Dessous et défis d’une qualification historique
par Mickelson Thomas
Temps de lecture : 3 minutes
Les nombreuses félicitations à Mme Monique ANDRE, à ses deux collaborateurs du Comité de Normalisation (CN), Mme Gally AMAZAN et M. Yvon SEVERE, ainsi qu’aux joueurs, passeront à la postérité pour saluer cet exploit majeur, tandis que les commentaires désobligeants finiront, sans solennité, dans la poubelle de l’Histoire.
Je veux surtout dire ce qu'est cette qualification et ce qu'elle n’est pas, sinon appeler le CN et ses artisans à garder leur sérénité face aux prédateurs, afin que l’aventure UNITED 2026 soit menée dans la continuité du sérieux qui a rendu possible ce retour au grand rendez-vous footballistique mondial.
Oui, vous ne rêviez pas : Haïti vient de se qualifier pour la Coupe du monde 2026, une première depuis 1973, année où un appareil étatique et gouvernemental mobilisé et un pays entier portaient cette qualification comme une cause nationale.
Aujourd’hui, cette qualification relève du travail d’un CN nommé par la FIFA pour se détacher des pratiques répréhensibles du passé et adopter une gestion vertueuse, axée sur la rigueur et sur une moralité conforme au FAIR-PLAY prôné par la FIFA.
Elle est aussi le fruit du travail de plus d’une trentaine de joueurs qui ont donné toute la mesure à l’ouvrage, loin d’un chez-nous désormais impraticable, mais toujours proches de ce maillot collé à leur peau.
Elle tient, enfin, à l’apport de quelques sponsors et d’anonymes qui y ont cru, ainsi qu’à un soutien financier, pourtant tardif, du gouvernement.
Ce qu’elle n’est pas ? Elle n’est pas Vertières. Le 18 novembre 1803, des esclaves ont vaincu la plus grande armée de l’époque. Le Nicaragua ne saurait être comparé à l’armée napoléonienne, mais que cette qualification tombe 222 ans plus tard, jour pour jour, a peut-être agi comme une « motivation patriotique » (pour paraphraser NAZON dans les vestiaires) nourrissant l’exploit, dans un pays où l’on recommande de laisser de côté les héros de l’indépendance, et où l’Action civique est piétinée par ceux qui sont censés être une boussole d’exemplarité pour la Jeunesse.
Elle prend une saveur particulière quand on voit le décor politique, sportif et institutionnel de ces dernières années : stades annoncés mais jamais construits, un Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique (MJSAC) aux abonnés absents quand il n’est pas éclaboussé par des scandales de corruption liés, entre autres, aux commémorations de Vertières 2024…. La qualification s’est donc construite autour de la colonne vertébrale administrative et sportive du CN, du staff technique et des joueurs. Elle en est d’autant plus méritoire que le paradoxe est saisissant.
Le défi aujourd’hui pour le CN, est de conserver la même sérénité qui a permis d’arriver à bon port. Car la qualification attire ce que la lumière attire toujours : les insectes de la récupération.
D’un côté, les opportunistes de toutes sortes, dont l’enthousiasme surgit plus vite que leur mémoire : hier, ils vilipendaient le CN et l’équipe ; aujourd’hui, ils veulent la photo ; demain, les politiques brandiront des projets « Jeunesse-Football-Patriotisme » calibrés pour engloutir des fonds publics au profit de leurs clans.
De l’autre, les prédateurs financiers, qui voient UNITED 2026 comme une brèche dans laquelle entrer rapidement pour en sortir les poches pleines, sans respecter les intérêts du football ni la dignité d’un vestiaire qui s’est construit dans la souffrance et la discipline.
La ligne de conduite du CN est simple : refuser les compromissions douteuses et veiller à ce que, avec tous les partenaires du mouvement sportif, l’exposition médiatique positive de cette qualification se traduise par des opportunités sportives, économiques, sociales et culturelles directes pour le pays.
L’objectif, sinon le souhait commun, est ambitieux : une participation honorable visant une première victoire en phase de groupes et, si possible, le second tour. Pour y parvenir, le CN doit renforcer son sérieux en s’appuyant sur une structure pluridisciplinaire aux compétences éprouvées : un comité exécutif de pilotage « Mondial 2026 » et des sous-commissions opérationnelles, dotées de mandats et d’indicateurs. Un plan sportif avant, pendant et après s’impose, avec des bilans mensuels audités par le CN.
Je terminerai par une note personnelle, celle d’un ancien Directeur technique national (DTN du volley-ball) qui comprend l’hésitation de certains joueurs à rejoindre plus tôt la sélection nationale : les blessures fédérales d’hier, l’insécurité d’aujourd’hui, la prudence humaine (choix de vie), tout cela pèse. S’ils se décident maintenant, l’unité, la cohésion et les besoins techniques de la sélection nationale doivent primer afin qu’ils constituent une valeur ajoutée, et non une fracture.
Car ce groupe s’est qualifié avec le cœur et les tripes : c’est cette alchimie que le CN et le staff technique doivent protéger, pour que UNITED 2026 ne soit pas seulement un retour, mais le début d’une aventure humaine et nationale inoubliable.
Mickelson THOMAS
