Le développement sportif d’un pays passe avant tout par la construction d’infrastructures modernes et l’organisation de grands événements sportifs. Ces deux éléments sont essentiels pour former des athlètes, attirer des investissements et renforcer la visibilité internationale d’une nation. Dans ce contexte, un pays comme Haïti, situé dans la zone d’Amérique centrale et des Caraïbes, devrait aspirer à organiser des compétitions majeures telles que les Jeux d’Amérique Centrale et des Caraïbes ou encore les Jeux panaméricains, considérés comme les plus grands événements multisportifs de la région.
Cependant, Haïti n’a jamais eu l’opportunité d’accueillir ces Jeux. La principale raison reste le manque d’infrastructures sportives adéquates répondant aux normes internationales exigées par les instances organisatrices. Sans stades modernes, complexes sportifs, piscines olympiques -- à l'exception de celle du centre sportif Carrefour non fonctionnelle -- ou installations adaptées, il est difficile pour le pays d’être sélectionné comme hôte.Ce contraste met en évidence un retard structurel en Haïti, mais aussi un potentiel inexploité.
Investir dans les infrastructures sportives ne permettrait pas seulement d’accueillir de grands événements, mais aussi de stimuler l’économie, de créer des emplois, de développer le tourisme et d’offrir aux jeunes des opportunités d’épanouissement.
À titre de comparaison, plusieurs pays de la région ont déjà franchi ce cap. Le Mexique a accueilli les Jeux d’Amérique centrale et des Caraïbes à trois reprises, tout comme le Salvador et Porto Rico. La Colombie s’est distinguée en les organisant quatre fois, tandis que Cuba, le Panama et le Venezuela les ont accueillis chacun à deux reprises. De leur côté, des pays comme le Guatemala et la Jamaïque les ont organisés une seule fois. La République dominicaine, quant à elle, a déjà accueilli ces Jeux à deux reprises et s’apprête à les organiser pour une troisième fois cette année, du 24 juillet au 8 août, preuve de sa capacité organisationnelle et de la qualité de ses infrastructures.
La République dominicaine a mobilisé un budget d’environ 90 millions de dollars pour la construction de nouvelles infrastructures et la rénovation d’anciennes installations sportives en vue des Jeux. À cela s’ajoute un montant d’environ 3 millions de dollars consacré à la préparation des athlètes dominicains. Deux grands complexes sportifs seront principalement utilisés pour ces Jeux. Le Centre Olympique Juan Pablo Duarte, qui comprend une vingtaine d’infrastructures sportives majeures, et le complexe sportif appelé Parc de l’Est (Parque del Este), qui regroupe sept infrastructures importantes, dont trois stades et quatre pavillons multisports.
L’exemple du Salvador le dernier pays en date a organisé les Jeux centre américain et caribéen, illustre concrètement le coût et la structure de financement de ce type d’événement. Pour ces Jeux en 2023, le pays a mobilisé plusieurs centaines de millions de dollars, avec une forte prédominance du financement public. Environ 70 à 85 % des fonds, soit entre 120 et 180 millions de dollars, provenaient directement de l’État salvadorien, traduisant une volonté politique affirmée. À cela s’ajoute un appui international, notamment à travers des prêts de la Banque Centraméricaine d’Intégration Économique (BCIE), représentant environ 10 à 20 % du financement. Enfin, le secteur privé, à travers des sponsors et des partenariats logistiques, a contribué à hauteur de 5 à 10 %. Ce modèle montre que l’organisation de grands événements sportifs repose avant tout sur un engagement fort de l’État, soutenu par des financements internationaux et complété par le secteur privé.
Ainsi, pour espérer un jour organiser de tels événements, Haïti doit d’abord poser les bases solides de son développement sportif : construire, moderniser et entretenir ses infrastructures. Organiser les Jeux d’Amérique Centrale et des Caraïbes en Haïti nécessiterait un investissement estimé entre 450 millions et 1 milliard de dollars, en raison du manque actuel d’infrastructures. Le pays devrait construire ou moderniser un stade principal, une piste d’athlétisme, des complexes multisports, un centre aquatique avec piscine olympique, des gymnases, ainsi qu’un village des athlètes et des infrastructures de transport et de sécurité.
Il serait également essentiel de rénover et de moderniser des infrastructures déjà existantes, telles que le Stade Sylvio Cator, le Centre Sportif de Carrefour, ainsi que le Centre Sport pour l’Espoir Haïti, situé sur la Route 9, construit par le Comité International Olympique comme don au pays après le tremblement de terre de 2010.
Un tel projet ne pourrait être financé par une seule source : il reposerait sur un modèle mixte combinant l’État haïtien (40 à 60 % du financement), les bailleurs internationaux comme la Banque mondiale, la BID ou la BCIE (20 à 40 %), ainsi que le secteur privé et la diaspora (10 à 20 %). Bien structuré, cet investissement dépasserait le simple cadre sportif pour devenir un véritable levier de développement économique, urbain et social pour le pays.
C’est à ce prix que le pays pourra pleinement s’intégrer dans la dynamique sportive régionale et internationale.
Bony Eugène Georges
Global Sport Manager
Comentateur et Analyste Sportif
Proféseur de Math & de Science
