaux acteurs concernés pourraient organiser une Semaine de la diplomatie sportive haïtienne, mettant en avant les athlètes, les entraîneurs, les clubs communautaires et les initiatives de paix par le sport. Cette stratégie renforcerait la visibilité internationale d’Haïti et contribuerait à restaurer la confiance des partenaires internationaux.
Des ambassadeurs sportifs à l'honneur ?
Des ambassadeurs sportifs à l'honneur: Le football devient alors un outil de soft power, permettant au pays d’exercer une influence non coercitive. En valorisant ses icônes sportives, de Manno Sanon à Melchie Dumornay, Haïti peut projeter une image inspirante et mobilisatrice. La diaspora, très présente dans le football professionnel mondial, constitue également un vecteur de rayonnement. Une diplomatie sportive efficace doit donc intégrer la diaspora comme ambassadrice culturelle et sportive, capable de créer des ponts entre Haïti et les grandes institutions du football mondial.
De la coopération internationale, en passant par la négociation et le développement durable par le football. La deuxième dimension de l’agenda diplomatique repose sur les fonctions de coopération et de négociation. Le football peut devenir un levier pour attirer des partenariats techniques, financiers et institutionnels. À l’occasion de la Journée mondiale du football, Haïti pourrait proposer un Plan national de coopération sportive, articulé autour de trois axes : Développement des infrastructures (terrains sécurisés, centres de formation, espaces communautaires) ; Formation des cadres (entraîneurs, arbitres, gestionnaires sportifs, éducateurs sociaux) ; Programmes sociaux et éducatifs utilisant le football comme outil de prévention de la violence, de promotion de l’égalité des genres et de soutien scolaire.
Dans cette logique, Haïti pourrait négocier des partenariats avec la FIFA, la CONCACAF, l’UNESCO, l’UNICEF, ainsi que des fédérations nationales comme celles du Canada, de la France, du Brésil ou du Mexique. Ces partenariats permettraient de renforcer les capacités locales tout en inscrivant le pays dans les réseaux internationaux du sport pour le développement.
Le Football et les Objectifs de Développement Durable (ODD) ?
Le football est également un vecteur de développement durable, en cohérence avec l’initiative onusienne Football for the Goals. Haïti pourrait lancer, à l’occasion du 25 mai, une série d’engagements nationaux alignés sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) : ODD 3 : Santé et bien‑être, programmes d’activité physique pour les jeunes ; ODD 4 : Éducation de qualité, football scolaire et compétences de vie ; ODD 5 : Égalité des genres, promotion du football féminin ; ODD 11 : Villes durables, création d’espaces sportifs sécurisés ; ODD 16 : Paix et institutions efficaces, football comme outil de médiation communautaire.
D’une pierre plusieurs coups: La diplomatie sportive devient ainsi un instrument de négociation stratégique, permettant à Haïti de mobiliser des ressources internationales tout en renforçant sa cohésion sociale interne.
Protection des intérêts nationaux, influence culturelle et consolidation de la paix ?
Dans un contexte où les jeunes sont exposés à la violence, au chômage et à l’exclusion, le football peut servir de rempart social. Un agenda diplomatique ambitieux doit donc inclure la création de programmes bilatéraux de protection des jeunes athlètes, garantissant leur sécurité, leur formation et leur intégrité. Haïti pourrait également négocier des accords pour faciliter la mobilité des talents, tout en assurant des mécanismes de protection contre l’exploitation sportive. Ces actions visent ainsi le renforcement de la troisième fonction diplomatique autour de la protection des intérêts nationaux.
Des rendez-vous manqués, ou d'autres à programmer pour les prochaines années : Le football est aussi un puissant vecteur de diplomatie culturelle. À l’occasion de la Journée mondiale du football, Haïti pourrait organiser des expositions, des documentaires, des festivals sportifs et culturels mettant en valeur l’histoire du football haïtien, ses héros, ses clubs historiques et ses moments de gloire. Cette stratégie renforce l’identité nationale et contribue à une meilleure compréhension internationale de la culture haïtienne.
Le football peut jouer un rôle central dans la diplomatie de la paix ?
Dans les quartiers affectés par la violence, des programmes de football communautaire peuvent servir de plateformes de dialogue, de médiation et de reconstruction du tissu social. Haïti pourrait proposer, au niveau international, un Programme haïtien de football pour la paix, soutenu par l’ONU, visant à utiliser le sport comme outil de prévention de la violence et de réintégration sociale. Qui ne s’en souvient pas du match entre le Bresil et Haiti au temps de la MINUSTHA ?
Définir un agenda diplomatique d’Haïti pour la Journée mondiale du football ? Une telle approche ne devrait pas se limiter à une célébration symbolique. Il s’agit d’une stratégie globale, mobilisant les fonctions diplomatiques classiques pour transformer le football en moteur de rayonnement, de coopération, de développement durable et de paix. En adoptant une telle vision, Haïti peut non seulement renforcer sa présence internationale, mais aussi offrir à sa population, en particulier sa jeunesse, des perspectives nouvelles, porteuses d’espoir et de transformation.
L’ONU sur tous les terrains : entre le football et la diplomatie ?
Dans l’article qui illustre cette journée, on peut lire que : “L’année 2024 a marqué le 100e anniversaire du premier tournoi international de football de l’histoire avec la représentation de toutes les régions, tournoi qui a eu lieu le 25 mai 1924, dans le cadre des Jeux olympiques d’été, organisés à Paris.”. L’institution rappelle, qu’en: “Reconnaissance de ce jour historique, l'Assemblée générale a adopté, le 7 mai 2024, la résolution 78/281, proclamant le 25 mai Journée mondiale du football. La résolution reconnaît « la portée mondiale du football et de ses retombées dans divers domaines, notamment le commerce, la paix et la diplomatie, et se dit consciente que le football crée un espace de coopération ».”.
D’autres considérations importantes : « Elle reconnaît également « le rôle fondamental » de la Fédération internationale de football association (FIFA) et le rôle important des fédérations régionales et nationales de football, ainsi que des associations concernées, dans la promotion du football. La résolution encourage tous les pays à soutenir le football et d'autres sports en tant qu'outils de promotion de la paix, du développement et de l'autonomisation des femmes et des filles. Elle encourage également les pays à adopter des politiques et des programmes visant à promouvoir le football et d'autres sports et activités physiques.”.
Diplomatie culturelle et sportive active: “Elle invite tous les États Membres, les agences du système des Nations Unies, les organisations internationales, les universités, la société civile et le secteur privé à célébrer la Journée mondiale du football conformément aux priorités nationales « et à faire connaître les avantages que présente ce sport pour tous, y compris en menant des activités d’éducation et de sensibilisation ».”
Source : ONU / autres articles antérieurs publiés dans Le National de 2018 à 2022
Dominique Domerçant
