Dans la capitale mongole, le représentant haïtien a défendu l’accès aux financements et une coopération internationale mieux adaptée aux réalités des pays vulnérables. Pour Haïti, la restauration des terres est autant une urgence écologique qu’une question de survie sociale.
Il y a quelque chose de saisissant, dans une conférence internationale consacrée à la désertification, à entendre parler d’Haïti. Le nom du pays évoque rarement, dans les grandes salles diplomatiques, les négociations climatiques et environnementales. Pourtant, derrière les statistiques sur la dégradation des terres se trouve une réalité haïtienne très concrète : celle de territoires fragilisés, de populations exposées et d’une agriculture qui demeure essentielle à la vie de millions de personnes.
C’est dans cet espace, entre diplomatie et urgence humaine, que John STIMPHIL, membre du Cabinet du ministre de l’Environnement, a pris la parole lundi 24 août, à Oulan-Bator, au nom de la République d’Haïti.
Il participait aux travaux de la 17e session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD COP17), au sein de la délégation du ministère de l’Environnement conduite par le ministre Valéry Fils-Aimé.
Pendant quelques minutes, l’enjeu n’était plus seulement de discuter de sols, de sécheresse ou de mécanismes financiers. Il s’agissait de rappeler qu’une terre qui se dégrade finit toujours par toucher quelqu’un.
Quand la terre devient une question de survie
À Oulan-Bator, les délégations de 197 Parties à la Convention se retrouvent du 17 au 28 août pour discuter de l’un des défis les plus silencieux de notre époque : la dégradation des terres.
Le thème de cette COP17 résume à lui seul l’ambition de la rencontre : « Restoring Land. Restoring Hope. » « Restaurer les terres. Restaurer l’espoir. »
La formule pourrait sembler abstraite. Elle ne l’est pas pour Haïti.
Dans un pays où les difficultés économiques et sociales se superposent aux vulnérabilités environnementales, la dégradation des sols peut rapidement devenir une crise alimentaire, une crise économique, voire un facteur supplémentaire de déplacement des populations.
La terre n’est donc pas seulement un espace géographique. Elle est un moyen de subsistance.
Et c’est précisément cette lecture que John STIMPHIL a apportée dans les discussions.
Le financement, nerf de la guerre environnementale
Dans son intervention, le représentant haïtien a salué la tenue de la COP17 et remercié le Gouvernement et le peuple mongols pour leur accueil.
Puis le propos s’est déplacé vers une question moins spectaculaire, mais déterminante : celle de l’argent.
Car les engagements environnementaux ne valent que par les moyens qui permettent de les mettre en œuvre.
John STIMPHIL a réaffirmé le soutien d’Haïti à la mobilisation des ressources financières et plaidé pour des négociations claires, inclusives et adaptées aux réalités et aux priorités de chaque pays.
Une position qui prend une dimension particulière pour les États vulnérables.
Les pays qui subissent le plus fortement les conséquences de la dégradation des terres ne disposent pas toujours des moyens financiers nécessaires pour y répondre. Entre les engagements internationaux et la réalité du terrain, il existe souvent un fossé que les financements doivent permettre de réduire.
Pour Haïti, ce fossé est une préoccupation majeure.
« Investir davantage dans la résilience »
Le cœur du message de John STIMPHIL tient en quelques mots : « Nous devons renforcer les partenariats et investir davantage dans la résilience des écosystèmes, la restauration des terres et la sécurité alimentaire. »
La phrase pourrait être celle d’une déclaration diplomatique parmi tant d’autres.
Elle devient pourtant plus concrète lorsqu’on la replace dans la réalité haïtienne.
Restaurer une terre, c’est permettre à un agriculteur de produire. C’est préserver une source d’eau. C’est limiter l’érosion. C’est protéger un village. C’est parfois éviter qu’une famille ne soit contrainte de chercher ailleurs ce que son territoire ne peut plus lui offrir.
L’environnement cesse alors d’être un sujet réservé aux spécialistes.
Il devient une question de dignité et de survie.
Haïti veut être entendue, mais surtout accompagnée
La présence haïtienne à la COP17 traduit aussi une volonté : celle de ne pas laisser le pays en marge des discussions qui façonnent les politiques environnementales internationales.
Pendant longtemps, Haïti a souvent été présenté à travers ses crises. À Oulan-Bator, l’enjeu est différent : il s’agit de défendre une position, de participer aux négociations et de rappeler que les solutions internationales doivent tenir compte de la diversité des situations nationales.
John STIMPHIL s’est inscrit dans cette démarche.
Son intervention a associé trois exigences : des financements plus accessibles, des partenariats renforcés et une meilleure prise en compte des réalités nationales.
Une approche pragmatique, loin des grands effets de tribune.
Car pour un pays confronté à de multiples urgences, l’enjeu n’est pas simplement d’obtenir des engagements. Il est de pouvoir transformer ces engagements en projets, en infrastructures, en terres restaurées et en communautés plus résilientes.
Une diplomatie environnementale à hauteur d’homme
Il y a aussi, dans cette prise de parole, une dimension plus discrète.
John STIMPHIL représente une génération de cadres haïtiens qui cherchent à inscrire leur pays dans les grandes conversations internationales autrement que par le seul prisme de ses difficultés.
À Oulan-Bator, il n’a pas cherché à masquer les vulnérabilités d’Haïti. Il les a utilisées comme point de départ d’un plaidoyer.
La nuance est importante.
Reconnaître la fragilité d’un territoire ne signifie pas renoncer à son avenir. Au contraire, cela peut être le premier pas vers une politique de résilience.
Dans les couloirs et les salles de négociation d’une COP, cette capacité à transformer une vulnérabilité en argument diplomatique compte.
Derrière les négociations, des vies
Les conférences internationales ont leurs acronymes, leurs résolutions, leurs mécanismes financiers et leurs longues heures de négociation.
Mais leur véritable mesure se trouve ailleurs.
Elle se trouve dans ce qui change, ou ne change pas, une fois les délégations reparties.
En Haïti, une politique efficace de restauration des terres pourrait contribuer à renforcer l’agriculture, protéger les ressources naturelles, améliorer la sécurité alimentaire et accroître la résilience des communautés.
C’est pourquoi le message porté à Oulan-Bator dépasse le cadre d’une intervention officielle.
Il rappelle que la question environnementale est indissociable de la question sociale.
Et qu’un pays ne peut construire durablement son avenir sur des terres qui s’épuisent.
Oulan-Bator, une étape pour Haïti
La COP17 se poursuit jusqu’au 28 août. Les négociations doivent encore déterminer la portée des engagements qui seront pris et les moyens de leur mise en œuvre.
Pour Haïti, l’enjeu sera désormais de transformer la participation diplomatique en résultats concrets.
Le 24 août, John STIMPHIL a défendu cette ambition à la tribune.
Son intervention aura surtout rappelé une réalité essentielle : la restauration des terres n’est pas uniquement une bataille environnementale. Elle est aussi une bataille pour l’alimentation, pour les territoires, pour la stabilité des communautés et, finalement, pour l’avenir.
À Oulan-Bator, Haïti n’est donc pas venue seulement demander que l’on regarde ses vulnérabilités.
Elle est venue rappeler qu’elle possède aussi une parole, des priorités et une volonté d’agir.
Et derrière les mots de la diplomatie, une idée demeure : restaurer la terre, c’est donner aux hommes et aux femmes qui en dépendent une raison supplémentaire de croire en demain.
Aterson-N Sainval
