Elle a dansé avant de savoir marcher, dit-on dans sa famille. Danseuse, chorégraphe, actrice, performeuse. Une œuvre bâtie entre trois continents. Kettly Noël revient dans la ville qui l'a vue naître, en invitée d'honneur de la 23ᵉ édition du Festival Quatre Chemins, prévue en novembre prochain à Port-au-Prince, autour du thème « l'art est vivant ».
« Je n'ai pas cherché la danse. Je crois qu'elle a toujours été là », confie-t-elle. Sa mère la revoit encore, bébé, remuant les pieds au moindre son, pendant qu'elle cousait. En Haïti, dit Kettly Noël, il est difficile de rester immobile. Tout est son, musique et mouvement. Elle n'a jamais eu à se dire que la danse deviendrait une passion. Elle l'était déjà.
Ses débuts se font avec la troupe Perfect de Patrick Lacroix, l'une des pionnières de la danse jazz et moderne en Haïti. Puis viennent la République dominicaine, aux côtés de Jean-Guy Saintus et Jean René Delsoin, et la France, où elle travaille avec Emeline Michel. L'Actors Studio, d'abord avec Lee Strasberg puis avec Jack Waltzer à Paris, façonne durablement sa présence de scène.
Les clips suivent. Plezi Mizè d'Emeline Michel, où elle cosigne la chorégraphie avec les danseurs de Perfect. Petite fille des tropiques de Master Dji, « une très belle âme », dit-elle, où elle danse en toute liberté. Agolo d'Angélique Kidjo, où elle choisit les danseurs et signe seule la chorégraphie, avant sa première grande audition parisienne. « J'ai toujours aimé être impliquée dans le processus de création », résume-t-elle.
Au milieu des années 1990, elle choisit l'Afrique. Le Bénin d'abord, puis Bamako, où elle s'installe en 1999. Elle y fonde la Jeune compagnie malienne, signe Cousin, Cousine en 2001, puis Tichèlbè en 2002, primée aux Rencontres chorégraphiques interafricaines et au Prix RFI Découvertes Danse. En 2003 naît le festival Dense Bamako Danse, qu'elle dirige encore, adossé au centre Donko Seko, dédié à la formation et à la création chorégraphique.
Le cinéma la rattrape en 2014. Elle incarne Zabou dans Timbuktu d'Abderrahmane Sissako, un rôle qui lui vaut le Prix Hiroshima et la fait connaître d'un public bien au-delà de la danse. Elle fonde aussi le Port-au-Prince Art Performance Festival, un fil tendu entre l'Afrique, Haïti et les Caraïbes.
« Le monde et l'humanité. » C'est ce que la danse lui a donné, dit-elle, que rien d'autre n'aurait pu lui donner. Danseuse, chorégraphe, performeuse, femme, mère. Toutes ces facettes cohabitent. Si la danse devait être un personnage dans sa vie, ajoute-t-elle en riant, ce serait elle-même : son refuge, sa liberté, et sa plus grande source d'angoisse.
Avec cette invitation, le Festival Quatre Chemins referme une boucle. Celle d'une artiste dont les racines port-au-princiennes n'ont jamais cessé d'irriguer une œuvre déployée sur trois continents.
