Haïti a raté sa première sortie en Coupe du monde, au grand dam de millions de téléspectateurs acquis à la cause patriotique des Grenadiers.
Il faut dire que, depuis des mois, les Haïtiens avaient le cœur gonflé d’amour et de patriotisme pour ces vingt-deux acteurs qui avaient su qualifier le pays pour la plus grande des compétitions sportives. Une vitrine mondiale inespérée pour un peuple qui n’a cessé de boire l’humiliation jusqu’à la lie.
Cette Coupe du monde offrait à une nation reléguée aux marges la possibilité de dire qu’elle existe encore et qu’elle ne mérite pas l’opprobre dans lequel l’enfoncent chaque jour ses dirigeants, de quelque secteur qu’ils soient.
La déception, le lendemain, a été d’autant plus grande que l’équipe est passée tout près de l’exploit : non seulement d’un match nul, mais peut-être même d’une victoire, surtout au regard de sa seconde période. Deux commentateurs de la télévision américaine, et non des moindres, Thierry Henry et Zlatan Ibrahimovic, ont d’ailleurs salué la prestation de nos Grenadiers. D’ailleurs, James Fleurissaint, comédien haïtien, poète et diseur d’histoires, a même lancé une pétition demandant à la FIFA, à la Commission des arbitres et à toutes les instances chargées de garantir l’intégrité du football mondial « d’examiner l’arbitrage du match ». Déjà dimanche, elle avait recueilli plus de 89 815 signatures.
La prochaine étape sera plus difficile, voire proche de la mission impossible, face au Brésil de Raphinha et de Vini Jr.
Mais tout ce que nous souhaitons, c’est que notre belle équipe nationale continue à produire du jeu et à nous rendre fiers. Et cette fierté est d’autant plus précieuse que ces joueurs, privés de leur stade national — ce lieu mythique de mémoire et de ferveur — par la violence absurde des gangs, jouent aujourd’hui sans maison. Mais sur la pelouse du monde, ils ont rappelé à tous qu’Haïti, même blessée, n’est pas à genoux : elle court encore, elle lutte encore, elle rêve encore.
Roody Edmé
