Après plusieurs mois d’arrêt, les assises criminelles ont repris au Tribunal de première instance de Port-au-Prince. La nouvelle salle d’audience a été inaugurée le lundi 4 mai 2026 par les juges Bernard Saint-Vil et Jean Fritz Patterson Dorval, marquant le lancement d’une série d’assises criminelles sans assistance de jury. Une vingtaine de dossiers sont déjà prêts à être jugés dans le cadre de la lutte contre la détention préventive prolongée.
Ce mardi 5 mai 2026, en présence du magistrat Belot Denissain, une audience criminelle a été réalisée au cours de laquelle l’accusé Odoine Guérisma a été entendu.
Les audiences criminelles au Tribunal de première instance de Port-au-Prince connaissent de fréquentes interruptions depuis plusieurs mois, révélant les profondes difficultés auxquelles fait face le système judiciaire haïtien.
La tenue des assises criminelles est fortement affectée par le contexte sécuritaire dégradé dans la région métropolitaine. L’insécurité persistante, marquée par la présence de groupes armés dans plusieurs zones, a contraint les autorités judiciaires à abandonner ou relocaliser certaines infrastructures, compliquant l’organisation normale des audiences.
À cela s’ajoute la question de la sécurité des acteurs judiciaires. Magistrats, avocats et personnels évoluent dans un climat de tension, ce qui ralentit le traitement de dossiers sensibles. Des irrégularités relevées dans certaines procédures contribuent également à retarder ou suspendre des procès.
Le manque de moyens matériels et logistiques constitue un autre obstacle majeur. L’insuffisance de salles adaptées et les contraintes budgétaires entravent la tenue régulière des sessions criminelles, avec pour conséquence une détention préventive prolongée pour de nombreux justiciables.
Cependant, une timide reprise des activités est désormais enclenchée avec la mise en service de cette nouvelle salle d’audience. À cette occasion, un accusé a été entendu.
Il s’agit d’Odoine Guérisma, contremaître dans un hôtel, poursuivi pour trafic d’armes et de munitions. Il est accusé d’avoir agi en collaboration avec son patron, Jean Ronel Sénat, actuellement aux États-Unis.
Selon les éléments d’information disponibles, des armes auraient été expédiées au nom de l’employeur. Toutefois, l’accusé affirme que son patron lui avait assuré qu’il s’agissait uniquement de serviettes destinées à l’hôtel.
Cette relance des assises criminelles est particulièrement attendue, alors que des dizaines de détenus restent en attente de jugement depuis des mois, voire des années. Reste à savoir si cette reprise pourra s’inscrire dans la durée, dans un environnement toujours marqué par l’insécurité et le manque de moyens.
Sorah Schamma Joseph
