Depuis une quinzaine de jours, les gangs ont repris leurs offensives sporadiques contre les populations de la commune de Kenscoff. Perchée au sommet des collines dominant Pétion-Ville, cette localité a longtemps été considérée comme un lieu idéal de villégiature et de randonnée pour les écoliers, mais aussi comme un refuge pour les vacanciers fuyant la torpeur de la capitale.
Cet endroit idyllique, connu pour son climat clément et ses brouillards aussi soudains que furtifs, est devenu un enfer pour ses paisibles habitants. Depuis quelques années, des groupes criminels ont transformé ces élégantes collines en une véritable ceinture de feu.
Ce qui est troublant, c’est la répétition de ces attaques meurtrières, face auxquelles les autorités paraissent impuissantes. L’armée défend certes vaillamment l’antenne de la Téléco, régulièrement assiégée, tandis que les unités spécialisées parviennent, à chaque alerte, à repousser les groupes criminels. Mais à quel prix ?
Ces interventions surviennent le plus souvent après que des exactions ont été commises contre de paisibles paysans. Il est alors toujours trop tard pour les victimes et pour les familles endeuillées par la rare sauvagerie de ces groupes, qui font régner la terreur sur des terres constituant une véritable réserve maraîchère pour la capitale.
Cette guérilla criminelle est, de surcroît, extrêmement organisée. Elle s’appuie sur des réseaux d’informateurs, des circuits de vol de bétail, des entrepôts de produits alimentaires, sans oublier ses postes de « péage » clandestins.
Des contre-offensives improvisées et purement réactives ne sauraient donc venir à bout d’une organisation aux ramifications multiples, qui connaît parfaitement les moindres buttes et crevasses de ce terrain escarpé et montagneux. Les bandits semblent toujours avoir un coup d’avance sur les forces de sécurité.
L’insécurité à Kenscoff doit être traitée avec sérieux, méthode et détermination par les autorités en place, accusées, à tort ou à raison, de laxisme criminel. Ce serait rendre justice aux familles déplacées et à toutes celles qui vivent dans l’angoisse quotidienne d’une attaque criminelle surgissant au cœur d’une nuit de brouillard.
Plus grave encore, la configuration géographique de ce promontoire montagneux surplombant Pétion-Ville en fait un point stratégique d’où pourrait peser une menace permanente sur la ville et sur l’ensemble du Grand Port-au-Prince, que les forces de l’ordre peinent déjà à sécuriser.
Kenscoff ne doit pas être abandonnée à la peur. Il est temps de reprendre l’initiative, de protéger chaque famille et de rendre durablement ces collines à leurs habitants. Défendre cette région, c’est aussi défendre Pétion-Ville, la capitale et l’avenir du pays tout entier.
Roody Edmé
