Le Conseil électoral provisoire (CEP) a lancé depuis quelques jours le processus d’inscription des partis et des groupements politiques pour atteindre le seuil des 30 000 adhérents. Charlot Murat, représentant de la structure Sol Haïti, dénonce les obstacles liés au futur processus électoral. Il pointe les défaillances techniques de la plateforme numérique, évoquant des doublons injustifiés et des exigences difficiles à satisfaire.
Face à ces lacunes, un collectif de groupements politiques a soumis un mémorandum au CEP pour exiger des réformes du calendrier et du système. Malgré un climat d’insécurité persistant, Charlot Murat insiste sur la nécessité démocratique des élections afin de mettre fin à une transition indéfinie. Il appelle à une responsabilisation des Haïtiens pour restaurer la souveraineté nationale par les urnes.
L’inscription des formations politiques sur la plateforme électorale se heurte à plusieurs défis majeurs. Utilisé pour la première fois en Haïti, le système en ligne est jugé « mal conçu » et « pas trop bien ficelé ». De nombreux citoyens apparaissent comme membres de partis politiques à leur insu. À titre d’exemple, Charlot Murat comme le premier dirigeant que Sol Haïti a tenté d’inscrire figurait déjà comme membre d’un autre parti, alors qu’il n’avait jamais adhéré à aucune organisation politique. Ces doublons compliquent la validation des inscriptions.
Par ailleurs, la plateforme rejette massivement les tentatives d’enregistrement. Le taux de validation oscille souvent entre 10 %, 15 % et 20 %, obligeant les équipes à multiplier les saisies. Des numéros de cartes sont refusés pour « format incorrect » ou « numéro invalide », même lorsqu’il s’agit de citoyens réguliers.
Des bureaux d’État et des maisons de transfert de fonds auraient collecté et stocké des numéros de cartes électorales avant le lancement officiel, saturant le système au détriment des structures politiques légitimes. L’impossibilité d’atteindre le seuil des 30 000 membres est aggravée par le nombre limité de cartes en circulation : environ 4 millions pour une population électorale estimée à 6,5 millions. L’exigence est jugée irréaliste pour la majorité des partis.
À cet effet, le parti politique Sol Haïti, allié à d’autres structures, a transmis un mémoire et des correspondances au CEP, à l’OEA et à la Caricom. Ces documents réclament des changements touchant à la fois la loi et le calendrier électoral.
Interrogé sur la faisabilité des élections prévues le 13 décembre, le leader du parti politique Sol Ayiti Charlot Murat rappelle qu’au mois de septembre, il ne reste que 90 à 100 jours pour organiser le scrutin. Bien qu’il qualifie les élections de « nécessité chronique » pour éviter une transition interminable, il insiste sur des corrections indispensables au décret et au calendrier afin d’éviter une crise plus profonde.
Les réformes demandées visent à garantir l’égalité des chances pour chaque citoyen et chaque parti, et à assurer des élections libres, crédibles et démocratiques.
Sécurité et transition politique
Sur le plan sécuritaire, l’organisation du scrutin se heurte à des obstacles majeurs. La dégradation constante de l’insécurité compromet gravement la tenue des élections. Les acteurs politiques rappellent que la responsabilité de garantir un climat sûr incombe au gouvernement. Ils soulignent que la population doit pouvoir se déplacer et voter en toute sérénité pour élire ses magistrats, députés, sénateurs et président.
En somme, les partis avertissent que le pays s’enlise dans « l’inconstitutionnalité » et une « transition indéfinie ». Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, les gouvernements provisoires se succèdent : Claude Joseph, Ariel Henry, puis le Conseil présidentiel de transition, avant l’actuel Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Une situation qualifiée d’« anomalie » à laquelle seul un scrutin démocratique peut mettre fin a ce scandale politique.
Likenton Joseph
