Les mots peuvent convaincre, faire évoluer les idées et parfois même transformer une société. C'est autour de cette conviction que le Bureau des Droits Humains en Haïti (BDHH) a réuni, ce vendredi 24 juillet, étudiants en droit, universitaires, avocats, magistrats et partenaires institutionnels à l'Université Quisqueya pour la grande finale de la neuvième édition de son Concours national de plaidoirie sur les droits humains.
Au terme de plusieurs semaines de compétition, de débats et d'argumentations juridiques, c'est Anson Dacius qui s'est imposé devant le jury, remportant le titre de la neuvième édition. Au-delà du palmarès, cette compétition s'est une nouvelle fois affirmée comme un espace privilégié de réflexion sur les grands enjeux juridiques, sociaux et démocratiques auxquels Haïti est confrontée.
Une compétition construite autour de l'excellence
Cette neuvième édition a mobilisé 34 étudiants en droit, présélectionnés à la suite de la réouverture d'une liste complémentaire issue du concours de dissertation consacré au thème « Justice climatique et développement économique ».
Les candidats ont d'abord participé aux joutes éliminatoires organisées les 9 et 10 juillet 2026, avant qu'un deuxième tour ne retienne les vingt meilleures prestations le 14 juillet. En raison de la qualité remarquable des plaidoiries, le jury a exceptionnellement décidé de qualifier dix candidats pour les quarts de finale du 17 juillet.
À l'issue de cette étape particulièrement disputée, quatre étudiants provenant de différentes facultés de droit du pays ont décroché leur place pour les demi-finales disputées devant un public venu nombreux assister à cette ultime journée de compétition.
Des sujets qui interrogent le présent et préparent l'avenir
Comme chaque année, le BDHH a choisi de confronter les candidats à des problématiques qui dépassent largement le cadre universitaire.
La première demi-finale a porté sur l'inéligibilité des personnalités faisant l'objet de sanctions internationales, une question mêlant droit constitutionnel, souveraineté nationale et gouvernance démocratique.
La seconde confrontation s'est intéressée à l'octroi automatique de l'autorité parentale à la mère lorsqu'une plainte pour violences conjugales est déposée, un débat au croisement du droit de la famille, de la protection des victimes et de l'intérêt supérieur de l'enfant.
Les deux finalistes se sont ensuite retrouvés autour d'une dernière joute consacrée au recours aux sociétés militaires privées, un sujet particulièrement actuel qui interroge les limites du monopole de la force publique, la responsabilité internationale et la protection des populations civiles.
À travers ces choix, le concours confirme son ambition : former des juristes capables d'appréhender avec rigueur les questions complexes qui traversent les sociétés contemporaines.
Une organisation rendue possible malgré un contexte difficile
En ouvrant la cérémonie, Pauline Lecarpentier, secrétaire générale du BDHH, a tenu à rendre hommage aux candidates et candidats dont l'engagement a permis à cette édition d'aboutir malgré les nombreuses contraintes imposées par la crise sécuritaire et politique.
Elle a rappelé que plusieurs ajustements organisationnels avaient été nécessaires afin de préserver la qualité du concours sans renoncer aux exigences académiques qui en font aujourd'hui une référence nationale.
Dans une intervention empreinte de reconnaissance, elle a également salué la fidélité des partenaires qui continuent d'accompagner le BDHH dans sa mission de promotion des droits humains. Selon elle, le soutien de l'Ambassade de France en Haïti, de l'Ambassade d'Espagne à travers l'AECID, de la FOKAL ainsi que des autres partenaires historiques illustre une confiance durable envers un projet qui investit dans la jeunesse et dans l'avenir de la justice haïtienne.
« Chaque édition témoigne de la détermination de jeunes femmes et de jeunes hommes qui refusent de laisser les difficultés du contexte national freiner leur soif d'apprendre et de défendre les valeurs de justice. Grâce à l'appui constant de nos partenaires, cette volonté peut continuer à s'exprimer dans un cadre exigeant où l'excellence et les droits humains demeurent au cœur de nos priorités », a-t-elle indiqué, selon une reformulation institutionnelle de son intervention.
Former des juristes capables de répondre aux défis d'aujourd'hui
Fondateur du Bureau des Droits Humains en Haïti, Me Jacques Letang a rappelé que le concours s'inscrit dans une vision plus large poursuivie par l'institution depuis sa création en 2015.
À ses yeux, les transformations que connaît le pays rendent indispensable la multiplication des espaces où les futurs professionnels du droit peuvent analyser les réalités du système judiciaire, confronter leurs arguments et réfléchir aux réponses juridiques susceptibles de renforcer la protection des droits fondamentaux.
« Le rôle du BDHH est de contribuer à faire émerger une génération de juristes conscients des défis auxquels fait face notre système judiciaire. En mettant au centre des débats des sujets d'actualité, nous encourageons une réflexion juridique qui dépasse l'exercice académique pour devenir un véritable engagement citoyen en faveur des droits humains », a-t-il souligné, selon une reformulation fidèle de son allocution.
La victoire de la persévérance
Lorsque son nom a été annoncé, l'émotion était perceptible chez Anson Dacius.
Déjà candidat lors de deux éditions précédentes, le jeune étudiant a finalement vu ses efforts récompensés en remportant le trophée tant convoité.
Revenant sur son parcours, il a expliqué que cette distinction représente bien davantage qu'une victoire personnelle.
« Cette récompense est l'aboutissement d'un chemin marqué par le travail, la patience et la persévérance. Mes précédentes participations ne m'avaient pas permis d'atteindre cet objectif, mais elles ont renforcé ma détermination. Aujourd'hui, cette victoire me rappelle que chaque expérience constitue une étape vers l'excellence», a-t-il confié.
Le lauréat a également insisté sur la responsabilité qui incombe à la jeunesse universitaire dans les débats publics.
Selon lui, les futurs juristes ont le devoir de porter les préoccupations réelles de la société dans les espaces de réflexion afin de contribuer, par la force des arguments et du droit, à l'évolution des politiques publiques.
« Notre génération ne doit pas se contenter d'observer les défis auxquels le pays est confronté. Elle doit participer activement à leur compréhension et proposer des réponses éclairées. Les concours comme celui-ci offrent justement aux jeunes l'occasion de faire entendre une parole responsable au service de l'intérêt général », a-t-il ajouté.
Bien plus qu'un concours d'éloquence
Au fil de ses neuf éditions, le Concours national de plaidoirie est devenu un véritable incubateur de talents.
Il permet aux étudiants de perfectionner leur maîtrise de l'argumentation juridique, de développer leur esprit critique et de renforcer leur capacité à défendre des positions parfois opposées avec méthode, rigueur et objectivité.
Dans un contexte où les questions relatives aux droits humains occupent une place centrale dans les débats nationaux, cette initiative contribue également à rapprocher l'université, les professions juridiques et les institutions engagées dans la consolidation de l'État de droit.
Une ambition appelée à se poursuivre
La réussite de cette neuvième édition illustre la volonté du Bureau des Droits Humains en Haïti de poursuivre ses actions en faveur de la formation des jeunes juristes et de la diffusion d'une véritable culture des droits humains.
En donnant chaque année la parole à une nouvelle génération d'étudiants appelés à devenir avocats, magistrats, enseignants ou décideurs publics, le BDHH confirme que la promotion des droits fondamentaux passe aussi par l'éducation, le débat contradictoire et l'excellence académique.
À travers cette compétition devenue un rendez-vous attendu dans le calendrier universitaire, l'organisation entend continuer à offrir aux futurs acteurs de la justice un espace où l'éloquence se met au service de la réflexion juridique et où la défense des droits humains trouve de nouvelles voix pour porter ses ambitions.
Marc Evens Lebrun
Légende 1 : Anson Dacius, Le lauréat de la 9e édition du Concours de Plaidoirie du Bureau des Droits Humains en Haïti- BDHH
Légende 2 : Pauline Lecarpentier, Secrétaire Générale du BDHH
Légende 3 : Les membres du jury ainsi que les deux finalistes. (De gauche à droite) : Me Nathan Laguerre ; Me Lovely Jean Louis : Anson Dacius ; Wiskens Taniclas : Me Jacques Letang ; Mme Marie Dominique Denizé ; Me Stéphanie Saint-Surrin
