Le pays est en mode désagrégation. Une théorie complotiste pourrait même prétendre qu’on utilise une arme secrète pour réduire au minimum les capacités du cerveau de ceux qui prétendent nous diriger. Les faits sont pourtant inquiétants. On dépense des millions de dollars US pour l’achat d’un immeuble devant abriter les locaux d’un ministère d’aucune utilité à date pour la nation. On prévoit des millions de dollars pour la construction de prisons où on n’y mettra certainement pas ceux qui le méritent. Pendant ce temps, les vrais problèmes restent pendants. La sécurité. L’environnement. L’éducation. La santé. Les voies de communication tenues par les gangs. L’aéroport de Port-au-Prince restera fermé au trafic international, certainement pendant toute l’année 2026.
Nous sommes un cas, une catastrophe dans la Caraïbe et sur le continent américain, mais cela semble être le cadet des soucis du gouvernement, de la classe politique et même, ce qui est inquiétant, de l’ensemble de la société civile. Aurait-on par un rituel démoniaque ou par une arme inconnue –théorie complotiste- transformé l’ensemble de notre société en un corps de moutons sans volonté, sans énergie ?
Mais nos dirigeants, nos fonctionnaires, nos politiciens traditionnels profitant des mannes de la transition paradent. Certains exhibent des bijoux coutant des milliers de dollars US comme des chefs de gangs. On place femmes, membres du clan dans les positions clés. Dans les rues, on écorche les oreilles de citoyens avec des sirènes, car un chef ne reste pas dans les embouteillages. Bref le pays a développé un système où les fainéants, les nuls, les médiocres peuvent se tourner les pouces au plus haut sommet de l’État, jouir de privilèges à n’en plus finir sans le moindre résultat.
La criminalité gagne chaque jour du terrain. Elle s’infiltre partout. Les écoles. Ce qui reste des universités. La famille. Un projet américain, après le tremblement de terre de janvier 2010 et l’appui apporté à la fédération des gangs, veut réduire les transferts d’argent de la diaspora vers Haïti. Ce serait le coup de grâce qui transformerait notre pays en un espace encore plus criminel.
Avec un sursaut, la société haïtienne pourrait faire un pied de nez aux racistes de la communauté internationale et se défendre efficacement contre ces attaques violentes contre notre nation pour redéfinir notre existence en tant que peuple. La lutte serait rude, mais elle sera toujours possible. Quand une nation est le dos au mur, elle peut rejeter la criminelle transition, briser l’envoutement et se trouver des énergies insoupçonnées. Les prisons qu’on veut construire trouveraient alors leur vraie clientèle.
Gary VICTOR
