Trois jours après le massacre perpétré à Kenscoff dans la nuit du 23 au 24 août, les autorités annoncent une intensification du dispositif sécuritaire, alors que la population de la commune réclame des réponses et des mesures concrètes face à la violence des groupes armés.
Le gouvernement assure vouloir reprendre l’initiative. Mais sur le terrain, les attentes restent fortes, notamment chez les résidents de Kenscoff, qui ont manifesté leur indignation ce jeudi 27 août après l’attaque ayant fait des dizaines de morts et provoqué d’importants déplacements de population.
Une succession de réunions au plus haut niveau
Depuis l’attaque, le gouvernement multiplie les rencontres consacrées à la situation sécuritaire. Le Premier ministre et président du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN), Alix Didier Fils-Aimé, a présidé, le 26 août, une réunion d’urgence avec les membres du CSPN.
À l’issue de cette rencontre, le chef du gouvernement a ordonné l’intensification des opérations de sécurité dans la zone métropolitaine et ses environs. Il affirme avoir donné des instructions pour traquer les responsables du massacre, démanteler les réseaux criminels et reprendre le contrôle des zones occupées par les gangs.
« La détermination du Gouvernement est totale. Nous allons reprendre l’initiative, traquer les responsables et démanteler les réseaux criminels qui terrorisent la population », a déclaré le Premier ministre, assurant que le massacre de Kenscoff « ne restera pas impuni ».
Le même jour, Alix Didier Fils-Aimé a également réuni le haut état-major de la Force de Répression des Gangs (FRG) à la Primature. Cette réunion devait permettre d’actualiser l’évaluation de la menace et de renforcer la coordination entre les différentes structures engagées dans les opérations de sécurité.
Sur instruction du Premier ministre, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Patrick Pélissier, s’est entretenu avec le commandant de la FRG, le directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), le ministre de la Défense ainsi qu’un responsable des Forces armées d’Haïti (FAd’H), afin de coordonner le déploiement des forces sur le terrain.
Selon le gouvernement, la chaîne de commandement est en alerte et l’appareil sécuritaire est mobilisé pour reprendre les zones contrôlées par les groupes armés.
Des annonces qui contrastent avec l’impatience sur le terrain
Malgré cette succession de réunions et d’annonces, la population attend désormais de voir les effets concrets de ces décisions sur le terrain. Les habitants de Kenscoff, qui ont manifesté après l’attaque, réclament notamment une meilleure protection des communautés et une réponse effective des autorités.
Le RPPD réclame une stratégie nationale
Dans une note d’indignation, le Rassemblement des Patriotes Progressistes pour le Développement (RPPD) a condamné le massacre et dénoncé l’incapacité persistante des institutions à assurer la protection des citoyens.
Le regroupement politique estime que la succession des massacres, des assassinats et des déplacements forcés ne peut plus être considérée comme une fatalité. Il appelle les autorités à faire toute la lumière sur les circonstances du massacre, à établir les responsabilités et à poursuivre les auteurs et les commanditaires présumés.
Le RPPD demande également au gouvernement de dépasser la gestion des crises au coup par coup et de mettre en place une véritable stratégie nationale de sécurité. Celle-ci devrait, selon l’organisation, permettre de reprendre durablement le contrôle du territoire et de démanteler les réseaux criminels.
« Il ne suffit plus de déplorer les morts après chaque tragédie. Il faut agir avant que les citoyens ne soient tués », soutient le RPPD, qui appelle par ailleurs à une mobilisation nationale contre la banalisation de la violence.
Vladimir Predvil
