La première conférence internationale de la Chaire électorale, organisée conjointement par l’Université d’État d’Haïti (UEH) et le Conseil électoral provisoire (CEP), se poursuit ce vendredi 29 mai à l’hôtel Karibe et s’achèvera le samedi 30 mai 2026. Après son lancement la veille, soit le 28 mai, la deuxième journée a été marquée par deux panels réunissant plusieurs intervenants autour des enjeux stratégiques liés à la tenue de scrutin crédible en Haïti.
Dans une salle spacieuse, la présence de nombreuses personnalités publiques a donné un relief particulier aux débats. Le second panel, modéré par Xavier Michon expert en développement international ayant rejoint une mission en Haïti en 2023, après avoir occupé des postes de direction au Fonds d’équipement des Nations Unies et au PNUD au Burundi et au Guatemala, a réuni deux autres intervenants, dont l’un était à distance.
À cet effet, pour cette deuxième journée, les discussions ont porté sur les défis majeurs de la désinformation et de la manipulation médiatique dans le contexte électoral haïtien. Les intervenants ont souligné que l’émergence des nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, fragilise un écosystème informationnel déjà marqué par une forte méfiance envers les institutions.
Désinformation et crédibilité électorale
La propagation de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux, souvent relayées ensuite par les médias traditionnels, est décrite comme un «â€¯fléau » qui mine la crédibilité du processus électoral. Les experts ont mis en avant des solutions concrètes telles que le fact-checking et le monitoring numérique, citant l’initiative «â€¯I Verify » du PNUD comme outil méthodologique pour restaurer la confiance démocratique.
À titre d’exemple, une fausse information née sur WhatsApp ou TikTok peut rapidement être reprise par des influenceurs, puis par la radio, média qui touche près de 90 % des Haïtiens lui conférant une apparence de vérité. L’émergence d’influenceurs disposant d’audiences massives, parfois supérieures à celles des médias traditionnels, accentue ce risque, d’autant que certains sont rémunérés pour diffuser calomnies et diffamations.
Usage malveillant de l’intelligence artificielle
Les avancées technologiques permettent désormais de produire des «â€¯deepfakes » d’une grande vraisemblance, compliquant la distinction entre vrai et faux. L’IA a déjà servi à inventer de faux monuments nationaux, perturbant la documentation historique. Les plateformes numériques sont également utilisées par des chefs de gangs pour terroriser la population, dans un vide juridique qui rend difficile la suppression de ces contenus. Avec une population jeune (âge médian : 24–25 ans) et une pénétration internet de 40 %, une large part de l’électorat est exposée quotidiennement à des flux d’informations non vérifiées.
Rôle des médias et des universités
Les médias et les universités accompagneront le CEP dans le processus électoral. Les journalistes et vérificateurs de faits devront s’appuyer sur des méthodologies rigoureuses pour rester impartiaux. Les intervenants ont rappelé qu’une opinion politique ne peut être «â€¯vérifiée » en soi ; seuls les faits sur lesquels elle repose doivent l’être. La neutralité est renforcée par une vérification collective impliquant plusieurs acteurs avant publication.
En outre, la crédibilité journalistique repose sur la transparence du cheminement : citer les sources (lois, documents officiels, rapports) permet au public de comprendre la base factuelle. Toutefois, si un média est perçu comme lié à des intérêts particuliers, son travail de vérification perdra en légitimité. Pour éviter toute accusation d’ingérence, les programmes internationaux comme «â€¯I Verify » fournissent outils et formations, mais laissent les entités nationales autonomes dans la vérification.
Technologies et processus électoraux
Les débats ont également abordé les défis liés à l’intégration des nouvelles technologies dans les processus électoraux et sécuritaires. Le vote électronique pour la diaspora, bien qu’avantageux sur le plan opérationnel, se heurte à des obstacles politiques et à des risques de désinformation. La surveillance par caméra reste limitée par des carences en infrastructures de connectivité et nécessite un cadre éthique strict.
Les intervenants ont insisté également sur le décalage entre ambitions technologiques et réalités socio-politiques. Le succès des outils numériques dépend moins de la technique que de la stabilité institutionnelle et des investissements matériels de base. Le vote électronique, malgré ses avantages économiques, est jugé trop risqué politiquement ; rares sont les pays qui l’ont adopté. Sans cadre juridique et consensus social, l’adhésion de la population est compromise.
En définitive, l’infrastructure générale du pays notamment la connectivité, limite les possibilités technologiques applicables aux systèmes électoraux. Une technologie privée de réactivité en temps réel ou de soutien institutionnel perd de son efficacité politique et sécuritaire.
Likenton Joseph
