Sous l’égide du projet ProIA, financé par la Banque interaméricaine de développement (BID), l’organisation Banj, l’Internet Society Haiti Chapter (ISOC Haiti), l’École Supérieure d’Infotronique d’Haïti (ESIH) et l’Association for Responsible AI (ARAI) ont paraphé, ce lundi 10 août 2026, un protocole de collaboration pour l’adoption responsable de l’intelligence artificielle en Haïti. La cérémonie, organisée dans les locaux de la BID, a marqué le lancement officiel d’une initiative stratégique visant à élaborer une feuille de route nationale. Deux documents préliminaires ont été présentés dont une cartographie des acteurs locaux et un guide stratégique pour les pays à ressources limitées, qui serviront de socle aux travaux.
À cet effet, Marc Alain Boucicault, CEO de Banj, a rappelé que ProIA repose sur quatre piliers dont une formation afin de donner aux étudiants, développeurs, institutions publiques et privées les compétences nécessaires pour créer avec l’IA, la sensibilisation qui vise à vulgariser les enjeux auprès du grand public, des communautés en vue de mettre en réseau les jeunes pour favoriser échanges et collaborations et une feuille de route nationale, ce document central pour guider une adoption éthique et souveraine.
Déjà, plus de 2 000 inscriptions ont été enregistrées pour les premières sessions de formation technique.
Vers une souveraineté technologique
Par ailleurs, Max Larson Henry (ISOC Haiti) a insisté sur l’importance d’un partenariat stratégique mobilisant chercheurs, secteur privé et diaspora qui représente près des trois quarts des ressources humaines du groupe de travail dans l’objectif de transformer Haïti en acteur technologique actif, et non simple consommateur.
Pour sa part, Patrick Attié, directeur de l’ESIH, a souligné que le pays dispose déjà d’une avance dans l’usage des outils numériques et doit désormais passer du statut de consommateur à celui de producteur de solutions. La feuille de route prévoit une Gouvernance des données et protection du créole haïtien, une formation massive des agents publics, l’usage de l’IA générative pour accroître la productivité de l’État et la commande publique comme levier de développement.
En outre, la stratégie privilégie une approche pragmatique: expérimentations rapides, cycles courts et actions « sans regret » dans trois domaines prioritaires à savoir traduction administrative, formation continue des cadres et communication d’urgence.
Un leadership régional à consolider
Selon le directeur général de l'École supérieure d'Infotronique d'Haïti (ESIH), Patrick Attié, Haïti dispose déjà d’un leadership d’exécution dans la Caraïbe grâce à ses initiatives de formation et événements scientifiques. Mais, pour rivaliser avec la République dominicaine et s’imposer durablement, un engagement politique fort est jugé indispensable. La maîtrise des données nationales est cruciale : dépendre uniquement de clouds étrangers ferait perdre au pays son autonomie.
Parallèlement, les partenaires insistent aussi sur des principes éthiques stricts notamment la transparence, la validation humaine des décisions et le respect de la souveraineté culturelle.
En somme, la Banque de la République d’Haïti (BRH) recommande de placer la recherche scientifique au cœur de la stratégie, afin que l’IA devienne un levier de productivité pour l’éducation, l’administration publique et la gestion des catastrophes. Ces quatre organisations affirment que l’adoption de l’IA en Haïti doit être souveraine, responsable, réaliste et progressive, en s’appuyant sur les capacités locales et les enseignements internationaux adaptés aux contextes à ressources limitées.
Likenton Joseph
