A travers une note rendue publique, la concertation nationale rappelle qu’Haïti traverse une épreuve d’une gravité exceptionnelle. Une nouvelle transition qui s’effondre avant même de tenir ses promesses, les gangs contrôlent une bonne partie de la capitale, plus d’un million et demi de compatriotes ont fui leur foyer, pire encore des millions d’entre nous ne savent plus comment se nourrir, bref un tableau très sombre de la situation actuelle.
Pendant que le pays s’enlise, un silence institutionnel, international et collectif s’installe. La concertation nationale refuse cette résignation et lance un appel à un sursaut national et patriotique.
Nous posons la question sans détour, ou sont les forces vives de la nation ? Cette question s’adresse à celles et ceux qui conservent la légitimité morale, intellectuelle et sociale de peser sur le cours des choses.
1- A la conférence épiscopale d’Haïti et à la fédération protestante d'HAÏTI : vos voix ont toujours su rassembler quand la politique divisait. Le pays a besoin aujourd‘hui d'une médiation morale, publique et sans ambigüité.
2- A l’université d’Etat d’Haïti : la réflexion et l’expertise ne peuvent rester enfermées dans les salles de conférences pendant que la nation traverse une telle épreuve. La nation a besoin de vos analyses, réflexions et propositions de votre autorité intellectuelle.
3- Au patronat haïtien : la stabilité économique que vous appelez de vos vœux, ne viendra pas sans stabilité politique. Votre poids et vos réseaux doivent servir à bâtir des ponts plutôt qu'attendre des lendemains meilleurs en spectateurs.
4- Aux personnalités politiques de la diaspora : vous qui portez souvent un regard critique depuis l’extérieur, le moment est venu de vous engager concrètement par vos idées, vos réseaux et vos ressources, dans la construction d’une issue crédible, plutôt que dans des postures.
5- A la communauté internationale : l’accompagnement ne peut plus se limiter à des communiqués de préoccupations et a des financements insuffisants pour une force de sécurité sous –équipée. Haïti n’a pas besoin de tutelle, mais d’un partenariat loyal, cohérent et à la hauteur qui soit à la hauteur de l’urgence humanitaire et sécuritaire. L’inaction prolongée à un coût, que paient déjà nos enfants, nos familles déplacées et nos institutions exsangues.
Aucune de nos institutions ne détient seule la solution. Mais l’inaction conjuguée de chacune finit par ressembler à un abandon collectif. La concertation appelle donc à la formation immédiate et sans délai d’un espace commun de médiation, capable de proposer une gouvernance crédible, acceptée et surveillée par la population elle-même et non imposée d’en haut ou de l’étranger. Haïti ne sombre pas par manque de solutions, mais par manque de courage collectif pour les mettre en application. La concertation nationale tend la main à toutes les institutions et personnalités citées pour ouvrir incessamment un dialogue structuré.
Gerard H Resil
