Le Conseil électoral provisoire (CEP) a ouvert, depuis le jeudi 20 août, les inscriptions des candidats aux élections présidentielles et législatives. Cette période s’étend jusqu’au 2 octobre 2026. L’institution électorale exige désormais des partis politiques un seuil de 30 mille adhérents pour valider leur participation. Une mesure qui suscite de vives critiques, alors que plusieurs acteurs politiques doutent de la faisabilité d’élections crédibles et démocratiques dans le pays.
À cet effet, Fritz Bissereth, représentant du Front Commun, alerte sur l’impossibilité d’organiser un scrutin crédible sous le gouvernement actuel, évoquant une crise multidimensionnelle. Selon lui, les conditions juridiques, techniques et financières ne sont pas réunies, le budget électoral incohérent, les institutions dépourvues d’indépendance, une insécurité généralisée et la prédominance des gangs rendant le territoire inaccessible.
De plus, il dénonce également la prolifération de partis fictifs liés au pouvoir, perçue comme une manœuvre pour manipuler les résultats. À ses yeux, un scrutin organisé sans garanties démocratiques ne ferait qu’aggraver l’instabilité chronique. Il exprime une profonde méfiance envers le pouvoir exécutif et la communauté internationale, accusés de freiner la souveraineté nationale.
Dans ce contexte, l’élection est définie non pas comme une simple journée de vote, mais comme l’aboutissement d’un écosystème électoral devant être fonctionnel dans toutes ses dimensions. Or, selon Fritz Bissereth, cet écosystème est en faillite systématique. Sur le plan juridique, le décret électoral, document de base du processus est jugé inapplicable en raison de contradictions internes.
Sur le plan matériel, l’administration électorale est incapable, selon Fritz Bissereth, d’assurer l’organisation : bureaux de vote non installés dans plusieurs quartiers, personnel impayé et des procédures réglementaires inachevées. L’État ne finance pas ses élections, dépendant totalement des bailleurs internationaux qui imposent leurs règles. Les bureaux électoraux régionaux cumulent plus de 42 mois d’arriérés de salaires, tandis que le budget électoral a été réduit de moitié de 250 à 120 millions de dollars sans la moindre explication transparente.
La sécurisation du processus est jugée impossible, selon Fritz Bissereth. Une large partie du territoire est contrôlée par des gangs armés, rendant l’acheminement du matériel et du personnel électoral impraticable. Le pays compte plus de 3 millions de déplacés internes, souffre d’insécurité alimentaire sévère et d’une vulnérabilité extrême. Le risque de désinformation et de manipulation est élevé.
Aucun mécanisme crédible n’existe pour trancher les contestations électorales, ce qui pourrait mener à une crise post-électorale majeure. L’« insécurité d’État » est décrite comme une situation où le pouvoir public, incapable de garantir la sécurité, contribue directement ou indirectement à l’instabilité. L’État perd le contrôle de ses frontières et de vastes régions, rendant celles-ci inaccessibles aux agents électoraux.
En somme, les forces de sécurité notamment l’armée, la police, la FRG et compagnie étrangère d’Eric Prince apparaissent incapables ou peu disposées à assurer leur rôle de protection. Pendant que les cadavres s’accumulent dans certains quartiers, notamment à Kenscoff, le gouvernement continue de parler d’élections, alors qu’il ne peut garantir la protection minimale nécessaire à la vie publique et au déroulement d’un scrutin. Une situation qui laisse le champ libre aux groupes armés pour imposer leurs propres règles sur le territoire national.
Likenton Joseph
