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Le traitement lexicographique du créole dans le « Diksyonè kreyòl karayib » de Jocelyne Trouillot

Le traitement lexicographique du créole dans le « Diksyonè kreyòl karayib »  de Jocelyne Trouillot

Haïti comprend la plus vaste communauté de locuteurs du créole au monde (environ 11 millions d’habitants) et, selon différentes sources, entre 1,5 et 4 millions d’écoliers sont scolarisés dans le secteur public (+/- 20% de l’offre scolaire) et dans le secteur privé (+/- 80% de l’offre scolaire). Le secteur de l’éducation en Haïti mobilise d’énormes ressources comme en témoigne le Partenariat mondial pour l’éducation informant que 200 000 enseignants œuvrent dans 20 000 écoles à travers le pays. Objet d’une évaluation diagnostique à tous les étages depuis de nombreuses années par des experts nationaux et internationaux, le système éducatif national connaît de graves problèmes de gouvernance, de sous-financement par l’État, de corruption (le scandale du PSUGO entre autres), d’échec scolaire et depuis plusieurs mois l’insécurité affecte le fonctionnement d’un grand nombre d’écoles. Bernard Hadjadj, spécialiste de l’éducation et ancien représentant-résident de l’UNESCO en Haïti, est l’auteur du rapport « Education for All in Haiti over the last 20 years : assessment and perspectives » (UNESCO Office, Kingston, décembre 2000). Dans ce rapport, il expose qu’« En 2000, 53% des enseignants du secteur public et 92% des enseignants du secteur privé étaient non qualifiés ». L’arrivée dans les écoles haïtiennes, au milieu des années 1960, d’élèves majoritairement de langue maternelle créole a mis en lumière la nécessité d’une didactique adaptée du créole et celle, tout aussi exigeante, de la mise à disposition d’outils didactiques et lexicographiques en langue créole. Sur le plan de l’apprentissage scolaire, l’on a assisté à l’apparition d’ouvrages en lien avec le créole et la pédagogie, élaborés notamment à l’IPN (Institut pédagogique national) qui a autrefois été créé pour soutenir la mise en application de la réforme Bernard de 1979. Ces dernières années, plusieurs éditeurs de manuels scolaires et un nombre indéterminé d’enseignants ont publié, pour l’apprentissage en langue maternelle créole, des ouvrages en lien avec les programmes officiels du ministère de l’Éducation nationale ainsi que des ouvrages de didactique et de lexicographie. Parmi eux l’on trouve un dictionnaire général du créole, le « Diksyonè kreyòl karayib ».

 

  1. Brève incursion dans le sens du mot « dictionnaire »

Avant de procéder à l’évaluation lexicographique du « Diksyonè kreyòl karayib », il est utile de rappeler les principales caractéristiques du dictionnaire général d’une langue. Secrétaire générale de la rédaction des dictionnaires Le Robert et co-directrice, avec le linguiste Alain Rey, de la rédaction du Petit Robert, Josette Rey-Debove, lexicographe et sémiologue française, décrit de manière fort pertinente ce qu’est le dictionnaire général d’une langue : « Le dictionnaire général d’une langue vise à décrire l’ensemble de son lexique mais ne peut décrire la totalité des mots. Les mots qui sont choisis d’abord sont les plus courants (fréquence/répartition) ; plus la nomenclature augmente, plus les mots sont rares. Un dictionnaire général peut contenir 300 mots (ciblage enfants), 3 000 mots (aide aux étrangers) ou 30 000 (pour un adulte). Un dictionnaire général n’est donc pas un recensement total du lexique, ce sont les intentions de globalité et de ciblage qui importent. Un dictionnaire de langue, à la différence du dictionnaire encyclopédique, est un texte métalinguistique du fait qu’il parle des mots. » (Josette Rey-Debove : « Typologie des dictionnaires généraux monolingues de la langue actuelle », Quaderni del CIRSIL – 4, 2005). Les lecteurs désireux de bien s’informer de la passionnante histoire des dictionnaires liront avec profit le remarquable article du lexicographe Jean Pruvost, « Les dictionnaires de langue française : de la genèse à l’Internet, un outil pour tous » (Presses universitaires de Rennes, 2014). Lexicographe et historien de la langue française, Jean Pruvost est professeur émérite à l’Université de Cergy-Pontoise et directeur de la revue scientifique « Études de linguistique appliquée ». Il a également dirigé les ouvrages de lexicographie des Éditions Honoré Champion. Sur le registre de la « dictionnairique », les lecteurs curieux pourront aussi lire l’article fort éclairant de François Maniez, « Étude comparée de quelques dictionnaires du français en ligne » paru dans la Revue française de linguistique appliquée, vol. XXII, 2017/1.

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