La nouvelle politique étrangère américaine remet l’Amérique latine au cœur des priorités géopolitiques de Washington. Avec Marco Rubio — secrétaire d’État d’origine cubaine et figure centrale de l’appareil diplomatique et sécuritaire américain — cette réorientation prend un tour particulièrement assumé. Pour le meilleur, mais surtout pour le pire, il a fait de la région l’un des axes majeurs de l’action extérieure des États-Unis.
Le retour en force des États-Unis dans le sous-continent n’avait sans doute plus été aussi net depuis la guerre froide, lorsque la doctrine Monroe s’appliquait avec une brutalité à peine voilée. Il ne fallait alors en aucun cas franchir la ligne rouge fixée par Washington : pas question de laisser émerger un nouveau Cuba dans ce que les États-Unis ont longtemps considéré comme leur « arrière-cour ».
Après la fin de la guerre froide, les tensions régionales avaient quelque peu baissé, laissant place à une tolérance relative envers une certaine pluralité politique, notamment au Chili ou au Brésil. Dans le même temps, les investissements chinois ont progressé dans plusieurs pays d’Amérique du Sud et des Caraïbes, réduisant peu à peu l’emprise exclusive de Washington sur la région.
Mais, la nouvelle administration américaine est revenue à une ligne beaucoup plus dure. Le message est clair : l’ « arrière-cour » des États-Unis doit être protégée des influences extérieures. C’est dans cette logique qu’a été organisée, le week-end dernier en Floride, la rencontre baptisée « Bouclier des Amériques », un sommet réunissant plusieurs alliés jugés fiables par Washington autour de priorités sécuritaires comme l’immigration, le narcotrafic et, plus largement, la lutte contre les influences rivales dans l’hémisphère.
L’expression « Bouclier des Amériques » n’a rien d’anodin. Elle s’inscrit dans une vision militarisée du continent, en continuité avec les interventions américaines menées au nom de la sécurité régionale. Dans les semaines à venir, on comprendra sans doute mieux les contours politiques, militaires et diplomatiques de cette nouvelle alliance. Mais une chose est sûre : Washington cherche à reprendre le contrôle d'une région qui semblait lui échapper.
Roody Edmé
