Pendant deux jours, chercheurs, universitaires, autorités publiques et partenaires techniques échangent autour du rôle de la recherche scientifique dans le développement d'Haïti. Les discussions portent notamment sur l'innovation agricole, les politiques publiques et la valorisation des connaissances scientifiques. — Selon les informations recueillies par la rédaction du quotidien Le National, la Banque de la République d'Haïti (BRH) a réalisé, les jeudi 23 et vendredi 24 juillet 2026 au Karibe Convention Center, la deuxième édition des Journées scientifiques du Fonds BRH pour la Recherche et le Développement (FRD-BRH).
Au-delà de présentations scientifiques, l'événement remet également au premier plan les défis structurels auxquels la recherche est confrontée en Haïti. À ce sujet, le sociologue Hérold Toussaint, président d'un centre de recherche de l’État haïtien, défend depuis plusieurs années l'idée que le pays souffre moins d'un manque d'Universités sérieuses que d'une insuffisance de véritables laboratoires de recherche. Selon lui, Haïti ne dispose pas encore d'une culture solide du respect de la loi ni d'une culture institutionnelle de la recherche, deux éléments indispensables à la production de connaissances capables d'éclairer les décisions publiques.
Rappelons que le professeur Hérold Toussaint, ancien Vice-Recteur de l’Université d’État d’Haïti, a été installé le mercredi 14 janvier 2026 à la Villa d’Accueil, comme président du Conseil de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (CESRS) par le Conseil présidentiel de transition (CPT) dans un contexte où la question de recherche en Haïti est à point zéro par rapport à d’autres région de la grande Amérique. La nouvelle tête du CESRS promet d’offrir au pays de nouvelles politiques de la recherche probante.
Placée sous le thème « La recherche au service du développement : optimiser la production et l'utilisation des connaissances scientifiques », cette rencontre réunit, durant deux jours, des membres du gouvernement, des responsables universitaires, des chercheurs, des partenaires techniques, des étudiants ainsi que des représentants du secteur privé. L'objectif est de renforcer les liens entre la recherche scientifique et les besoins du développement national.
La cérémonie d'ouverture a été présidée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, en présence notamment du gouverneur de la BRH, Ronald Gabriel, du recteur de l'Université d'État d'Haïti (UEH), Dr Dieuseul Prédélus, du ministre de l'Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Vijonet Demero, ainsi que du ministre de l'Économie et des Finances, Serge Gabriel Collin.
Dans son allocution, le chef du gouvernement a souligné que la recherche scientifique constitue un outil essentiel pour la reconstruction économique et sociale du pays. Selon lui, les connaissances produites par les chercheurs doivent contribuer davantage à l'élaboration de politiques publiques efficaces et à la recherche de solutions aux principaux défis auxquels Haïti est confrontée.
Les différents intervenants ont, pour leur part, plaidé en faveur d'un renforcement des investissements dans la recherche, l'innovation et l'enseignement supérieur. Ils ont également insisté sur la nécessité de rapprocher les universités, les institutions publiques et le secteur productif afin de transformer les résultats de la recherche en solutions concrètes au bénéfice de la population.
À l'issue de la cérémonie protocolaire, les participants ont visité les stands d'exposition où plusieurs équipes de chercheurs ont présenté les projets financés par le Fonds BRH pour la Recherche et le Développement.
La première journée s'est poursuivie avec plusieurs conférences et panels portant sur la valorisation des connaissances scientifiques, le développement du capital humain et l'apport de la recherche dans les politiques publiques. Les échanges ont mis en avant l'importance d'une collaboration plus étroite entre chercheurs, universités, entreprises et décideurs publics afin de favoriser l'innovation et la croissance économique.
Une attention particulière a été accordée aux recherches appliquées dans les domaines de l'agriculture et de l'environnement. Les participants ont notamment découvert des projets portant sur l'utilisation de nouvelles technologies pour améliorer les rendements agricoles, la valorisation des plantes médicinales et aromatiques ainsi que la transformation locale des matières premières pour produire des biens à plus forte valeur ajoutée.
Le troisième panel a particulièrement retenu l'attention. Les chercheurs y ont présenté plusieurs innovations destinées à moderniser le secteur agricole, notamment une application utilisant l'intelligence artificielle capable de détecter précocement certaines maladies des plantes afin de réduire les pertes de récoltes. Un autre projet concerne le développement d'un biopesticide visant à lutter contre les aflatoxines, des toxines produites par certains champignons qui contaminent notamment le maïs, les céréales et les arachides.
Les participants ont également pris connaissance des avancées d'un projet destiné à améliorer la productivité des filières céréalières et protéagineuses, ainsi que des innovations développées au sein de l'usine agricole de Limonade. Parmi les produits présentés figuraient notamment des Chico fabriqués à base de maïs et de petit mil, illustrant le potentiel de la recherche scientifique pour soutenir l'innovation agroalimentaire et valoriser les ressources locales.
Cette première journée s'est achevée sur un message d'espoir. Les intervenants ont réaffirmé leur volonté de faire de la recherche scientifique un véritable moteur de développement durable, d'innovation et de compétitivité pour Haïti, tout en encourageant une coopération renforcée entre les institutions académiques, les pouvoirs publics et le secteur privé.
La deuxième journée a été marquée par des échanges sur les paiements mobiles, la médecine traditionnelle, l'économie circulaire et la valorisation des déchets. Chercheurs, universitaires et partenaires ont réaffirmé la nécessité de placer la recherche scientifique au cœur des politiques publiques et du développement d'Haïti.
Selon les informations recueillies par la rédaction du quotidien Le National, qui était sur place, la deuxième et dernière journée de la deuxième édition des Journées scientifiques du Fonds BRH pour la Recherche et le Développement (FRD-BRH) s'est déroulée avec un calme fortifiant, réunissant chercheurs, universitaires, étudiants, partenaires techniques et représentants d'institutions nationales autour des défis scientifiques et technologiques auxquels fait face Haïti.
La journée a débuté par les interventions de Josselin Val, représentant de la CORPUHA, de Carolina Ulloa Suarez, représentante de la Banque interaméricaine de développement (BID), ainsi que de Hancy Pierre-Louis, directeur exécutif du FRD-BRH, qui ont souligné l'importance de consolider les liens entre la recherche, l'innovation et les politiques publiques.
Le premier panel, consacré aux projets soumis au FRD-BRH, a permis aux membres du Conseil scientifique, notamment Charles Cadet, Jean Marie Cayemitte et Bénédique Paul, de partager les principaux enseignements tirés des différentes cohortes de financement. Les intervenants ont insisté sur la qualité méthodologique des projets et sur la nécessité d'accroître leur impact au bénéfice du développement national.
Les participants ont ensuite suivi la présentation des travaux du Dr Claudel Mombeuil, consacrés aux obstacles qui freinent l'utilisation des paiements mobiles en Haïti. Cette recherche met en évidence les défis technologiques, économiques et sociaux qui limitent encore l'adoption des services financiers numériques dans le pays.
La médecine traditionnelle a occupé une place importante au cours du deuxième panel. Les chercheurs Régine Roche, Bogengston André et Wellington Derameau ont présenté plusieurs études portant sur les propriétés thérapeutiques des plantes médicinales haïtiennes, leur utilisation dans la prévention de certaines maladies, ainsi que leurs perspectives de valorisation dans le système national de santé.
L'après-midi a été consacré à l'économie circulaire et à la gestion durable des déchets. Plusieurs projets innovants ont été dévoilés, notamment la fabrication de pavés à partir de déchets plastiques, la production de biogaz et de fertilisants organiques, l'amélioration de la gestion des déchets médicaux selon l'approche One Health, ainsi que le développement d'une poubelle intelligente destinée à optimiser la collecte et le recyclage des déchets.
Au-delà des résultats scientifiques présentés, cette deuxième journée a également ravivé le débat sur le rôle de la recherche dans le développement d'Haïti. Plusieurs intervenants ont plaidé pour un renforcement des investissements dans la production de connaissances, une meilleure collaboration entre les universités, les institutions publiques et le secteur privé, ainsi que la création de véritables centres de recherche capables de répondre aux défis nationaux.
En clôturant cette deuxième édition, les organisateurs ont réaffirmé leur volonté de faire du Fonds BRH pour la Recherche et le Développement un instrument stratégique au service de l'innovation, de la formation du capital humain et de l'élaboration de politiques publiques fondées sur des données scientifiques, dans la perspective d'un développement durable d'Haïti.
Mitchel Kewing ETIENNE
