L’activité sismique demeure une réalité permanente en Haïti, même si les séismes enregistrés ces derniers mois n’ont pas présenté de danger majeur. Dans le bulletin sismique spécial du mois d’août 2026, l’Unité technique de sismologie (UTS) fait état d’une activité faible à modérée sur l’île, tout en appelant au maintien d’une surveillance continue et au renforcement des actions de prévention.
Une activité sismique qui demeure permanente
Le bulletin sismique spécial d’août 2026 relève plusieurs séismes majeurs enregistrés entre juin et août dans différentes régions du monde, notamment dans la « Ceinture de feu du Pacifique ». Des événements de magnitude comprise entre 7,1 et 7,8 ont notamment été enregistrés aux Philippines, au Venezuela, au Mexique, au Japon, en Colombie et en Indonésie. Cette région, caractérisée par une forte activité tectonique, est particulièrement exposée en raison de la présence de nombreuses lignes de faille majeures.
Haïti, pour sa part, n’est pas situé dans la ceinture de feu du Pacifique. Toutefois, son activité sismique résulte de l’interaction de la plaque Caraïbes avec les plaques de l’Amérique du Nord, de l’Amérique du Sud et de Cocos. Le bulletin souligne ainsi que la plaque Caraïbes, bien qu’exclue de l’anneau du Pacifique, demeure en interaction tectonique avec des plaques qui en font partie et présente des processus géodynamiques similaires.
Selon les données publiées dans le bulletin, l’activité observée en Haïti au cours des mois de juin et de juillet traduit une sismicité faible à modérée. Sur l’ensemble de l’île, 140 séismes de magnitude comprise entre 1,9 et 4,9 ont été enregistrés en juin, tandis que 207 séismes de magnitude comprise entre 1,9 et 4,0 l’ont été en juillet.
Pour le territoire haïtien, les données font état de 24 séismes en juin et de 29 en juillet. La présence de nombreux séismes peu profonds témoigne, selon le document, d’une activité tectonique continue le long des structures géologiques actives de la plaque Caraïbes.
Le bilan des deux derniers mois
La répartition des séismes enregistrés sur le territoire national montre également des variations selon les départements.
En juin, le Nord-Ouest a été le département le plus secoué, avec 8 séismes sur les 24 enregistrés en Haïti, soit 33 %. En juillet, les Nippes arrivent en tête avec 8 séismes, soit 26 %, suivies du Nord-Ouest avec 7 séismes, soit 24 %, et du Sud avec 5 séismes, soit 17 %.
Le bulletin précise cependant que les événements enregistrés sur l’île n’ont pas présenté de danger majeur.
Dans un entretien accordé à notre rédaction, l’ingénieur Claude Prepetit, directeur général du Bureau des Mines et de l’Énergie (BME), rappelle qu’il demeure impossible de prévoir avec précision le moment où surviendra un séisme majeur et insiste sur la nécessité de se préparer.
Il met néanmoins en évidence l’importance de l’activité sismique observée ces derniers mois dans la Ceinture de feu du Pacifique et dans la région des plaques Amérique-Caraïbes. La répartition spatiale des séismes ainsi que la proportion importante d’événements survenus en mer justifient, selon l’UTS, le maintien d’une surveillance sismique continue et le renforcement des mesures de prévention.
« Nous ne savons pas quand cela peut arriver »
Au cours de son entretien avec Le National, Claude Prepetit insiste sur le caractère permanent de l’activité sismique. Il explique qu’un bilan est établi chaque mois afin de suivre l’évolution des tremblements de terre enregistrés sur le territoire haïtien.
Selon le directeur général du BME, les données disponibles depuis plusieurs années montrent qu’Haïti connaît régulièrement des mouvements sismiques, dont la magnitude varie généralement. Il précise que les séismes de faible magnitude, notamment autour de 1,9 à 2, sont généralement imperceptibles pour la population, tandis qu’à partir de la magnitude 3, certains commencent à être ressentis.
Il souligne également que le nombre de séismes enregistrés peut varier d’un mois à l’autre. Les données du bulletin montrent notamment 24 séismes détectés en Haïti en juin et 29 en juillet. Cette évolution ne permet toutefois pas de prédire la survenue d’un séisme majeur.
"Nous ne savons pas quand cela peut arriver", explique en substance Claude Prepetit, tout en appelant à ne pas attendre la survenue d’un événement majeur pour agir. Pour lui, la multiplication des séismes observés dans différentes zones de la région, notamment dans la Caraïbe au cours des derniers mois, rappelle la nécessité de demeurer attentif.
L’enjeu, insiste-t-il, n’est pas de prédire le prochain séisme, mais de renforcer la prévention afin d’être en mesure d’y faire face.
La prévention comme principal rempart
Face à cette incertitude, Claude Prepetit identifie trois axes prioritaires sur lesquels doivent porter les efforts des autorités et de la population.
Le premier concerne le mode de construction. La manière dont les bâtiments sont conçus et construits, mais également la nature des sols et le choix des sites de construction, constituent des éléments déterminants dans la réduction des risques. Une meilleure prise en compte de ces facteurs doit permettre de limiter les conséquences d’un éventuel séisme.
Le deuxième axe est celui de l’éducation. Le directeur général du BME estime nécessaire de sensibiliser davantage la population, notamment les enfants, afin qu’ils sachent comment réagir face à un tremblement de terre. Les comportements à adopter peuvent en effet varier selon que l’événement survient pendant la journée ou durant la nuit, dans la rue ou à l’intérieur d’un bâtiment. Pour lui, la préparation passe donc aussi par la transmission des bons réflexes.
Enfin, le troisième axe porte sur la capacité de réaction. Claude Prepetit insiste sur l’importance de la préparation des autorités, mais aussi de la mobilisation des voisins et des communautés. La capacité à apporter une réponse rapide après un séisme constitue, selon lui, un élément essentiel pour faire face aux conséquences d’un éventuel événement majeur.
Somme toute, au-delà des chiffres consignés dans le bulletin sismique du mois d’août, le message porté par le directeur général du BME reste celui de la vigilance et de la préparation. Si les séismes enregistrés récemment en Haïti n’ont pas représenté de danger majeur, le bulletin rappelle que l’activité tectonique demeure présente et justifie une surveillance constante. Pour Claude Prepetit, la prévention reste donc la meilleure réponse face à un phénomène dont le moment de survenue ne peut être déterminé avec précision.
Modeline Youte
