« Osi biza sa ka paret, wout dwat la pi difisil pase wout kwochi a… Konn sa w vle, sa w ye. Pa kite moun defini w. Goumen pou rev ou. » — F The Goat
De Jacmel aux réalités du marché musical, Sanon Freedy Clarens impose une trajectoire sans compromis, entre lucidité, exigence et foi inébranlable en son art.
Dans un pays où faire de la musique relève souvent de l’endurance plus que du talent, certains artistes choisissent la facilité. D’autres choisissent le combat.
F The Goat, lui, a choisi la montée.
Originaire de Jacmel, dans le Sud-Est d’Haïti, installé aux États-Unis depuis 2023, Sanon Freedy Clarens — connu sous le nom de F The Goat — incarne une génération d’artistes qui avancent à contre-courant. Rappeur, chanteur et producteur, il construit une œuvre qui ne se limite pas à divertir, mais qui témoigne d’un parcours, d’une rigueur et d’une vision. Dans un univers où l’image prime souvent sur le fond, il impose une ligne claire : travailler, évoluer, durer.
F The Goat ne parle pas de vocation comme d’un choix, mais comme d’un héritage
« Mwen se yon atis konplè… mwen son eritye de papa m’, Wilson Sanon. »
Mais derrière cette filiation se dessine une lutte : celle d’un jeune artiste dont l’environnement ne saisit pas immédiatement l’ampleur de l’ambition.
« Premye etap yo pat fasil… antouraj ak fanmi potko konprann rev la. »
Dès le départ, une réalité s’impose : rien ne lui sera donné.
De F The Winner à F The Goat, la transformation n’a rien d’un repositionnement marketing. Elle relève d’une prise de conscience.
« Pakou mwen se yon echèl… non an se motivasyon m’, li raple m’ ke mpa gen dwa pèdi. »
Dans une industrie où beaucoup brûlent les étapes, lui choisit la progression. Il ne saute pas les marches. Il les construit.
45 Soldiers : l’école de la réalité
Avant la reconnaissance, il y a eu l’apprentissage. Et cet apprentissage porte un nom : 45 Soldiers.
« 45 pa sèlman yon mouvman… se vi, se aprantisaj. »
Plus qu’un collectif, une formation. Une immersion dans les réalités du terrain, du public et du business musical.
« Mwen aprann anpil… mwen wè mizik la ak pi bon je. »
C’est là que l’artiste cesse d’être une promesse pour devenir une construction.
F The Goat refuse les catégories. Sa musique se situe à la croisée des émotions, de l’énergie et de la réflexion.
« Mwen dekri style mwen kòm plezi-konsyans… mpa gen limit. »
Il explore l’amour, le social, le plaisir — sans jamais relâcher l’exigence.
« Kalite ak standa yo toujou kenbe. »
Dans un paysage souvent marqué par la répétition, il revendique la diversité comme discipline.
Être artiste indépendant en Haïti, c’est aussi affronter des contraintes économiques constantes.
« Pi gwo difikilte a se ekonomik… paske mwen toujou vle respekte standa mwen. »
Mais là où certains ralentissent, lui persiste.
« Rev ak detèminasyon m’ pi fò pase tout pwoblèm. »
Une posture rare : celle de maintenir le niveau, même quand les moyens manquent.
Entre projets solo et collaborations en préparation, F The Goat poursuit son travail.
« Mwen gen 2 pwojè ki prè… youn solo, youn an kolaborasyon. »
Sa discographie — Text mwen, Kè Nou Lib, Ah Ouais!, Pale — témoigne déjà d’un artiste en mouvement constant.
Et lorsqu’il évoque l’avenir, il ne formule pas un souhait, mais une projection :
« Nan 5 lane… mwen pral 5 fwa pi lwen. »
Interrogé sur l’état actuel du rap haïtien, il répond avec sobriété :
« Mwen wè rap ayisyen an la. »
Une réponse courte, mais ouverte.
Présence affirmée, direction en question.
Son message à la jeunesse dépasse le cadre artistique.
« Wout dwat la pi difisil pase wout kwochi a… pa kite moun defini w. »
À l’heure des raccourcis et des illusions rapides, F The Goat défend une autre posture : celle de la lucidité, de l’effort et de la fidélité à soi.
Dans un paysage musical dominé par l’urgence et l’apparence,
F The Goat fait un choix rare : celui de la durée.
Et parfois, ce sont précisément ceux qui prennent leur temps
qui finissent par marquer leur époque.
Emerson Vilbrun
Ecrivain- journaliste
vilbrunemerson@gmail.com
