Outre l’insécurité généralisée, Haïti enregistre sa septième année consécutive de croissance négative, selon la dernière lettre de cadrage budgétaire 2025-2026. Pour l’exercice 2024-2025, les projections relatent une contraction du PIB réel de 3,1 %, alors que la prévision initiale tablait sur une croissance unitaire. À l’échelle mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance modérée de 2,8 %, malgré les tensions commerciales et géopolitiques.
Sur les étagères, les produits de première nécessité atteignent des niveaux alarmants. Aux marchés de Pétion-Ville, consommateurs et petits commerçants peinent à exprimer leur indignation face à la flambée des prix, qui accentue une insécurité alimentaire déjà critique. Un policier de la 22e promotion, rencontré sur place et ayant requis l’anonymat, livre un témoignage poignant sur la précarité quotidienne des agents confrontés à une crise économique étouffante.
En service depuis 17 ans, cet agent raconte avoir dû abandonner sa maison à Cité Militaire, sous les balles des gangs, pour se réfugier à Pétion-Ville, jugée plus sûre. Il explique comment l’inflation et la hausse du carburant réduisent son salaire à une portion congrue, rendant l’achat de nourriture quasi impossible. Malgré son engagement, il déplore l’absence de soutien des autorités face à l’insécurité et à la cherté de la vie. Son récit illustre le sacrifice personnel des forces de l’ordre, incapables de subvenir aux besoins de leur famille dans un contexte de gestion étatique défaillante.
En outre, ce policier décrit une vie marquée par la précarité et des sacrifices constants. Son salaire, inchangé depuis des années, est absorbé par les besoins alimentaires de sa famille. L’augmentation du prix de l’essence entraîne une hausse généralisée des prix : un marmite de pistaches, vendu auparavant 1 000 gourdes, coûte désormais 1 250 gourdes. Les frais de transport explosent : le circuit de Delmas à Pétion-Ville passe de 50 gourdes à 75 gourdes. Même une somme de 100 000 gourdes ne suffit plus à couvrir les dépenses essentielles, alors que beaucoup plus d’un travail de 8h pour 4h pour un salaire en dessous de 1000 gourdes /jour.
Le carburant agit comme le moteur d’inflation, touchant tous les aspects de la vie quotidienne. Les pois, le maïs, le riz, l’huile atteignent des prix exorbitants sur les marchés locaux. Les consommateurs renoncent à certains produits, tandis que les commerçants peinent à attirer des clients. Beaucoup de travailleurs sont contraints de sauter des repas pour faire face à ces coûts croissants.
À Pétion-Ville, de petits commerçants, installés à même le sol près des ordures, lancent des cris de détresse. « Pagen lavant, nou pagen kote pou nou chita, lamèri ap kouri dèyè nou », se plaignent-ils, dénonçant la cherté de la vie et l’absence de soutien. L’une d’elles raconte avoir quitté Carrefour-Feuilles il y a quatre ans, fuyant les exactions des gangs, pour se réfugier chez sa sœur à Pétion-Ville. Elle espère que les autorités rétabliront la sécurité afin de pouvoir rentrer chez elle.
Pour Marline, qui n’a pas encore enfanté, la situation est insoutenable, surtout pour ceux qui n’ont aucune activité professionnelle pour gagner leur pain quotidien. Selon de nombreux habitants, la crise actuelle dépasse l’entendement : insécurité alimentaire, chômage, cherté de la vie. La population se dit perdue dans une crise sans précédent.
Aujourd’hui, plus d’un Haïtien sur deux fait face à une faim aiguë. Pourtant, les dirigeants étatiques négocient des contrats opaques, indifférents à la misère et aux cris de la population. Face à cette situation, les autorités sont appelées à assumer leurs responsabilités : rétablir la sécurité, organiser des élections et réduire la cherté de la vie.
Likenton Joseph
