Sonson Pipirit ou l’inquiétant scénario de Gary Victor
La référence voulue de l’auteur à Astérix le gaulois dans les lodyans du recueil de Sonson Pipirit déclaré chef de gang est évidente. Tout Port-au-Prince est occupée par les hordes de voyous ( Inyon pou Viv) dans le texte, ( Viv Ansanm) dans la réalité. Sauf un petit quartier leur résiste : Makandal avec à sa tête Sonson Pipirit ! La potion magique ici n’est rien d’autre que les sortilèges d’Azimbidim Orikal le diable qui conseille et protège Pipirit. Mais la situation se corse quand on comprend vite que la fédération des bandits ici Inyon Pou Viv est une création d’officines obscures à laquelle a participé certainement la communauté internationale. Celle-ci n’est pas à son coup d’essai comme créatrice de chaos. L’Afrique, surtout en sait quelque chose. Le problème, c’est que Pipirit, qui protège Makandal, armes en main, ne veut pas faire partie de cette fédération. Dès la première lodyans, on montre Sonson Pipirit invité par l’ambassadeur de l’empire en Haïti, qui veut lui faire comprendre qu’il est dans son intérêt d’intégrer la fédération. Ce que Pipirit refuse. Pourtant, on lui a présenté les avantages qu’il aura à tirer lors des grandes spéculations immobilières prévues après ce chaos fabriqué. Pipirit a grandi à Port-au-Prince. Le centre-ville avait été son terrain de jeu, son univers de jeunesse. Il a vu ce que les gangs en ont fait. Il ne veut pas participer à cette destruction. Dans une fête où il est invité chez Albert Buron, le Président Apredye l’aperçoit et lui lance « Men youn nan ti mesye m yo », Pipirit rétorque spontanément : « M pa fè pati ti mesye w yo, prezidan. M pa nan kraze peyi. » C’est une impertinence. Le Président rit jaune. C’est peut-être le début de la fin de Sonson Pipirit qui aura contre lui la communauté internationale, le gouvernement, la presse, et curieusement même les organismes des droits humains.
Le cercle est fermé. La mise à mort de Sonson Pipirit est programmée. Cette mise à mort sera retardée quand notre héros grâce au pouvoir de son diable, capture deux drones qui auraient dû le pulvériser. C’est la première fois qu’on vise un chef de gang même déclaré avec l’intention certaine de l’atteindre, car, cette fois, en haut lieu, on ne l’avertit pas de l’attaque. Ces deux drones en sa possession, Pipirit, pour un temps, aura son instant de gloire, avec trois ministères en main. Ces deux drones, par après, seront l’instrument d’une vengeance dont rêve certainement toute une population.
Si on rit à n’en pas finir en lisant Sonson Pipirit déclaré chef de gang, on a tous les droits d’être inquiet de ce scénario présenté par Gary Victor. Il est trop réel. Si bien qu’on peut sortir paniqué de la lecture de ce texte en se disant : « Ils nous prennent vraiment pour des imbéciles, ceux qui nous dirigent. »
Luc Dérisca
